Après la sortie de Duncan/Dr Kadjo Richard (Fpi) riposte : « Nous n’avons jamais demandé à Ouattara d’aller à La Haye »

Dans son grand oral face aux journalistes jeudi, le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, a asséné ses vérités au Fpi. Dans cet entretien, Dr Kodjo Richard, secrétaire général du Fpi apporte la réplique des pro-Gbagbo au gouvernement.

Mardi 9 Avril 2013 - 15:39


Après la sortie de Duncan/Dr Kadjo Richard (Fpi) riposte : « Nous n’avons jamais demandé à Ouattara d’aller à La Haye »
Le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, a fait jeudi son grand oral au cours duquel il a touché des questions qui impliquent directement votre parti, le Fpi. Quelle lecture faites-vous de sa sortie?

Le Premier ministre a fait une conférence de presse et il a non seulement parlé de ce que le gouvernement entend réaliser. Mais il a également parlé de l’actualité nationale qui fait aussi allusion aux négociations que nous menons. Je trouve vraiment dommage qu’il n’ait pas eu une bonne compréhension que le Fpi. Il ne faut pas isoler les élections qui vont avoir lieu du contexte de grave crise qu’a connue la Côte d’Ivoire et qui fait que la nation est fracturée en deux. Quel que soit le score qu’on attribue au président Ouattara ou au président Gbagbo, la moitié des Ivoiriens est avec chacun de ses deux leaders. Les Ivoiriens sont donc à la recherche de l’apaisement et de la réconciliation. C’est dans ce cadre global que nous discutons. Il ne faut pas extraire les élections de l’apaisement et de la réconciliation. Le Fpi, dans cette recherche de réconciliation, fait des propositions. Mais il ne faut pas banaliser ces propositions, même si on doit les rejeter et les réfuter.

Mais le Premier ministre estime justement que vos propositions sont irréalistes quand vous demandez de faire les élections en 2014 ?

Nous n’avons jamais demandé de faire les élections en 2014. Ce qui figure dans nos archives et dans nos documents, nous avons dit, à la fin des négociations, que si nous sommes d’accord, il faut un délai de six mois pour qu’on aille aux élections parce que faire deux choses en même temps n’est pas facile. Aller aux élections sans heurts est une chose. Mener une réconciliation pour qu’elle réussisse est aussi une autre chose qui requiert qu’on soit au même niveau. Nous avons dit qu’il faut repousser pour achever de discuter d’autant que la grande Onu suggère au gouvernement de discuter avec son opposition significative pour retenir une date d’élection de façon consensuelle. Deuxièmement, de réformer la Cei qui, sur 31 membres, n’a qu’un seul membre partisan de M. Gbagbo. Tout le reste est constitué des partisans de M. Ouattara. Mais mieux, on a encore des représentants du Mpci, du Mpigo, du Mjp dans cette Cei-là. C'est-à-dire des partis rebelles anachroniques. Ce sont des choses qu’on doit négocier avant de fixer la date. C’est pendant que nous sommes en train de négocier qu’on fixe la date. Vous convenez avec moi que cette date n’a pas été arrêtée de façon consensuelle. Maintenant dans le cadre de la réconciliation, nous disons que les deux grandes pistes qui doivent emmener de façon irrémédiable la réconciliation en Côte d’Ivoire, c’est l’entente entre M. Gbagbo et le président Ouattara que nous avons intitulé ‘‘Réconciliation au sommet’’. Le Premier ministre interprète malencontreusement ce concept ‘‘Rencontre au sommet’’. Réconciliation au sommet ne veut pas dire que M. Ouattara doit aller à La Haye pour voir M. Gbagbo dans un trou. M. Ouattara peut envoyer qui il veut en Hollande pour donner un signal aux Ivoiriens afin de montrer que malgré cette grave crise, Messieurs Gbagbo et Ouattara sont en train de se réconcilier. Le président Ouattara peut envoyer un émissaire autre qu’un ministre. Il peut même envoyer M. Banny qui a le costume pour cette mission. Il ne faut pas simplifier et caricaturer cela en parlant d’une rencontre au sommet. Nous disons qu’un début d’entente entre M. Gbagbo et M. Ouattara sera un signal très fort, un déclic important pour les deux parties de la Côte d’Ivoire dont je viens de vous parler. Deuxièmement, si l’amnistie a eu lieu, la réconciliation derrière laquelle on court et que M. Banny tarde à nous emmener va se réaliser. Le Fpi parie que s’il y a une réconciliation au sommet entre M. Ouattara et M. Gbagbo, quelle que soit la forme de l’émissaire, s’il y a une amnistie, quels que soient les cas que l’amnistie va rejeter, cette loi va être rédigée par des techniciens du droit. Lui et moi ne sommes pas juristes. On ne peut pas dire qu’on va accorder une amnistie individuelle. Ça ne veut rien dire. En Espagne, en 1997, après le grand règne de Franco, il y a eu une amnistie générale. Les Espagnols n’ont pas fait de règlement de comptes parce qu’il y a eu l’amnistie. L’amnistie c’est un compromis qui permet de ne pas aboutir au pire. C’est la méthode du gouvernement de vouloir faire la justice, la repentance et le pardon qui n’est pas réaliste. A l’heure où je parle, le gouvernement continue d’arrêter des partisans de M. Gbagbo. Jeudi, la direction du Fpi était à la Maca pour rendre visite à M. Douati et à d’autres prisonniers d’opinion. Cette semaine, des partisans de M. Gbagbo ont été arrêtés, dont trois femmes de l’Ouest. Un processus qu’on veut achever avant d’arriver à la repentance. A quelle moment on ferme la porte d’entrée, c’est-à-dire les arrestations pour pouvoir juger tout le monde? C’est la méthode du gouvernement qui n’est pas réaliste. Depuis que le processus est enclenché, on n’a même pas jugé une cinquantaine. A quel moment le gouvernement va finir ces jugements pour accorder sa grâce ? Ce que le gouvernement ne dit pas de façon très claire, c’est qu’il envisage la grâce qui suppose que tous les jugements sont faits. Ce qui n’est pas le cas de l’amnistie.

Vous parlez de réconciliation au sommet. Mais ce n’est pas la première fois qu’il y a eu réconciliation au sommet en Côte d’Ivoire. Il y a par exemple la rencontre des quatre grands de Yamoussoukro, l’accord politique de Ouagadougou etc. mais cela n’a pas empêché une guerre en Côte d’Ivoire. Pensez-vous que votre approche est réaliste ?

Mon cher ami, je déplore le fait que vous soyez dans la même logique que le Premier ministre. Je suis médecin de formation. Pour soigner une infection, le grand remède, c’est les antibiotiques. Si la même personne fait une infection dix fois, on cherchera toujours le type d’antibiotique qui peut soigner l’infection. Mais c’est ridicule de dire qu’il y a eu plusieurs amnisties et ça n’a rien donné. Si vous faites un panaris ou une infection à un autre endroit du corps, on vous donnera toujours un antibiotique. On ne dira pas que comme l’anti biotique a soigné une fois et que le mal est revenu, on ne va pas administrer un autre antibiotique. Autre exemple. Il fut un temps où le grand remède contre le paludisme était la nivaquine et ses dérivés. Tous les Ivoiriens ont pris la nivaquine chaque fois qu’ils avaient le paludisme. J’ai pris le cas des médicaments pour vous dire que le raisonnement du Premier ministre n’est pas bon. Ce ne pas parce que le mal est revenu qu’il faut rejeter tous les médicaments. Ce n’est donc juste de dire qu’il y a eu trop d’amnisties, il faut changer. Malheureusement, en matière d’infection comme de crise, les armes pour traiter ne sont pas nombreuses. La thérapeutique, c'est-à-dire les moyens ne sont pas nombreux. Nous parions, nous, au Fpi que si le président Alassane Ouattara et M. Gbagbo donnent des signes d’entente à la Côte d’Ivoire, qu’on prenne une amnistie, le travail de M. Banny est achevé. C’est-à-dire que la réconciliation aura lieu parce qu’aucun Ivoirien d’aucun camp ne peut se mettre en travers du chemin de M. Gbagbo associé au président Alassane Ouattara. Et aucun Ivoirien ne peut vous dire qu’il est contre l’amnistie, c'est-à-dire l’apaisement pour que les prisonniers sortent, les exilés reviennent parce que la plupart d’entre eux sont là où ils sont pour une faute politique et une faute d’opinion.

Le cfef du gouvernement a également parlé d’une croissance de 9,8% en 2012 là où pendant les dix dernières années, c'est-à-dire pendant le règne de votre parti, la croissance était à 0,6%. Quel commentaire ?

Monsieur Duncan, avec ses chiffres, est dans son domaine parce que c’est un économiste. Mais le propre du spécialiste est d’en mettre plein la vue au public pour ne rien réaliser. Malgré ces chiffres qui avoisinent les deux chiffres ; ce qui est un record en Côte d’Ivoire, le panier de la ménagère est désespérément vide. Les prix sont excessivement élevés et les Ivoiriens souffrent.

Interview réalisée par Kra Bernard




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