Après la publication du rapport de l’inspection générale de la fonction publique: Cissé Bacongo fait main-basse sur l’ENA

L’inspecteur général de la fonction publique a commenté lui-même face aux médias son rapport sur les présumés cas de fraudes à l’école nationale d’administration qui s’est brutalement retrouvée sous les projecteurs de l’actualité nationale depuis qu’elle a publié, par mégarde, une liste de candidats admissibles sur laquelle figurent 23 absents. Mais le rapport pèche surtout par un parti-pris flagrant, puisqu’il botte allègrement en touche sur la question de savoir si oui ou non, il y a eu des fraudes lors des délibérations du 23 décembre. Cependant, le rapport étonne en accablant l’opérateur informatique chaudement recommandé par le ministère et qui est aujourd’hui accusé d’avoir déployé, lors de ce concours, un système qui « ne garantit pas l’équité entre les candidats car elle favorise certains candidats au détriment des autres ». En fait, le cabinet espère faire main-basse sur le concours en organisant lui-même l’entrée à l’ENA. Ce qui serait historique.

Mercredi 14 Janvier 2015 - 09:50


Contexte:  Le rapport de l’inspection générale sur les événements qui se sont déroulés à l’ENA, et qui ont entraîné la suspension des résultats du concours 2014, est disponible depuis le vendredi dernier.
Enjeu: Il laisse clairement transparaître l’intention du ministre Bacongo qui, visiblement, n’entend pas laisser l’école organiser ses concours d’entrée.

Deux pages à peine. C’est le volume du rapport de l’inspection générale du ministère de la fonction publique sur les cas présumés de fraude à l’école nationale d’administration qui a vu son concours de l’année 2014 être suspendu à la suite de la publication d’une liste d’admissibles sur laquelle figuraient 23 absents au concours. Après avoir suspendu les délibérations et mis en place une enquête administrative, le ministre Cissé Bacongo avait en effet demandé et obtenu que la directrice de l’école organise une conférence de presse pour dédouaner le cabinet, alors accusé de vouloir avoir la peau d’une des rares personnalités nommées par Gbagbo et encore maintenue à son poste. Ce qu’elle fit. En pure perte, puisque tout semble désormais écrit contre son maintien. Cela dit, le rapport ne fait  aucunement allusion à la directrice générale de l’école dont la responsabilité n’est finalement engagée qu’à travers les ratés de la SONEC, l’opérateur informatique retenu par les autorités de l’ENA à la demande du cabinet lui-même. Lors de sa   conférence de presse, l’inspecteur général Traoré Flavien ne s’est même pas gêné, malgré le lien hiérarchique existant, de dire que la directrice aurait pu opposer un refus catégorique à l’arrivée de cette entreprise. Et que ne l’ayant pas fait, c’est aux dirigeants de l’école qu’il faut essentiellement attribuer la responsabilité du bug informatique dont a été victime une partie des délibérations. Qui veut noyer son chien… Cette intransigeance à accuser la première responsable de l’ENA, au-delà des dysfonctionnements réels qui ont émaillé le processus et principalement la mise à l’écart du secrétaire général de l’école, est sans doute assez révélateur de ce qui va se dessiner dans les prochaines semaines. Car si le rapport n’indique pas de recommandation, ce qui est l’une de ses faiblesses, Traoré Flavien affirme clairement qu’il faut désormais confier l’organisation des concours d’entrée à l’ENA à l’Etat. Lorsqu’il était ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Cissé Bacongo avait tenté d’arracher à l’école normale supérieure (ENS) l’organisation de son concours d’entrée. Ce qui avait provoqué des frictions entre lui et le directeur de l’ENS Sidibé Vally qui avait fini par gagner parce que tous les deux sont militants du RDR. Mais là, il s’agit d’une femme nommée par Gbagbo ; ce qui, en soi est extrêmement grave dans notre pays. A part ça, le rapport est particulièrement étonnant en certains de ses alinéas. Notamment sur celui-ci : « la formule utilisée par l’opérateur tient compte des notes obtenues par le candidat et non des notes que le candidat devrait obtenir en tenant compte du nombre total des épreuves du concours ». Fin de citation. Impossible à déchiffrer, cet alinéa résume sans doute à lui-seul les arrière-pensées encore illisibles du cabinet qui va, visiblement, se servir de ce rapport expéditif pour sévir. En attendant, Traoré Flavien a déjà anticipé une prochaine suspension du concours 2014. « En résumé, cette mission d’inspection justifie pleinement l’annulation des résultats des concours professionnels d’admissibilité au cycle moyen supérieur et au cycle supérieur de l’ENA, de l’année 2014, décision prise par monsieur le ministre de la fonction publique et de la réforme administrative ». Tout est dit ici. Avant même la fin de l’enquête, Cissé Bacongo avait déjà suspendu l’ensemble du concours. Il ne reste plus qu’à s’arroger le droit de l’organiser désormais. Ce qui serait de mémoire d’Ivoirien, la première fois qu’un tel dessaisissement est prononcé. En effet, depuis la création de l’ENA, elle a toujours organisé ses propres concours. Mais alors, quels peuvent être les enjeux d’un tel acharnement dans un contexte où l’ENA fait régulièrement l’actualité nationale en alimentant la chronique des diplômes vendus au prix fort ? On se doute bien que le la direction des examens et concours ou encore la DOREX ne constituent pas des gages de transparence. En revanche, on imagine fort bien que le cabinet pèserait encore plus sur le destin de ceux qui comptent sur ce concours pour grimper dans la hiérarchie sociale de notre pays. Car de toute façon, les enjeux sont là aussi éminemment politiques avec des cadres du parti à intégrer dans l’administration. Avant les élections générales, ce genre de sujet alimente les rancunes et les envies d’en découdre. L’affaire des anciens combattants du parti intégrés sans le moindre diplôme est assez révélatrice de ce type d’enjeu. D’ailleurs, après avoir erré, sans immatriculation, à la douane où quelque 200 d’entre eux avaient été lancés, l’arrivée du ministre Cissé Bacongo à la fonction publique semble avoir contribué au règlement de cette affaire. Sous cet angle, on comprend d’ailleurs mieux pourquoi l’utilisation d’une solution informatique est devenue une cause d’annulation générale d’un concours, contre la loi, jusque dans les  jurys où l’on ne note aucun problème.

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°804


 




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