Annonce du FPI au gouvernement: Voici les calculs de Ouattara

Samedi 14 Décembre 2013 - 03:00


Alassane Ouattara est depuis, avant-hier, en visite d’Etat dans la région de Yamoussoukro. A Didiévi où il a ouvert ce même jour, la tournée, le chef de l’Etat a fait une annonce qui n’est pas passée inaperçue. Bien au contraire, puisque l’information a été largement reprise et commentée dès le lendemain par la plupart des journaux de la place. Celle-ci fait état d’une entrée prochaine au gouvernement, de l’opposition. « (…) A cet égard, je voudrais saluer mon jeune frère Jeannot Ahoussou-Kouadio pour sa contribution à mes côtés. Jeannot, merci pour ton dévouement, pour ton engagement et pour le travail essentiel que tu as eu à faire et continue de faire au niveau de la présidence avec les partis politiques qui ne sont pas au gouvernement. Je ne dirais pas partis politiques d’opposition parce que comme frères, ne les considérons pas comme des opposants. Nous les considérons comme des frères qui vont nous rejoindre bientôt et j’espère que grâce à tes talents d’avocat, tes talents de grande courtoisie et d’amitié, tu sauras les convaincre », a déclaré publiquement Ouattara lors du discours inaugural de cette visite. A l’analyse et on le voit bien, le chef de l’Etat fait ici, plutôt acte de maladresse que de doigté politique, puisqu’il trahit en fait, un secret d’alcôve entre Ouattara et Ahoussou au sujet de l’opposition qu’il faut démar- cher pour que celle-ci siège prochainement au gouvernement. Mais visiblement, pris par l’ivresse du micro et dans sa volonté, certainement, de tresser des lauriers à Jeannot Ahous- sou, « l’enfant du pays, » le n°1 ivoi- rien n’a pu tenir sa langue et a fini par mettre au grand jour, ce qui se préparait dans l’ombre. Les chefs Akans, présents à la cérémonie ont dû apprécier, eux qui sont pénétrés de la philosophie qu’un chef, doit avoir « le ventre profond. » Bref, la conséquence à cette imprudence ne s’est pas fait attendre, puisque le FPI, parti significatif de l’opposition, interrogé sur la question, a clamé ne pas être concerné par un tel projet. « Je ne suis pas au courant de ce projet. Comme l’opposition est diverse, seul Ouattara peut préciser l’identité de l’opposition concernée par son annonce », a confié hier, au journal Aujourd’hui, le président Pascal Affi N’guessan, en réponse à la sortie d’Alassane, faisant passer ce dernier, dans l’opinion, pour un simple diseur de bonnes aventures. Le chef de l’Etat a-t-il retenu la leçon ? Apparemment oui, puisque hier à Tiébissou, cette fois, l’homme s’est montré plus circonspect, plus réservé et donc plus po- litique, en indiquant que : « Je me réjouis de la rencontre que le RDR et le FPI ont eu il y a quelques jours et j'espère que les discussions continuent dans le cadre du dialogue entre l'opposition en général et le gouvernement. Et nous avons confié ce travail délicat au premier ministre Ahoussou Jeannot, un homme de valeur et de négociation, j'espère que cela aboutira dans une grande compréhension, dans une plus grande insertion de tous dans le processus de développement de la Côte d'Ivoire. » On le voit bien, l’idée de la main tendue et des négociations à venir, avec l’opposition est là, et seule la forme jure avec l’épisode de Di- diévi, car dans le fond, Ouattara n’a pas d’autre  choix que de discuter avec ses opposants. C’est une exigence de ses soutiens occidentaux qui, de sources diplomatiques, le presseraient sur la question. C’est pourquoi, il ne faudra pas être étonné que dans les prochains jours, les rencontres entre gouvernants et opposants s’intensifient. Et si au bout de l’exercice, Ouat- tara parvenait à obtenir un accord avec le Front populaire ivoirien (FPI), qui est le principal destinataire de l’annonce, il serait tout heureux de passer aux yeux de ses parrains pour un homme de paix, de consensus et de rassemblement. Ce qui forcément, lui garantirait une suite de règne tranquille et sans encombres. Mais dans l’inter- valle, il aurait réussi avec l’idée du gouvernement d’ouverture, à éteindre un tant soit peu, le signal des états généraux de la République (EGR) si chers au FPi et qui font leur petit bonhomme de chemin dans l’opinion aussi bien nationale qu’internationale. De plus, Alassane, casserait ainsi la dyna- mique du FPI avec notamment le débat qui ne manquera pas entre partisans et adversaires d’une participation au gou- vernement. Et Affi N’guessan et la direction, plutôt que de continuer à rallumer la flamme militante dans tout le pays,- qui inquiète le régime-, à l’effet d’obtenir la libération des prisonniers politiques et arracher au régime, les conditions d’une paix durable en Côte d’Ivoire, se préoccuperaient désormais, de donner des explications ça et là et de régler des conflits à n’en plus finir. Un exercice qui mettrait le parti à la rose en mauvaise posture à quelques mois des prochaines élections générales. Et c’est Ouattara qui pourra boire du petit lait en regardant ce spectacle, heureux d’avoir distrait ses adversaires jurés. C’est pourquoi, il ne faudra surtout pas que les uns et les autres s’emballent au sujet de cette question de participation au gouvernement, qui pour l’heure, a tout l’air d’un gros piège tendu à l’opposition.■

Géraldine Diomandé
Source: Aujourd’hui / N°527 du Vendredi 13 Décembre 2013




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