Ambassadeur ou garde-chasse ? Le profil musclé de Gilles Huberson, nouvel ambassadeur de France à Abidjan

Jeudi 5 Octobre 2017 - 10:17


Une Tribune de Moh Laumet-Djè

C’est dans le tumulte que connaît la vie politique ivoirienne, que le président du PCI-RDA, Henri Konan Bédié et ses militants, ont célébré le dimanche 17 septembre le troisième anniversaire de « l’Appel de Daoukro. » En réalité, ce qui était convenu au départ comme une invite à la fête, ne l’a pas du tout été. A l’analyse même, on se rend compte que le président du PCI-RDA a vraiment joué d’astuce : ce qui s’est récemment passé à Daoukro était plus un meeting d’information et de clarification qu’un moment de célébration de ce fameux « Appel de Daoukro » qui n’en finit pas de diviser son auteur et ses bénéficiaires, et même, de perturber la vie politique ivoirienne. Ce rassemblement, rappelons-le, avait été programmé et conçu comme l’occasion appropriée pour donner la réponse aux résolutions du congrès du RDR, le partenaire en passe de devenir adversaire. Sur ce plan, il a tenu ses promesses.
A la première lecture, le contenu du discours de circonstance du président Bédié semble se résumer à des redites : la nécessité de préserver la paix, de consolider l’alliance au sein du Rhdp, d’aller au parti unifié, et de se soumettre au jeu de l’alternance. Ici, « le Sphinx », ou « le Bouddha » de Daoukro, en toute sagesse, a donné des gages de paix pour rassurer son allié du RDR et les autres membres de l’alliance du RHDP : « Tout d’abord, je tiens à rappeler que dans un couple ou dans une alliance, il y a toujours des hauts et des bas. Une anecdote bien de chez nous apprend que la langue et les dents se trouvent dans une même cavité, la bouche ; il arrive aux dents, de temps à autre, de mordre la langue qui ne sort pas pour autant, de cette cavité. C’est la nature des choses. C’est pourquoi nous devons tous désarmer nos plumes et nos langues, taire nos querelles de clocher, nos verbiages creux et nos dérives langagières, pour aller vers un seul objectif, celui de renforcer notre alliance, le RHDP pour assurer la paix que nous a léguée le père de la nation, le Président Félix Houphouët-Boigny ». 
Mais la suite du discours dévoile clairement l’objet visé par ce rassemblement : instruire l’opinion des non-dits de l’historique « Appel de Daoukro. » C’est le sens des propos suivants qu’il a adressés au président en particulier au président Alassane Ouattara et à ses militants en général : « Il y a trois ans déjà, le 17 septembre 2014, (…) je lui proposais de demander à mon parti, le PDCI-RDA, malgré les dispositions prises antérieurement, d’accepter de le soutenir pour l’élection présidentielle de 2015 à laquelle il était candidat pour un second mandat (...)je proposais également le soutien de l’ensemble des partis membres du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix, RHDP, afin que lui, le Président Alassane Ouattara, soit le candidat unique de ces formations politiques ». 
Les choses semblent claires jusque-là : le président Henri Konan Bédié affirme que c’est lui qui a fait la proposition de « l’Appel de Daoukro » dont il a décidé tout seul. En septembre 2014, il a dit en effet : « A Daoukro, je réitère, de façon explicite, ce message que je ferai valider par une Convention jumelée (…) je donne des orientations fermes pour soutenir ta candidature à l’élection présidentielle prochaine (…) Tu seras ainsi le candidat unique de ces partis politiques… » Il ressort de cette citation que cet appel est une initiative personnelle du président Bédié ; ce n’est que lui, et lui seul, qui a décidé de faire cet appel, apparemment sans pression de qui que ce soit, et sans même consulter sa base ni les hautes instances de son parti.
Mais, lors de la récente « fête » de « L’Appel de Daoukro », le Président Bédié dit aussi ceci : « J’ai accepté, en 2015, au prix de nombreux sacrifices, de ne pas présenter de candidature au titre de mon parti. Les termes de cet appel sont clairs. L’objectif, je le répète était de maintenir le pouvoir d’Etat dans nos rangs, convaincu que le travail colossal effectué par le Président Alassane Ouattara, avec un second mandat à la tête du pays, remporterait d’autres victoires pour le bonheur des Ivoiriens. »
Cette citation est en contradiction avec les termes de l’appel initial de Daoukro, car il en ressort que, contrairement à ce qu’on croyait, Daoukro1 a été plutôt la réponse à une demande que le Président Bédié a « accepté de satisfaire, au prix de nombreux sacrifices. » Et le plus grand de ces sacrifices fut « de ne pas présenter de candidats » Pdci-Rda lors du scrutin d’octobre 2015. Qui avait intérêt à formuler une telle demande ? Le bénéficiaire de « L’Appel de Daoukro », évidemment. Les choses deviennent ainsi claires : « L’Appel de Daoukro 1» n’est pas une initiative du Président Bédié, mais une demande du président Alassane Ouattara. Ce dernier, vraisemblablement, a supplié le premier d’user de son autorité pour violer les résolutions du 12è congrès du Pdci-Rda en ne présentant pas de candidat au scrutin de 2015. En contrepartie, il retournerait l’ascenseur au Pdci en 2020. C’est la seule explication au fait que le Président Bédié ait pris cette grave décision qui avait désappointé plus d’un militant et cadre du Pdci-Rda. Car ce serait lui faire injure que de croire qu’il a pu, à deux reprises, offrir le pouvoir au Rdr, sans contrepartie de qualité. Et cette contrepartie, c’est l’alternance.
Oui, seule la promesse de l’alternance a pu convaincre le président Bédié de pondre cet « Appel de Daoukro » qui jure avec le bon comportement politique : le pouvoir politique n’est pas un cadeau qu’on peut donner à un parti, sans contrepartie de la même qualité. Et on peut être certain que le président Alassane Ouattara a effectivement promis de renvoyer l’ascenseur au Président Bédié et au Pdci-Rda, en 2020. Bien sûr que cette promesse n’a pas été écrite ; et cette situation permet à ses militants de dire que leur mentor n’a rien promis. Il y en a même qui, sans gêne, demandent au Président Bédié de leur montrer le papier signé qui mentionne ce « deal » de l’alternance. Quel manque de sérieux et de respect !
Non, il n’existe pas de texte écrit. Mais en politique, écrit-on tous les « deals ?» Qu’est-ce qu’on fait de la parole donnée ? Le silence actuel du président Alassane Ouattara sur cette question est gênant et met mal à l’aise : un chef d’Etat a-t-il le droit de ne pas respecter la parole donnée ? Un homme, tout court, a-t-il même le droit de trahir la parole donnée ? Il s’agit ici d’une question qui relève de l’éthique. Et le président Bédié n’hésite pas à souligner ce fait : « En rappelant plus haut les termes de mon intervention d’il y a trois ans, ici même, je voulais indiquer à tous et à chacun, la continuité de mon action. Je reste en effet, fidèle à mes convictions (...) Je veux insister aussi, Militantes et Militants du Pdci-Rda et du RHDP sur la fidélité à la parole donnée. » On peut donc dire que, désormais, entre le président Bédié et son cher cadet le président Alassane Ouattara, c’est une question de confiance.
Comme un vrai Sphinx, le Président Bédié a délivré un message à la fois énigmatique et clair. C’est un message qui demande à être lu avec grande attention, afin d’être bien compris. De manière subtile et polie, il vient de demander au Président Alassane Ouattara d’avoir l’honnêteté et le courage de renseigner ses propres militants sur cette question de l’alternance qui empoisonne les rapports entre ces deux grands partis du pays. Le président Bédié a donc raison de dire : « 2020 est non négociable. » Cette réflexion signifie que 2015 fut objet de négociations ; ce qui est vrai. Elle signifie aussi qu’aujourd’hui, au mépris de l’accord non écrit sur l’alternance, le président Alassane Ouattara a dû tenter de négocier (encore) auprès du Président Bédié pour un troisième mandat ! Réponse ferme : « 2020 est non négociable ! » Voilà qui est clair. Et net.   
Le Président Alassane Ouattara, demandeur de mandat ou présumé tel, était absent des retrouvailles de Daoukro. Le RDR était représenté par sa nouvelle  présidente Mme Henriette Dagri-Diabaté et le ministre d’Etat, ministre de la défense, Ahmed Bakayoko, parrain de cette célébration. Signe de la rupture à venir entre ces deux partis ? C’est certainement le retour du bâton, car au congrès du Rdr, le président Bédié s’était fait représenter par des membres de son parti : Daniel Kablan Duncan, Maurice Kacou Guikahué, etc. La note particulière de cette « fête » fut les mots que le Président du Pdci-Rda a adressés à Guillaume Soro dont il a dit qu’il est « son protégé » ; d’où la brillante citation du non moins brillant professeur Franklin Nyamsi, Conseiller spécial du PAN, dont il a gratifié le public : « L’année 2020 a acquis, comme le dit un analyste politique, le statut de mantra politique, comme une « prière citoyenne du soir et du matin ».
Notons également la présence de membres du mouvement des soroïstes à cette fête. Au total donc, cette célébration du troisième anniversaire de « l’Appel de Daoukro » fut aussi celle de la reconnaissance pleine et entière du poids de Guillaume Soro sur l’échiquier politique du pays.
 
 
Moh Laumet-Djè




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact




 

Les Filles de Saïoua au Palais de Congrès de Montreuil (France) le samedi 16 décembre 2017