Amadé Ouréimi dans le Mont Péko Comment le chef milicien Frci gère sa « République »

Vendredi 5 Avril 2013 - 12:41


Amadé Ouréimi, en première ligne à l'extrême gauche
Amadé Ouréimi, en première ligne à l'extrême gauche
Arrivé de son Burkina Faso natal tout jeune  en 1984 comme réparateur de vélos à Nidrou dans la Sous préfecture de Duékoué, Ouédraogo Rémi alias Amandé Ouréimi est depuis la rébellion armée en Côte d’Ivoire, devenu  un richissime personnage dans le département de Duékoué. Sa fortune, il l’a bâtie en s’installant par la force et en exploitant illégalement  la Forêt classée du Mont Péko,  dans le département de Bangolo où à la faveur de la crise  post électorale, il a installé son armée. Dans cette zone il règne en maître absolu en établissant sa « république » Selon des personnes interrogées dans la zone, c’est à Bagohouo , Sous préfecture située à une vingtaine de kilomètres de Duékoué que l’homme a établi son « Qg » Pour y entrer il faut son autorisation. Des témoins racontent que l’accès sur son territoire n’est pas donné au premier venu. « Une pancarte sur laquelle on peut lire danger de mort » est même visible dès que vous foulez  le sol de la Sous préfecture de Bagohouo qu’il contrôle. Les populations révèlent que des barrages des hommes du chef milicien Frci sont dressés avant l’accès à cette localité. « Il peut accepter ou refuser de recevoir n’importe quelle pesrsonnalité sur son territoire. Pour accéder à lui, vous devez préciser le motif de votre visite, s’il refuse de vous recevoir, vous rebroussez chemin » revèle un ressortissant de Duékoué. Même les acheteurs de produit sont interdits de pénétrer sur son territoire. « Ils sont contraints de s’arrêter à la rivière Son et n’ont pas le droit d’aller au délà » témoigne un autre qui a requis l’anonymat.  A Duékoué, il se raconte que même l’Onuci n’a pas accès au territoire « Amandé » et que les autorités administratives doivent demander la permission du chef milicien Frci avant de s’y rendre. « Les préfets ne sont rien devant lui, il règne comme un roi là bas c’est un état dans un état il a tout ce qu’il faut pour être autonome, c’est une autorité, il est comme un président là bas » renchérit une source rencontrée dans la ville . Les personnes interrogées soutiennent que toutes les maisons qui sortent de terre actuellement dans la ville sont l’œuvre de ses hommes. Sans oublier les coopératives qu’il a crées et qui lui ont permis d’amasser d’immenses fortunes dont des véhicules et de réaliser des constructions dans la ville. Le comble et le plus révoltant selon des sources très sûres  c’est le fait que le chef milicien Frci circule dans son véhicule de type 4x4 avec un drapeau du Burkina Faso. Avec son armée forte selon des militaires de 300 hommes, Amandé est un chef milicien intouchable qui a droit de vie ou de mort sur les populations   parce que protégé par le régime Ouattara depuis la crise post électorale. Pour preuve, le général Soumaila Bakayoko chef d’état Major général des Frci avait annoncé publiquement à la télévision nationale il y a quelques mois, que tous ceux qui occupent illégalement les forêts classées allaient être délogés. Depuis cette propagande plus rien n’a  été fait dans ce sens. Un responsable des Frci  notamment de la Brigade de sécurisation de l’ouest avait à son tour annoncé dans une interview au quotidien Nord Sud qu’il allait engagé le dialoque avec Amandé Ouréimi. Et que si cette option ne porte pas ses fruits la manière forte allait être envisagée. Après toutes ses déclarations, le chef milicien a même fait remarquer qu’il ne bougerait pas de son territoire tant qu’il n’a pas fini les récoltes. Le 23 mars dernier dernier, le Directeur de l’Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration ( Addr) avait envisagé une visite dans le Mont Péko pour y rencontrer le maître des lieux. A la dernière minute, la visite a été annulée. Selon Fidèle Sarasoro,  le Directeur de l’Addr, un contretemps avec ceux qui devaient établir le contact avec le chef milicien en est la raison. Mais selon d’autres sources, Amandé Ouréimi qui a eu vent de ce que le Directeur de l’Addr était escorté par la force spéciale partie d’Abidjan ne souhaiterait pas que ces éléments Frci entrent sur son territoire avec des armes. Est-ce donc pour cette raison qu’il n’a pas accepté que le patron de l’Addr ne se rendre pas dans son fief ? L’avenir nous situera.

Vincent Deh (envoyé spécial)


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Bienvenue à Amadédougou

C’est peu dire que d’indiquer que la forêt du Mont Péko, annexée par Amadé Ouédraogo Rémi dit Ourémi, est une province du BurkinaFaso en Côte d’Ivoire. On pourrait y transférer l’ambassade du Burkina en Côte d’Ivoire que personne ne trouverait à redire. Les signes, pour le montrer, se passent de commentaires. D’abord Amadé lui-même. Burkinabé de source multiséculaire, il s’est installé dans la région de l’ouest dans les années 90, notamment à Bangolo, où il travaillait dans les champs des autochtones wê comme manœuvre. En 2002, il rejoint la rébellion de Ouattara comme beaucoup de Burkinabé vivant en Côte d’Ivoire. Très vite, il gravit les échelons et devient chef de guerre. Il se fait alors entourer de ses frères burkinabé et dirige un peloton de plus de 300 personnes lourdement armés. C’est justement ce peloton dirigé par Amadé Ourémi qui, selon les rapports des organisations de défense de Droits de l’Homme, a massacré officiellement plus de 800 Wê en une seule journée et dans la seule ville de Duékoué. A la fin de la guerre, ses hommes et lui se sont retirés dans la forêt du Mont Péko, expropriant les Wê pour s’emparer de leurs plantations. Il y a ensuite le fait que les 300 hommes qui composent son armée sont tous des Burkinabé pour la plupart recrutés dans la région. La forêt du Mont Péko, que d’aucuns appellent aussi Amadédougou, est occupée uniquement par des Burkinabé au service d’Amadé Ourémi. Troisième fait, c’est que, pour avoir accès à cette zone, il faut une autorisation express du maître des lieux. Une sorte de visa. Le barrage où se font les formalités pour y entrer est situé dans le village de Bagohouo, qui fait office de frontière. Enfin, et cela pour convaincre ceux qui n’y croiraient pas, son véhicule est frappé du drapeau du Burkina Faso, selon des sources proches du corps préfectoral. C’est donc un Etat dans un Etat qui dirige Amadé Ourémi dans le Mont Péko.

Boga Sivori

bogasivo@yahoo.fr

Source: Notre Voie  N°4384 du jeudi 4 avril 201 3




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