Alassane Ouattara ou le naufrage de la démocratie. Par Alain Bouikalo

Lundi 10 Juin 2013 - 19:11


Alassane Ouattara ou le naufrage de la démocratie. Par Alain Bouikalo
La Côte d’Ivoire connait-elle des avancées démocratiques depuis l’installation de M. Alassane Dramane Ouattara au sommet de l’Etat? La question pourrait être embarrassante pour certains soutiens de Ouattara qui affirment, mordicus, que le régime d’Abidjan est le reflet des démocraties occidentales. Le pouvoir lui-même est  dans une logique d’entretien de l’image que nous servent ses soutiens. Il s’adonne ainsi à des séances de  nettoyage de son image. L’objectif d’un tel travail herculéen est de donner une réalité matérielle au statut de démocrate dont il se prévaut. Cependant, la mayonnaise tarde à prendre d’autant que l’occupant du palais du plateau est saisi de façon atavique par son passage au sein de l’ex-parti unique et sa répression quasi démentielle de la démocratie, le 18 Février 1992. Cela se ressent deux ans après sa prise catastrophique et antidémocratique du pouvoir. En effet, les actes qu’il pose sont en parfait décalage avec les discours tenus aussi bien par ses soutiens que par lui-même. On note tout simplement qu’il a gagné le pari de plonger la démocratie dans les profondeurs abyssales de la lagune ébrié.

Quand Alassane Ouattara était le démocrate raffiné

Le mérite qu’a eu M. Alassane Dramane Ouattara est d’avoir frauduleusement bénéficié du statut de démocrate durant ses années d’opposant. Les grandes capitales occidentales acquises à sa cause, n’ont ménagé aucun effort à lui confectionner un manteau visiblement trop grand pour lui. Le reproche fait aux gouvernants successifs (de Konan Bédié à Laurent Gbagbo) était de vouloir, par des artifices juridiques, empêcher Ouattara le démocrate de gouverner la Côte d’Ivoire. Son passage des les grandes institutions financières internationales était suffisant pour faire de lui un démocrate. Le titre de démocrate venait ainsi se greffer à ses compétences jamais égalées d’économiste hors pair. La presse occidentale, principalement la presse française, amplifia la fausse image de démocrate. Dès lors, Ouattara était en droit de se considérer comme l’homme modèle qu’il faut à la Côte d’Ivoire, celui qui pouvait par un coup de baguette magique, transformer la Côte d’Ivoire en un pays démocratique. Après s’être considéré comme un martyre, une rébellion armée fut montée par ses hommes et présentée par le chef rebelle Koné Zakaria comme une œuvre faite pour lui. Elle défigura la Côte d’Ivoire avec l’évidente complicité du parti dont Ouattara est le Président : le RDR. Pendant tout le temps qu’a duré la rébellion armée, Ouattara continuait à se faire enrober du titre de démocrate en dépit de son accointance avec les rebelles.  Le pouvoir politique français, maître d’œuvre de cette imposture présentait le pouvoir légal attaqué, comme une dictature donnant ainsi aux rebelles pro-Ouattara une certaine légitimité. La crise post-électorale a de plus donné l’occasion de voir le démocrate raffiné montrer son sens élevé pour le respect des règles. Il l’a montré par des pratiques insurrectionnelles jamais expérimentées en Côte d’Ivoire. Il est en définitive parvenu au pouvoir en marchant dans le sang chaud d’innocents ivoiriens et dans les gravats encore fumants des institutions bombardées par ses copains défenseurs de la démocratie. Après donc un matraquage psychologique subi par les ivoiriens, après une traque menée contre le pouvoir de Laurent Gbagbo pour installer Ouattara le démocrate, on était en droit de croire que le pays irait mieux. Mais que constatons-nous aujourd’hui ?

Alassane Ouattara le bourreau de la démocratie

Détachons nos regards du rapport scandaleux que Ouattara a avec les institutions, qui, depuis 2 ans, sont devenues des éléments de son patrimoine. Il dispose de celles-ci comme il veut allant jusqu’à s’arroger le droit de dissoudre le gouvernement pour des questions parlementaires mineures. En marge de la confusion des pouvoirs instaurée en Côte d’Ivoire, Ouattara est passé maître dans l’art d’assassiner les libertés les plus élémentaires reconnues aux citoyens. Parmi celles-ci se trouvent la liberté de pensée et d’expression, les libertés de réunion et de manifestation, l’interdiction des détentions arbitraires etc. Ces droits constitutionnels s’imposent à Ouattara d’autant qu’il est le garant de la Constitution ce qui l’invite à la respecter et la faire respecter. Mais sa volonté de faire main basse sur l’espace politique est telle qu’il n’éprouve aucune gêne à marcher sur la constitution. Pour être le seul propriétaire de l’espace politique, il lui faut museler toutes les organisations capables de braver sa dictature. Et en l’espèce, le Front Populaire Ivoirien (FPI) est le parti politique de l’opposition que Ouattara juge utile d’éteindre. Contre le FPI, il a en effet instauré un système répressif qui ne donne aucune occasion à ce parti de mener en toute tranquillité ses activités. Par exemple, les grandes manifestations publiques du FPI sont systématiquement interdites ou si elles sont « autorisées », les nervis du pouvoir reçoivent mandat d’attaquer à l’arme les militants rassemblés. En procédant ainsi, Ouattara empêche, par la violence, l’expression d’une grande partie de la population ivoirienne. La désolation est encore plus grande quant on s’imagine qu’il a fait arrêter les dirigeants principaux du FPI. En plus de ceux qui croupissent dans les cachots du régime (Affi N’Guessan, Aboudramane Sangaré, Simone Gbagbo, Alphonse Douaty, Akoun Laurent –interdit d’activité politiques-), Koua Justin, Secrétaire national par intérim de la jeunesse du parti de Laurent Gbagbo a été récemment enlevé par les hommes du régime. Torturé, enfermé dans un conteneur à la DST, ce jeune leader a eu le malheur de vouloir éveiller les consciences ivoiriennes sur la dictature de Ouattara. Cette nouvelle victime vient ainsi gonfler le nombre de prisonniers politiques ivoiriens estimés à 671 personnes. Au fur et à mesure qu’il consolide son pouvoir, il fortifie également ses pratiques antidémocratiques. La répression barbare, la persécution des pro-Gbagbo, le refus de discussions franches avec le FPI laissent penser que Ouattara n’a que la violence comme arme de persuasion. On comprend dès lors, pourquoi la Côte d’Ivoire compte, à elle seule, près de 85 000 réfugiés. Ces personnes ont tout simplement fui la violence d’un régime totalement désincarné.
Le naufrage de la démocratie se réalise avec la complicité de Paris, de Washington et des cartels médiatiques mobilisés pour protéger un régime inhumain et détestable. François Hollande qui avait affirmé, la main sur le cœur, que le 06 Mai serait « une terrible nouvelle pour les dictateurs » ne ressent aucun désir de dire à Ouattara qu’il est « infréquentable ». Bien au contraire, Ouattara est devenu un habitué des salons de l’Elysée pendant qu’en Côte d’ivoire des centaines de citoyens sont arbitrairement détenus ou sommairement abattus. Quant à Barack Obama qui notait que « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes », il semble avoir tourné le dos à sa profession de foi. Lentement, Ouattara devient l’homme fort de la Côte d’Ivoire, seul propriétaire des vies et des pensées. Il manie dangereusement la violence qui, on le sait, est une voie sans issue.

L’on note en définitive que le démocrate raffiné descendu du FMI est devenu celui qui a fait couler la démocratie. On pourrait croire que le pouvoir l’a corrompu, mais à la vérité, il n’a jamais été un démocrate. L’image lui a été façonnée par les occidentaux qui voyaient la Côte d’Ivoire comme un butin à prendre. Alassane Ouattara était donc la personne capable de leur offrir ce butin. Aujourd’hui, la dictature est bien installée en Côte d’Ivoire. La répression des voix dissonantes a atteint un seuil intolérable. La Côte d’Ivoire va-t-elle assisté indéfiniment à ce naufrage orchestré par Ouattara ? Le temps nous situera.

Alain Bouikalo
bouikhalaud10@gmail.com




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