Alassane Ouattara ne réussira pas ; voici pourquoi !

Mercredi 1 Mai 2013 - 08:31


Alassane Ouattara ne réussira pas ; voici pourquoi !
9,8%! Dans un contexte où tous les voyants socio- économiques virent à l'orange foncé en Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara et ses thuriféraires intéressés - nombreux en Occident - se raccrochent à ce chiffre "magique" de la croissance supposée du PIB en 2012. Un chiffre censé prouver que si le toujours président du Rassemblement des républicains (RDR) échoue lamentablement à réconcilier les Ivoiriens, à limiter la corruption, à contrôler ses forces armées "ensauvagées" et à faire avancer les chantiers démocratiques, il "enrichit les Ivoiriens". Des Ivoiriens qui sont, bien entendu, de grands enfants dont les rancoeurs et les revendications politiques seront "noyées" dans les pluies de milliards à venir. Un certain nombre d'analystes, qui se fondent sur fort peu de données objectives et sur leur foi inébranlable en la "religion de Bretton Woods", perdent tout leur sens critique parce qu'ils considèrent naturellement qu'un ancien commis de ce que l'on a souvent nommé le Fonds de misère internationale (FMI) ne peut que redresser l'économie d'un pays africain pauvre et très endetté. Pauvre et très endetté après avoir été présenté comme le pays-modèle du libéralisme triomphant au cours de la guerre froide !

Aller au-delà du PIB...

 Il faut déjà réaffirmer une évidence : pris isolément, le PIB n'est pas un indicateur pertinent de l'état économique d'un pays. Par exemple, une Nation dont la croissance est portée par un secteur minier où s'activent des multinationales employant un grand nombre d'étrangers, bénéficiant d'une fiscalité avantageuse et rapatriant sans entraves leurs béné - fices, peut jouir d'un PIB en croissance continue pendant que les populations locales et l'Etat s'enfoncent inexorablement dans la pauvreté. Pour le cas qui nous concerne, il faut se poser un certain nombre de questions. Quels sont les secteurs qui portent cette fameuse croissance ? Quel est l'impact sur l'emploi et sur la fiscalité de la bonne santé de ces secteurs ? Le taux de croissance et l'indice de développement humain croissent-ils de manière parallèle ? La croissance des créations d'emploi est-elle parallèle à celle du PIB ? Les performances des régies financières de l'Etat - Douane, Impôts, Trésor - reflètent-elles la bonne santé supposée du pays ? Ces précisions faites, il nous faut évo - quer les raisons fondamentales qui nous permettent de penser qu'Alassane Ouattara ne parviendra pas à redresser l'économie ivoirienne. Elles sont toutes de nature quasi- structurelle et sont, pour certaines, liées à la façon dont il s'est emparé du pouvoir d'Etat.

Un pouvoir otage de prédateurs à col blanc ou à "bonnet dozo"

Alassane Ouattara est, hier comme aujourd'hui, un homme redevable de trop de choses à trop de gens. Depuis le 11 avril 2011, il ne cesse de rétribuer des prédateurs nationaux et internationaux, à col blanc ou à "bonnet dozo". Le dernier rapport des experts de l'ONU chargés de surveiller l'embargo sur les armes n'a fait que confirmer ce que les Ivoiriens savaient déjà : "un réseau militaro-économique au sein de l'administration ivoirienne" a étendu à l'ensemble du pays le domaine de ses pillages, limités à la zone rebelle de 2002 à 2011. Ce réseau, constitué des chefs de guerre de l'ex-rébellion, continue de combattre l'Etat en organisant la contrebande du cacao, de la noix de cajou, du coton, du bois, etc. Par ailleurs, la chronique (étouffée) des scandales de l'Etat-RDR met en scène des personnages sulfureux qui se font "rembourser" leur contribution à l'effort de guerre sur le dos des Ivoiriens. Sidi Kagnassi a-t-il, avec la complicité de Cissé Bacongo  et selon un aveu furtif d'Alassane Ouattara outrageusement surfacturé les travaux de réhabilitation des Universités ? Il reste impuni, parce que "sa" SAGEM a discrètement contribué au "poker menteur" électoral de 2010. Adama Bictogo a-t-il été "blanchi" par le procureur de la République, après le scandale de l'indemnisation des déchets toxiques ? Comment en aurait- il pu être autrement, alors qu'il a participé à l'effort de guerre, notamment à travers le trafic des "fèves du sang" récoltées dans les territoires rebelles pendant les "années Gbagbo" ? Pour l'instant, les conséquences économiques de ces prédations sont "couvertes" par une politique de réendettement massif et sans discernement. Mais ce beau décor en carton-pâte commence à se désagréger : de nombreux signaux montrent que les caisses du Trésor public s'assèchent inexorablement. Ce qui est logique : on ne peut pas à la fois développer un Etat et le combattre ! Au-delà du caractère fondamentalement prédateur de l'agglomérat d'intérêts qui règne sur la Côte d'Ivoire depuis plus de deux ans, l'absence de vision d'Alassane Ouattara, qui prend la vulgate néolibérale comme prétexte pour offrir la Côte d'Ivoire  dans un beau papier cadeau ! - aux groupes d'intérêt qui le soutiennent et le protègent depuis plus de vingt ans.
Pays agricole, la Côte d'Ivoire doit, pour s'en sortir (et sortir du piège qui la retient depuis les années 1980), s'industrialiser à tout prix en se fondant sur les produits de sa terre généreuse. Au lieu d'encourager la transformation du cacao ivoirien sur place, Alassane Ouattara a aligné la fiscalité des "broyeurs", qui créent pourtant une valeur ajoutée certaine, sur celle des négociants purs et durs, qui exportent les fèves brutes selon un schéma colonial aujourd'hui suicidaire. Les usines d'ADM Cocoa, de Barry Callebaut, de Saco et de Sucso à San Pedro viennent ainsi de procéder à des centaines de licenciements et de mises au chômage technique. Le chef de l'Etat de la Côte d'Ivoire préfère, pendant ce temps, créer les conditions légales et fiscales les plus avanta - geuses pour des firmes qui veulent acquérir les banques publiques, acheter des centaines de milliers d'hectares de terres pour produire du riz - et rapatrier leurs bénéfices -, exploiter les richesses minières sans contrat de partage de production... De manière plus subtile et - malheureusement - sur un terme plus long, ne dépouille-t-il pas l'Etat comme ses com’zones contrebandiers ? Nul n'est besoin de lire dans le marc de café ou de "jeter cauris" pour prédire, dans ces conditions, les déconvenues auxquelles s'expose la Côte d'Ivoire. Sa "croissance" actuelle est liée, comme celle d'après la dévaluation de 1994, à un "électrochoc externe", à des afflux de fonds institutionnels étrangers. Les effets de ce "coup de pouce" initial vont progressivement s'estomper. De plus, l'aggravation de la fracture nationale et le refus forcené de mettre en place des institutions démocratiques solides pouvant résister aux chocs des ambitions à venir font de la Côte d'Ivoire un pays dont l'avenir, brumeux, est difficile à anticiper. Le type de pays où nationaux et étrangers investissent avec une grande prudence. Ce qui n'est pas bon, tout le monde en conviendra, pour un vrai épanouissement économique. S'il continue sur le chemin dans lequel il s'est engagé, Alassane Ouattara échouera assurément, en cinq années comme en dix. Ou disons qu'il réussira à faire de la Côte d'Ivoire un pays broyé de l'intérieur et totalement dominé par l'étranger.

Par  Théophile Kouamouo

Le Nouveau Courrier N°787 du Lundi 29 Avril 2013




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