Alassane Ouattara et la gestion patrimoniale du pouvoir

Jeudi 17 Mai 2012 - 05:30


Alassane Ouattara et la gestion patrimoniale du pouvoir
En plaquant le modèle d’Etat occidental sur les sociétés africaines, le colon, mais aussi, les élites africaines de l’après indépendance l’ont utilisé dans ses manifestations les plus autocratiques. L’exercice solitaire du pouvoir, la gestion patrimoniale des biens publics sont les conséquences d’une représentation poussée à l’extrême du culte de l’omniscience de l’Etat. L’Etat au-dessus de tout conduit logiquement à la perception que : les serviteurs de l’Etat (gouvernants et fonctionnaires) sont aussi au-dessus de tout. La lutte contre les abus de pouvoir passe ainsi par l’inversion de cette perception. Telle est la façon dont le Président Alassane Ouattara gouverne la Côte d’Ivoire depuis une année. La gestion patrimoniale du pouvoir politique par le président Ouattara est contraire à la vision de la gestion de la  République.

1.Un nuage épais entoure son budget de souveraineté

L’hebdomadaire panafricain La Lettre du Continent, dans sa livraison N°634 du 3 mai 2012 a donné l’information selon laquelle le président Alassane Ouattara s’octroierait la somme de 300 milliards de FCFA comme budget de souveraineté.
Mais selon le quotidien ivoirien, L’expression, dans sa parution du 8 mai, La Lettre du Continent a publié des informations mensongères qui puent l’intoxication et la manipulation. Ce qui est certain, c’est que les Ivoiriens n’ont pas été éclairés par la mise au point faite par le quotidien L’expression.
Dans le budget 2012 disponible sur le site du ministère de l’économie, il est mentionné au titre du programme présidentiel d’urgence, 60 milliards de FCFA.
Au titre des dépenses de la présidence, 104 milliards de FCFA. En lisant la loi des finances pour 2012, nul part il est fait mention d'un budget de souveraineté, a fortiori la somme de 300 milliards de FCFA. Il est possible d’avancer deux hypothèses.

La première pourrait retenir l’idée que le fonds de souveraineté, qui est en fait l’argent de poche du chef de l’Etat, soit inclus dans les 104 milliards de FCFA. Cette hypothèse n’est pas crédible au regard du contexte dans lequel nous vivons où l’incertitude commande qu’un président de la république détienne quelque chose pour faire face aux urgences. Si cette hypothèse n’est pas crédible alors, nous pouvons dire que le chef de l’Etat n’a pas de budget de souveraineté. Or, dans le droit de réponse de la présidence de la république, il est noté «le budget de souveraineté de la Présidence ivoirienne ne s’élève pas à 300 milliards de F CFA. Bien au contraire, Il est inférieur aux 100 milliards auxquels vous vous referez et il est inscrit dans le budget 2012 de la Côte d’Ivoire. Il est disponible sur le site internet du Ministère de l’Economie et des Finances». Et pourtant, le chiffre est introuvable.
La deuxième hypothèse retient que le fonds de souveraineté existe bel et bien. Alors pourquoi un tel nuage autour du montant ? Est-il si petit pour faire honte ou est-il trop élevé au point d’indigner les Ivoiriens ? Dans tous les cas, les Ivoiriens ont droit à ce respect : celui de savoir ce que dépense le chef de l’Etat Ouattara comme argent de poche. Si la présidence n’éclaire pas les Ivoiriens, alors nous serons d’accord avec La lettre du continent pour dire que le chef de l’Etat se permet de dépenser 300 milliards comme argent de poche pendant que son peuple a faim. Dans ce cas, cette révélation mettrait sérieusement en cause l'intégrité du chef de l’Etat. Si ses prédécesseurs ont été critiqués sur cette question de fonds de souveraineté, c’est justement parce que les Ivoiriens avaient l’information concernant le montant que ces présidents dépensaient comme argent de poche. Ce qu’on peut déjà dire, c’est que les 104 milliards de l’institution /sont très élevés lorsqu’on sait que des centaines de personnes ont été licenciés de la présidence.

2.La déclaration de son patrimoine reportée sine die.

C’est un autre rituel républicain : comme chaque président de la République à l’orée de son mandat, François Hollande a remis au Conseil constitutionnel une déclaration de son patrimoine, publiée vendredi 11 mai au journal officiel. M. Hollande avait déjà donné des informations sur ses biens, en réponse aux questions de L’Express, qui avait publié une enquête sur les candidats, à ce sujet, en février. Sa déclaration officielle est conforme à ce qu’il avait indiqué à l’hebdomadaire. Le président élu possède un patrimoine total de 1,17 million d’euros, constitué pour l’essentiel par des biens immobiliers.
François Hollande ne paye donc pas d’impôt sur la fortune. Son patrimoine total, 1,17 million d’euros, le place juste sous la barre de 1,3 milliond’euros qui déclenche l’assujettissement. La réforme de l’ISF prévue par la gauche ne rendra pas M. Hollande tributaire de cet impôt. Les ménages resteront en effet exemptées jusqu’à 1,3 million d’euros, seuls ceux qui possèdent davantage devant s’acquitter d’un impôt sur la valeur de leur patrimoine située au-delà de 800 000 euros. François Hollande est l’un des chefs d’Etat les moins aisés de ces dernières années.
Cette pratique n’est pas seulement l’apanage des Occidentaux, les présidents africains sérieux s’y mettent. La preuve : pour obéir à la disposition de l’article 37 de la Constitution sénégalaise ainsi qu’à cette exigence démocratique et à cette quête de transparence dont rêvent les Sénégalais, le président Macky Sall a déclaré ses biens.
Conformément aux dispositions de l’article 51 de la Constitution du Niger, le président Mahamadou Issoufou déclarait ses biens le 14 avril 2011 avant sa prise de fonction.
En Côte d’Ivoire, l’article 55 de notre constitution de juillet 2000 dit que : «Lors de son entrée en fonction et à la fin de celle-ci, le président de la République est tenu de produire une déclaration authentique de son patrimoine devant la Cour des Comptes.

Durant l'exercice de ses fonctions, le président de la République ne peut, par lui-même, ni par personne interposée, rien acquérir ou louer qui appartienne au domaine de l'Etat et des Collectivités publiques, sauf autorisation préalable de la Cour des comptes dans les conditions fixées par la loi. Le président de la République ne peut soumissionner aux marchés de l'Etat et des Collectivités publiques…».
C’est donc un acte de bonne gouvernance qu’a l’ambition d’encadrer cet article de la constitution. Et pourtant, en dépit des annonces faites par Joël N’Guessan, le porte-parole du chef de l’Etat, en ces termes : «Il faut que les gens déclarent leurs biens. S’ils ne le font pas, comment pourront se faire les contrôles pour savoir qui s’est mis quoi dans les poches de manière illégale ?
Soyez rassuré, ces questions constituent une préoccupation importante pour le président Ouattara et je puis vous assurer que tout le monde va se soumettre à cette obligation», depuis une année, le président Alassane Ouattara refuse de déclarer aux Ivoiriens ses biens. Interrogé sur Rfi, le vendredi 11 mai 2012, le porte-parole du gouvernement ivoirien et ministre de la Poste, des technologies de l’information et de la communication (Mptic), Bruno Nabagné Koné a donné les raisons de la non déclaration des biens de Ouattara. Selon lui, le chef de l’Etat qui a fait plusieurs promesses pendant la campagne présidentielle n’a pas pris le pouvoir dans des conditions normales. ‘’Il fallait donc changer de priorités’’ après la prise effective du pouvoir. Pour le collaborateur du chef de l’Etat, la déclaration des biens n’était pas une urgence après la guerre que la Côte d’Ivoire a vécue à l’issue des élections présidentielles. Une déclaration qui prendrait une seule journée l’empêcherait de travailler ! Quelle idée ? Tout simplement, le chef de l’Etat refuse d’aller à la bonne gouvernance. Il préfère s’enrichir dans le dos des Ivoiriens.


3.La gestion clientéliste du pouvoir

 
Le chef de l’Etat ivoirien a une gestion néo-patrimoniale du pouvoir, confondant collaborateurs et frères et soeurs. En accordant un crédit à ce que dit le quotidien L’expression, à savoir que de toutes les personnalités citées par la fameuse Lettre du Continent, seules deux appartiennent à la sphère familiale du chef de l’Etat, c’est-à-dire le frère cadet, Ibrahim Ouattara, dit ‘‘Photocopie’’ et la nièce, Masséré Touré, l’explication par la compétence n’est pas robuste. La morale politique aurait voulu que Ibrahim Ouattara, ex directeur de l’agence du Gabon de l’Institut international pour l’Afrique,ne soit pas DAAF de la présidence de la République et Trésorier du RDR.
Que dire encore de sa nomination comme ministre des Affaires présidentielles ? Le chef de l’Etat Alassane Ouattara ne pouvait-il pas trouver une place ailleurs pour sa nièce, Masséré Touré, qu’à la présidence ? Le pouvoir en Côte d’Ivoire est simplement une affaire de famille. Le frère cadet d’Alassane Ouattara, Téné Birahima Ouattara (appelé couramment «photocopie») et par ailleurs ministre des Affaires présidentielles de Ouattara; le directeur de Cabinet, le ministre Marcel Amon Tanoh et le ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence, Amadou Gon Coulibaly ont décidé de s’offrir aussi des voitures blindées de dernière génération, estimées à environ 225 millions de FCFA hors les frais de dédouanement à Abidjan, nous rapportait le journal «L’Eléphant déchaîné». Pendant ce temps, les Ivoiriens crient qu’ils ont faim sans que le président Ouattara ne propose des solutions.
Du reste, l’Etat au sens où il est défini comme une «autorité permanente, séparée de la société et placée au-dessus d’elle», est sans conteste une institutionnalisation du pouvoir de coercition, au sein de la société.

Selon que cet Etat soit d’origine endogène (né d’une excroissance de la société) ou exogène (né d’une conquête militaire) ; qu’il s’exprime sous la forme collégiale procédant de la base par un système pyramidal, ou sous la forme impériale procédant du sommet par un système hiérarchique; la finalité du pouvoir en Afrique ou ailleurs, en est toujours, à défaut d’un dialogue fructueux, de chercher à s’imposer par la contrainte à une société donnée.
Et en Afrique, la gestion patrimoniale du pouvoir est une voie pour dominer la majorité. Il nous faut obliger le chef d’Etat Ouattara à passer d’une vision patrimoniale et solitaire du pouvoir à une vision dynamique et solidaire.Un code d’éthique doit être élaboré dans ce sens, mais pour le sortir de son artificialité actuelle, ce code doit parler aux Africains, aux Ivoiriens. Le processus de réappropriation sociale du pouvoir devra, pour aboutir à un code d’éthique authentiquement africain, s’intéresser à la fois à la forme (les mots, les expressions), le sens (ce que l’on met dans les mots) et le rituel (le mode d’administration du code). Le peuple agira certainement face à cette dérive du pouvoir car il est le détenteur originel de la souveraineté et personne d’autre.
Par Dr Prao Yao Séraphin
*Délégué national au système monétaire et financier à Lider
 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !