Alassane Ouattara avoue depuis Adzopé : « Les élections de 2010 n’étaient pas libres et transparentes »

Lundi 11 Mai 2015 - 08:22


L’aveu est de taille et porte la signature du chef de l’Etat actuel parvenu au pouvoir, le 11 avril 2011, dans les conditions que l’on sait. Alassane Dramane Ouattara a reconnu, samedi dernier, à Adzopé où il effectuait la dernière étape de sa visite d’Etat dans la région de la Mé, que les élections de 2010, organisées sous la menace de la rébellion armée et soldées par la guerre, n’avaient rien de démocratique. « Les élections passées n’étaient pas libres, transparentes, équilibrées et apaisées. Il y avait de la tension et des empêchements de vote », a-t-il déclaré devant les cadres et chefs traditionnels qu’il recevait à la résidence du préfet. En revenant sur cette vérité de polichinelle, l’hôte du peuple Kettin n’a pas évoqueé les conditions désastreuses de sa prise du pouvoir mais voulait plutôt justifier sa cuisante défaite dans la région où il se rappelle avoir récolté « moins de 10% des voix au second tour du scrutin présidentiel à Adzopé et un peu plus de 10% à Akoupé et Alépé ». Certainement réconforté par les propos de son ministre des infrastructures économiques, Patrick Achi (fils de la région), qui prétend lui offrir 90 % des voix, M. Ouattara dit ne pas avoir de rancune vis-à-vis des Akyé et Abbey. Il croit au renversement de la tendance en 2015 et promet « des élections transparentes, équilibrées et apaisées ». Et pour lui, les conditions pour y parvenir sont déjà remplies : « Tout le monde se retrouve dans la Cei (commission électorale indépendante dirigée par le même Youssouf Bakayoko, ndlr). Il y a un équilibre».
Les échanges entre le visiteur et ses hôtes ont porté essentiellement sur la situation des exilés politiques, la promotion des cadres et la réconciliation nationale. S’agissant des exilés politiques dont le sort préoccupe des populations, le chef de l’Etat leur demande de rentrer sans indiquer la moindre disposition prise pour permettre ce retour. Sur la question de la promotion des cadres, Ouattara prône la représentation de toutes les régions dans l’administration sur la base de la compétence. Dans la foulée, il estime que le « rattrapage ethnique », qui selon bien d’observateurs de la vie nationale a été érigée en règle de gouvernance par son régime, est une vue de l’esprit. « Le rattrapage, c’est n’importe quoi. Moi, je n’appartiens à aucune ethnie et à aucune religion ou j’appartiens à toutes les ethnies et toutes les régions », se défend-il. Parlant de la réconciliation nationale, le chef de l’Etat se propose de poursuivre le dialogue avec les partis politiques.

Avant de recevoir les cadres et la chefferie traditionnelle, l’hôte de la Mé a animé un meeting à la place de la gare au cours duquel il a fait de nouvelles promesses de réalisation de projets dans divers domaines. Alassane Dramane Ouattara prévoit, en effet, investir dans la région pour cette année 2015, une enveloppe de 70 milliards de Fcfa dans plusieurs projets dont le bitumage du tronçon Adzopé-Yakassé Attobrou (25 km). Ces 70 milliards s’ajouteraient aux 30 milliards qui seraient déjà en train d’être investis pour faire un total de 100 milliards de fcfa.

Comme à toutes les étapes de la visite, les différents intervenants ont exprimé leur soutien à la candidature proclamé du chef de l’Etat et gavé leur auditoire de propos dithyrambiques dignes de griots Mandingues. La palme est, cette fois-ci, revenue au député d’Agou. « Monsieur le président, vous êtes l’homme providentiel de notre pays. Vous incarnez la somme et le produit de toutes les vertus de l’humanité…», a proclamé le député Gbocho Emanuel sous les bruissements de la population qui semblait découvrir les talents de laudateur du parlementaire.

Jean Khalil Sella
Envoyé spécial

Publié le lundi 11 mai 2015  |  Notre Voie
 




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