Affi N’Guessan : « Ouattara a mis la Cpi en difficulté, la Cpi va le mettre en difficulté »

Nous proposons ci-dessous la suite des réponses que le président du Fpi a données le mercredi dernier aux journalistes lors de sa conférence de presse historique.

Samedi 7 Décembre 2013 - 06:22


Pascal Affi N'Guessan, président du FPI
Pascal Affi N'Guessan, président du FPI
Ouattara prend le pouvoir dans les conditions du 11 avril, il veut couper toutes les têtes qui dépassent, il veut étouffer toutes les possibilités de contestation, de révolte, il nous attrape, il nous met en prison. Il y en a même à l'Onu qui pensaient qu'il allait nous libérer au bout de 6 mois. Il aurait eu le temps de s'asseoir et donc de maîtriser la situation. Ce qui fait quequand les 6 mois sont passés et qu'il ne se manifestait pas, certains ont commencé à se poser des questions. Mais le temps que nous avons mis est proportionnel à son incapacité à maîtriser la situation. C'est tout. Voilà le but de la manœuvre comme le disent les militaires. Le but, il faut que je les attrape pour pouvoir m'asseoir. Parce que le 11 avril, il y avait deux possibilités pour faire la paix. La manière forte et la négociation. La manière forte pour imposer la paix par la force des armes. La paix de la violence. Puis, la négociation pour imposer la paix, le consensus, l'accord. La dernière déclaration que j'ai faite, si vous l'avez lue, je disais que quand il y a une crise politique, il n'y a pas 36.000 solutions. Il faut discuter. Parce que quand on dit qu'il y a crise politique, cela veut dire que c'est une crise a intégré la société. Donc ce n'est même pas l'affaire d'un seul individu. Alors il faut discuter pour que ceux qui portent la parole ou la conviction de cette opinion- là l'expriment et qu'on voit comment on peut les contenter, comment on peut trouver un compromis avec eux pour qu'on fasse la paix des braves. Il n'y a que le compromis pour pouvoir fonder la paix. Il a préféré la manière forte parce qu'il était convaincu, et Choi l'a dit, qu'au bout de trois mois, il maîtrisera la situation. Tout le monde va se coucher. Peut- être même que des délégations vont commencer à déferler des campagnes, d'un peu partout comme au temps d'Houphouët pour venir faire allégeance. Et c'est pourquoi le mot allégeance, il serait bien que Dédi Séri, vous fassiez une réflexion sur la notion. Parce que ce mot-là aussi traverse notre histoire. Et c'est pourquoi les gens se sont accrochés à ça. Parce que l'allégeance, c'est la manifestation de la soumission. Et quand vous regardez, pour rejoindre la question qui a été posée par quelqu'un, c'est par rapport à ça qu'on traite tous les Ivoiriens aujourd'hui. C'est ça l'allégeance qui est la ligne de fracture à l'intérieur du pays aujourd'hui entre ceux qui ont fait allégeance à Ouattara et ceux qui refusent de faire allégeance. Ceux qui refusent de faire allégeance sont hors- la-loi. Ils sont déjà en infraction. Et si on t'attrape, on fait ton dossier et puis tu vas dans une prison. Et moi, c'est pourquoi je ne suis pas concerné. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, mais moi, je suis prêt à assumer la place que l'histoire doit me donner. Mais je lui suis fidèle. Je suis fidèle et qu'elle me donne la place qu'elle veut. Si ma place, c'est en prison, j'irai. Donc, je ne me pose pas de question et ceux qui pensent qu'on va avoir peur, et qu'à cause de ça on va changer d'attitude, qu'ils se détrompent. On a vaincu la peur parce que si tu veux être dans l'histoire, il faut vaincre la peur. Il faut d'abord régler ton problème avec la peur. Si tu as réglé ton problème avec la peur, tu peux jouer un rôle. Or nous n'avons pas encore pris notre retraite parce qu'on veut jouer un rôle. Donc je n'ai pas de problème avec la liberté provisoire. C'est eux qui l'ont inventé, c'est eux qui ont noué, ils sauront comment dénouer. Ce que je fais aujourd'hui, c'est pour les aider à dénouer. Parce que les états généraux de la République, c'est une façon d'aider Ouattara aussi. Peut- être que ces partisans ne le savent pas, mais c'est une façon de l'aider. Parce qu'aujourd'hui, il a à choisir entre la voie de la Cpi et la voie des états généraux de la République. S'il ne fait pas les états généraux de la République, il fera la Cpi. Parce qu'il ne peut pas tenir entre le refus des états généraux et le refus de la Cpi. Il ne peut pas tenir les deux. Il ne peut tenir le refus de coopérer avec la Cpi après s'être débarrassé de Gbagbo et le refus des états généraux. Les états généraux viennent à son secours pour qu'ils puissent décrocher de la Cpi parce que la Cpi agit là où il n'y a pas de procédures judiciaires impartiales où les autorités n'ont pas la volonté de faire la justice, à savoir tirer au clair les problèmes qui se sont posés. Et si comme je l'ai suggéré,  au lendemain du 11 avril, s'il avait accepté la négociation, peut-être qu'on serait pas là ou on est, où il est obligé de se retrouver en porte-à-faux avec la Cpi. Ce n'est pas une position aisée, une position confortable. Mais cette situation inconfortable, c'est lui-même qui l'a choisie en voulant jouer au "bravetchè" et en pensant qu'il doit avoir autorité sur les organisations internationales qui vont faire sa volonté. Donc, il a mis la Cpi en difficulté et la Cpi va le mettre en difficulté. Les états généraux, c'est pour l'aider. Quand on va commencer les états généraux et qu'on va voir tous les Ivoiriens rassemblés en train de discuter, vous allez voir que tout va se calmer. A l'intérieur comme aux frontières. Et comme ça, on aura une chance de réinitialiser le processus. Mais cela signifie qu’il faut sortir de la logique de la confrontation, il faut sortir de la logique de l'anéantissement d'un camp. Il faut adhérer au principe de la Réconciliation, de la Tolérance des autres. Il faut tolérer que les autres existent. Qu'ils vivent leur spécificité. Qu'ils vivent comme ils sont. Et que, nous tous, on participe à la vie de la Nation, chacun à sa place. Le prêt du Congo, quel inconvénient? Ce qu'on dénonce, c'est le principe. Ce n'est pas le fait d'aller au Congo, mais c'est le principe. Et ça, pour n'importe qui le ferait dans la vie courante. On n'a jamais demandé de crédit au Congo depuis que la Côte d'Ivoire existe. Et le principe, mêlé aujourd'hui dans la Côte d'Ivoire, on s'est même engagé depuis le temps de Laurent Gbagbo, à désendetter le pays. Parce qu'on considère que le surendettement est un cancer qui va hypothéquer l'avenir des générations. Parce que ce sont les générations à venir qui vont rembourser. Et si les générations remboursent, c'est des ressources en moins pour leurs programmes de développement. Vous avez réussi, vous avez pris l'argent et vous avez fait tout ce que vous voulez. C'est comme le chef de famille qui laisse des dettes à ses héritiers. Or, il a utilisé ses dettes pour aller partout, rouler dans de bonnes voitures, et puis les enfants arrivent, on leur dit: voilà ce que votre père vous a laissé. Et vous, vous êtes obligés maintenant de vous saigner rembourser. Donc il vous revient de prendre sur votre niveau de vie, sur vos plaisirs pour rembourser ce que votre père a laissé. Ce n'est pas un acte de générosité. Ce n'est pas sain. Or aujourd'hui, c'est ce qu'on voit. C'est l'endettement là qui a derrière un esprit malsain. "On va prendre partout. De toutes les façons, nous, dans 5 ans, dans 10 ans, on est parti.
Tant pis pour ceux qui vont venir après. S'ils n'arrivent pas à manger, s'ils n'arrivent pas à serrer la ceinture, ça c'est leur problème". Ce n'est pas juste. Ce n'est pas sain. "Moi, j'aurai marqué. Moi, avec l'endettement j'aurai fait un certain nombre de choses. Mais comme les gens n'ont pas cette capacité d'analyse, ils ne feront pas le lien entre ce que j'ai fait et qui porte mon nom et la situation catastrophique du pays dont ils héritent. Donc, le fait que nous ne cherchons pas au contraire à être des prêteurs et que nous empruntons à tout vent, ça aussi ce n'est pas sain. Parce que dans la vie courante, un ami qui emprunte chez tout le monde, ce n'est pas respectable. La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit... Nous cherchons à être prêteurs, nous cherchons à ce que les gens dépendent de nous, qu'ils viennent nous solliciter. Et c'est aussi une question de fierté nationale. C'est pour - quoi d'ailleurs, un patron n'oserait pas emprunter avec son chauffeur. Pour emprunter, on fait un peu attention. Le Congo est un pays respectable. C'est un pays ami, un pays du Sud, un pays avec lequel nous coopérons. Nous pensons que quand tu coopères avec des amis, il ne faut pas les mettre mal à l'aise. Quand tu viens, ils sont gênés parce que, eux aussi ont leurs problèmes. Mais comme tu es serré... On ne nous a pas beaucoup entendus sur la nationalité et le foncier parce que tout sera réglé dans les états généraux de la République. Ce sont des questions qui nous parais - sent tellement sérieuses, tel - lement importantes qu'il ne faut pas les régler dans les chambres qui ne garantissent pas la légitimité des décisions prises. Or, aujourd'hui, nous tous savons que l'Assemblée qui est là ne reflète pas toutes les tendances, tous les courants de l'opinion ne sont pas représentés à cette Assemblée. C'est pourquoi on leur dit souvent faisons un effort pour être tous dans le processus. Pour que les institutions soient légitimes et que les décisions qu'elles prennent engagent tout le monde. Sur les questions peut-être secondaires, on peut laisser. Mais sur les questions essentielles où nous pensons que nous avons un mot à dire, et que ce mot est représentatif d'une frange importante de la population, il faut trouver d'autres cadres. Aux états généraux, la société va participer, les différents courants d'opinion vont participer et nous allons adopter des choses qui conviennent à tout le monde. C'est aussi simple que ça. Parce que souvent quand on veut faire la fuite en avant, on se fait toujours rattraper par la vérité. Il vaut mieux s'asseoir et discuter pour se mettre d'accord. A ce moment quand vous marchez, vous marchez dans la paix et la stabilité. Donc nous espérons que ces dossiers là vont revenir aux états généraux de la République et que nous aurons le temps d'en discuter. Avoir tourné la page par rapport aux élections de 2010 ? Mais moi, je vous ai trouvé sur la libération de Gbagbo quand je suis sorti de prison. Donc on continue. Je ne pense pas, et nous tous intérieurement, on est peut-être 100 à en avoir fait un débat public, on a peut-être une position sur l'attitude à avoir par rapport aux élections passées. On le dit dans les déclarations mais dans l'action, on mène d'autres combats parce qu'on ne peut pas mener tous les combats en même temps. C'est ce que je peux dire. Sur la situation des journalistes exilés, je donne le message, mais je demande à Ouattara de les faire rentrer. Tu souhaiterais que je leur dise de rentrer mais, demande à Ouattara de les faire rentrer, parce que c’est lui qui les a fait partir. C’est plus sûr et je souhaite que toi aussi tu demandes la même chose. C’est simple. Pourquoi faire  des démarches en direction de telle ou telle autorité. Il faut aller le voir directement (…) On en parle comme ça, mais je pense que c’est un dossier sur lequel la responsabilité des politiques est engagée. Il en va aussi de leur sérieux. Je suis souvent ahuri et scandalisé de voir l’attitude que le chef de l’Etat a vis-à-vis de ces questions. Peut- être que je suis naïf, mais je ne comprends pas la logique. Qu’est-ce qu’il gagne vis-à- vis des exilés et de tous ceux qui sont martyrisés ? Pour gagner quoi vis-à-vis de Blé Goudé qui est en train de mourir en prison. Pour faire quelle démonstration ? Je n’arrive pas à comprendre, parce que moi, je ne ferai jamais ça à un militant du Rdr, un militant du Pdci, un adversaire politique tout court, si j’étais au pouvoir. Ça n’a pas de sens. Or, ce qui n’a pas de sens ne dure pas. La vie est ainsi faite. Ce qui n’a pas de sens ne dure pas. C’est ce qui a un sens qui dure. C’est comme les fausses postures, les attitudes hypocrites. Franchement ! Ne soyons pas hypocrites. Appelons un chat par son nom. Parce que, c’est pour cela qu’on est sur la terre. Ce n’est pas pour mentir, jouer à l’hypocrisie; ce qui est blanc, dire que c’est noir ; se dissimuler ; avoir peur ; faire des choses qui ne sont pas justes ; être en crise avec sa conscience. Si on fait cela, on n’ira pas au paradis. Les magistrats, ils sont un pilier essentiel de la paix dans une nation. Parfois certains d’entre eux se font manipuler. On leur dit écris ceci, ils écrivent ; dites ceci, ils le disent. Ils vont aller au paradis avec cela ? C’est l’enfer qui les attend. Des policiers qui vont torturer des gens, les maltraiter. Des êtres humains ? Des créatures de Dieu ? Il faut que le courage de la vérité soit partagé par les Ivoiriens. Il faut qu’on soit fort ; qu’on soit courageux. Parce que si on est courageux, on va imposer un ordre de paix et de stabilité une fois pour toute. On va se respecter et on ne fera plus ça. C’est pourquoi, ceux qui font la dictature, il ne faut pas les laisser faire. Ceux qui veulent martyriser les autres ; ceux qui veulent se prendre pour Dieu, il ne faut pas les laisser faire, parce que ce sont des hommes. En face, il faut qu’il y ait quelqu’un pour leur dire ça. Soyons courageux pour dénoncer ce qui n’est pas juste. Pour moi aujourd’hui, la persécution dont sont victimes les pro-Gbagbo n’est pas juste. Il y a une crise, on veut s’installer, on fait des choses, mais après, il faut arrêter. Il faut arrêter pour s’engager dans la voie de la paix, pour que le pays ait la paix, parce que là, le pays est stressé. Ce qui n’est pas juste ne dure pas longtemps. Un jour le peuple stressé mettra fin à cela. C’est une loi de la nature, et une loi de l’équilibre. Il y a toujours un mouvement des hautes pressions vers les basses pressions, pour établir  l’équilibre. Nous sommes déjà dans le jeu politique. Nous sommes à notre place d’opposants. Et c’est de cette place que nous jouons pour reconquérir les libertés ; reconquérir la paix et la réconciliation et reconquérir le pouvoir d’Etat. Ce sont les trois dimensions de la reconquête dans laquelle nous sommes engagés. Reconquérir les libertés ; avoir le droit de se parler, de se réunir, de tenir des meetings, de  critiquer le gouvernement parce que c’est notre rôle. Avoir le droit que nos manifestations soient présentées à la télévision, sur les antennes de la RTI et dans les médias d’Etat. La question de l’élection pré - sidentielle avec ou sans Gbagbo, c’est quand le moment va arriver que le parti va se réunir pour examiner cela sans gêne. Nous n’avons pas de problème à ce niveau. On est un parti qui est fondé sur le débat démocratique ; qui est fondé et aussi sur l’analyse politique. Le moment venu on ira soit à une convention, soit à un congrès, après avoir mené toutes les batailles. Soit Gbagbo est libéré, il est en Côte d’Ivoire, on analyse la situation en fonction pour préparer 2015. Soit, il n’est pas libéré, il n’est pas en Côte ’Ivoire, on analyse la situation par rapport à ça et par rapport à 2015, et on prend la décision qui est conforme aux intérêts du parti et du peuple de Côte d’Ivoire. Si boycotter, c’est ça qui nous sommes convaincus en notre âme et conscience, on va dire qu’on ne va pas. Si participer, c’est cela qui est bon pour nous et pour le pays, on va dire on s’en va. Même si Gbagbo n’est pas là. On va le décider. Donc ce n’est pas la peine de spéculer là-dessus aucun schéma n’est établi à l’avance et ficelé.  C’est bon que vous sachiez ça pour que certains esprits soient libérés.  Notre position est que le recensement général de la population est inopportun dans les conditions actuelles. Et nous ne marquons pas notre accord pour une telle initiative. C’est pour tout ça que nous disons qu’il faut aller à la réconciliation. On ne peut pas dire qu’on va faire le recensement général qui consiste à compter les Ivoiriens, les localiser, dres -ser une base de données qui sera la source de toutes les projections en termes de développement : développe - ment des infrastructures ; développement économique ; développement industriel, dans le contexte actuel ou des milliers d’Ivoiriens sont réfu - giées au Ghana, au Libéria au Togo. Ou il y a de dizaines de milliers qui sont des réfugier intérieurs. Soit les gens sont réfugiés à Abidjan, parce qu’ils n’ont plus de domiciles ; n’ont plus de biens à Kouibly nombreux et à Bacoubly, et donc ils vivent apeurés. Où les gens mêmes se posent des questions sur leur rapport avec l’Etat. A tel enseigne que même si aujourd’hui les agents recenseurs se présentent dans un village, mêmes si les villageois sont là, ils vont refuser de participer parce que la confiance n’est pas encore établie. Soit parce qu’elles sont des pro-Gbagbo, donc se méfient des autorités actuelles, donc peuvent suspecter ces gens  de vouloir les recenser à leur détriment. C’est pour cela que nous disons, faisons la réconciliation pour qu’il y ait la paix ; pour qu’il y ait la décrispation, pour que toutes ces questions se fassent dans la sérénité. Nous pensons qu’il faut régler les problèmes qui se posent sur le terrain. Dans beaucoup de pays, dans la déclaration qui va être produite et qui est rédigée par le camarade Dédi Sery et ceux qui s’occupent des questions de populations, on cite des exemples en Europe, en Afrique, où ce genre de recensement a été différé à cause du contexte socio-économique qui ne s’y prêtait pas. Pourquoi nous ne ferions pas comme les autres ?

La tournée de l’Ouest

Les leçons de la tournée à l’ouest, c’est d’abord le traumatisme subi par les populations. Ces traumatismes ont été très grands. Et les consciences en ont été marquées. Il n’ y a pas une seule localité où ceux qui ont pris la parole n’ont pas commencé par évoquer ces événements. C’est pour cela qu’il faut faire la réconciliation pour la donner l’occasion à toutes ces victimes de faire le deuil de toutes les violences des traumatismes subis. Ils nous l’ont dit mais c’est à un niveau  qui ne permet pas de vider. Les gens veulent avoir un public plus large ; les gens veulent avoir la communauté nationale à leur écoute, pour qu’ils disent comment ils ont souffert et qu’on leur adresse en retour au niveau de la nation des mots de compassion.  C’est ça qui peut décharger les cœurs. C’est un peu comme ça dans la vie courante. Quand vous avez un problème vous êtes obligés de vous déplacer pour rencontrer un ami sincère pour lui expliquer, voilà ce que ma femme vient de me faire ; voilà ce que mon grand-frère a fait ce matin. Parce que ça vous fait très mal et vous avez besoin de parler à quelqu’un pour être soulagé. C’est la situation qui se présente aujourd’hui, dans l’ensemble de l’ouest. Si on ne laisse pas ces gens s’exprimer dans un cadre, il s’exprimeront dans un autre cadre. Et cette expression ne sera pas maîtrisée. Elle ne sera pas encadrée. Elle peut être contre-productive et donner lieu à de nouvelles violences. C’est pourquoi quand nous parlons d’états généraux ceux qui n’ont pas une approche psychologique des rapports avec les hommes et de la politique ne comprennent pas. Ils pensent que c’est une perte de temps. Pourquoi on réconcilie les gens. Quand on dit on fait la réconciliation au village, quand les se sont battus et qu’il y a eu des blessés, celui qui a raison, quelque fois même, il ne prend rien. Il est juste  content en disant que les gens m’ont compris. Ils ont reconnu le tord et le préjudice que j’ai subi. Ça me suffit. Il repart apaiser. C’est ce processus de catharisme qu’il faut qu’on organise au niveau de la nation, parce qu’il y a eu trop de meurtrissures. Quand on parle de 3000 morts, on voit seulement les chiffres.  C’est plus de 3000 morts. Mais der - rières ces chiffres ce sont des hommes et ceux qui ont survécu. Ces personnes sont souvent mortes dans des  conditions atroces. Je racon - te souvent l’histoire de ce jeune dans la région de Bayota, qui a été crucifié, quand les rebelles sont entrés dans le village. Il est mort sur la croix. Les gens sont étonnés de voir que quand nous sortons, les gens sortent. Ce n’est pas à cause de moi qu’ils sortent. Ils ont envie de se défouler. Ils ont envie d’évacuer toute la rancœur accumulée. Ils ont envie de s’exprimer. Il faut voir le monde qui sort comme l’expression d’une réaction par rapport à ce qu’ils ont vécu. Il faut donner l’occasion à tous les Ivoiriens d’évacuer. Ceux du Rdr, ceux Pdci, ceux du Fpi comme ceux de La majorité présidentielle. Il faut donner l’occasion d’un défoulement national. Ça va être dur. Il y aura beaucoup de larmes, mais c’est mieux parce que je suis persuadé qu’après ça, le pays va être apaisé, le pays va être tranquille et les gens vont se respecter mutuellement. Aujourd’hui, on est dans la pensée des vainqueurs et cette pensée est mauvaise. Il y a beaucoup de gens qui après la réconciliation ne pourront plus se balader dans les grosses voitures de façon arrogante. Il vaut mieux qu’ils reculent pour que le pays avance. Il y a des choses qui sont les symboles de l’oppression de certaines communautés ; des symboles du malheur de certaines communautés. Et ces symboles sont je dirais même des agressions permanentes. Elles doivent disparaître.

Propos recuillis par Robert Krassault, César Ebrokié & Eddie Ané


Source: Notre Voie N°4586 du vendredi 6 décembre 2013




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