Affaire "FRCI trafiquants": La preuve que Gnénéma se moque des Ivoiriens

En réalité, les informations livrées par le Groupe des Experts de l'ONU sur les effets nocifs des réseaux contrebandiers incrustés au cœur de l'Etat lui ont été fournies par... le gouvernement Ouattara lui-même. Le débat sur "l'absence de preuves" n'est donc pas de saison. Le procureur de la République doit ouvrir une enquête. S'il ne le fait pas, le chef de l'Etat doit l'y enjoindre. Explications.

Mercredi 1 Mai 2013 - 08:17


Affaire "FRCI trafiquants": La preuve que Gnénéma se moque des Ivoiriens
Panique dans la "Case RDR". Après le rapport des experts de l'ONU dénonçant l'existence d'un "réseau militaro-économique" de nature mafieuse qui pille l'économie nationale, c'est le ministre de la Justice Gnénéma Coulibaly qui a été envoyé "au front" pour justifier l'injustifiable. Et il n'y est pas allé de main morte. "Le rapport de l'Onu dit qu'il y a certains responsables de l'armée qui sont impliqués dans des trafics. Nous avons eu connaissance de ce rapport. Comme je l'ai toujours dit, nous ne sommes pas fermés à toutes les dénonciations. Si l'Onu constate qu'il y a des preuves contre des personnes qui seraient impliquées dans des trafics, nous Justice, nous ne sommes que disposés à recevoir ces preuves-là, et mener des investigations. Cela porte préjudice à nous tous ; donc vous imaginez bien que le président de la République et tout le gouvernement ne peuvent pas protéger des personnes qui volent, parce que c'est du vol. Si on nous dit que celui là a volé, voici la preuve, nous on le poursuit. S'il est militaire et que c'est dans le cadre de sa fonction militaire qu'il a volé, il ira devant le tribunal militaire. S'il est militaire et que c'est en dehors de sa fonction militaire qu'il a volé, il viendra devant nous et nous le jugerons. Nous avons lu le rapport et nous attendons y donner suite. Nous attendons simplement que les éléments de preuves nous soient apporter et nous donnerons la suite qu'il faut", s'est-il expliqué. Les observateurs qui ont lu le rapport de l'ONU en question et qui se trouvaient dans la salle ont dû sourire sous cape. En effet, les éléments cités par le rapport en question en appui de leurs accusations ont été en partis fournis par... le gouvernement ivoirien."Les autorités ivoiriennes estiment que, pour la saison 2011/12, la contrebande de cacao a représenté 153 000 tonnes, soit des pertes de 400 millions de dollars (près de 1,6 % du produit intérieur brut de 2012, d’un montant total de 25,125 milliards de dollars) pour l'économie nationale et une perte de 76 millions de dollars en recettes fiscales pour le Gouvernement (...) La Côte d'Ivoire est le second producteur au monde de noix de cajou. En 2012, la production a atteint les 450 000 tonnes. Les autorités ivoiriennes estiment qu'en 2011, 150 000 tonnes de noix de cajou sont sorties en contrebande par les frontières au nord et à l'est du pays, soit une perte pour l'économie nationale de 130 millions de dollars et un manque à gagner de 3 millions de dollars en recettes fiscales pour l'Etat", peut-on lire, par exemple.

M. Ouattara, ordonnez une enquête !

Le gouvernement Ouattara sait donc qu'une contrebande à l'échelle industrielle le prive des centaines de milliards de recettes, alors qu'il fait la manche et s'endette sans discernement là où une gestion plus rigoureuse des régies financières de l'Etat lui aurait permis de ne pas hypothéquer à ce point l'avenir de la Nation. Veut-il faire croire qu'après avoir informé les experts de l'ONU de ces incroyables déperditions financières, il s'est endormi du sommeil du juste en attendant que "les Blancs" lui fournissent des éléments de preuve sur les réseaux criminels dont il avait d'ores et déjà identifié les méfaits ? Dans ce cas, cette attitude relèverait, plus que de l'incompétence crasse, de la haute trahison ! Le ministre de la Justice d'Alassane Ouattara, magistrat de son état,  voudrait-il faire croire à l'opinion qu'il ne connait pas les procédures qui s'appliquent dans ce genre de situation ? En réalité, lorsqu'il dispose d'indices sérieux lui donnant à penser qu'il y a des motifs substantiels de croire qu'il y a "infraction" (en l'occurrence crimes économiques), le procureur de la République, bras armé de l'exécutif dans le système judiciaire, peut s'auto - saisir d'un dossier et commencer à enquêter. Un précédent existe en Côte d'Ivoire : alors que des "bruits" couraient en Côte d'Ivoire sur les malversations dans la filière café-cacao, le président Laurent Gbagbo avait enjoint le procureur de la République d'ouvrir une enquête à ce sujet, ce qui a conduit au "procès des barons". Alassane Ouattara aura-t-il le courage d'enjoindre le procureur de la République d'enquêter sur le "réseau militaro-économique" identifié par les experts de l'ONUCI, dans la mesure où il est évident que le dernier rapport constitue un "indice sérieux", sans toutefois préjuger de sa véracité pleine et entière ? C'est à cette question que le régime doit répondre. Tout le reste n'est que distraction de bas niveau.

Par Philippe Brou

Le Nouveau Courrier: N°788 du Mardi 30 au Mercredi 01 Avril 2013




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