Affaire Blé Goudé Me Kaufman «clashe» Bensouda

Me Nicholas Kaufman demande aux juges de rejeter la requête du Procureur Fatou Bensouda qui sollicite une prorogation du délai qui lui a été indiqué pour déposer son document contenant les charges contre Charles Blé Goudé. L’avocat de l’ancien ministre de la Jeunesse bat minutieusement en brèche les arguments soulevés par l’Accusation.

Jeudi 10 Juillet 2014 - 10:24


C’est décidément sa stratégie : la fuite en avant par la ruse qui lui permet de gagner du champ afin de mettre à niveau autant qu'elle peut les enquêtes bâclées qu’elle mène pour tenter de donner de la consistance à des charges globalement fallacieuses. Comme dans l’affaire Gbagbo, la Procureure de la Cour pénale internationale (CPI) poursuit dans ses artifices dans l’affaire Blé Goudé. Dans une réponse en date du 6 juillet 2014 à l'Accusation, qui a demandé le 4 juillet dernier aux juges de lui accorder jusqu’au 29 août prochain pour déposer un Document contenant les charges (DCN) qu’elle doit pourtant fournir le 18 juillet prochain au plus tard, la Défense de Charles Blé Goudé demande à la Chambre préliminaire I de rejeter la requête de Fatou Bensouda.  Me Nicholas Kaufman souligne que son client «s'oppose vigoureusement» à la requête du Procureur car elle est sans «motif valable» et ne vise qu’à gêner la Défense et les juges en chamboulant littéralement le calendrier initialement établi par la Chambre. «Aucun retard n’est justifié dans ce cas (…) en raison de la mauvaise gestion et / ou erreur de calcul de la part du Procureur». En l'absence de «bonne cause», la Chambre préliminaire devrait rejeter la demande du Procureur», estime-t-il.

6 semaines supplémentaires sollicitées par l’Accusation

En effet, dans sa requête du 4 juillet dernier, le Procureur demande à la Chambre une prorogation de 6 semaines du délai pour la présentation de son DNC. Elle souhaite donc divulguer ses éléments de preuve finaux jusqu’au 29 août 2014 alors que selon le calendrier initial, le Procureur a jusqu’au 18 juillet pour le faire. Fatou Bensouda explique qu’elle a besoin de plus de temps pour la transcription des entretiens réalisés notamment avec des témoins dans le cadre de ses investigations dans l’affaire Blé Goudé. «L'équipe du Procureur a été informé que les transcriptions des enregistrements audio de ces entrevues ne seront pas prêtes avant le 18 Juillet 2014», fait-elle savoir. Deviner qui l’a informé de ce retard ? L'Unité des services linguistiques (LSU) qui fait partie du Bureau du Procureur. Une Unité qui avait pourtant assuré à l’Accusation dès le début des enquêtes «qu'il serait possible de transcrire, avant le 18 Juillet 2014, le nombre prévu d'heures d'entretiens à enregistrer». Charles Blé Goudé doit-il être victime d’une prorogation injustifiée de sa détention du fait de l’incapacité du Bureau du Procureur à utiliser rationnellement et efficacement le temps qui lui a été accordé ? Son conseil est plus que jamais irrité. Désormais, la procureure gambienne promet que «la date probable d'achèvement [des transcriptions, ndlr] sera au plus tôt fin de Juillet 2014». Non sans ajouter qu’elle entend également procéder à la transcription des discours et / ou les déclarations de Blé Goudé sur lesquels l'Accusation entend se fonder comme «preuve» à l'audience de confirmation des charges déjà prévue le 18 août prochain.

Bensouda appelle l’ONUCI à la rescousse

 Aussi, Bensouda soutient qu’elle a sollicité l’aval des Nations Unies afin de divulguer des déclarations obtenues dans le cadre de l’affaire Gbagbo dans le dossier de Blé Goudé. Mais à ce jour, elle est incapable de dire si les autorisations nécessaires pour «divulguer les déclarations seront obtenues avant le 18 Juillet 2014». Un argument qui est loin de convaincre Me Kaufman qui affirme que l’Accusation a bénéficié du temps nécessaire pour le faire. Selon lui, le Procureur ne donne aucune indication sur la date à laquelle il a demandé l’accord de l'ONU pour divulguer ces déclarations encore moins des explications sur les raisons de cette impossibilité à obtenir l’avis de la Maison de Verre avant le 18 juillet. L’avocat de Blé Goudé trouve curieux que le Procureur n’obtienne pas cette fois-ci l’autorisation pour la divulgation alors qu'elle l’a obtenu dans le cas de Gbagbo. «Aucune modification des délais ne devrait être accordée pour remédier à ce qui peut être une intransigeance de la part des Nations Unies ou une « absence de diligence de la part du Procureur», a réagi Me Kaufman, qui estime que le Bureau du Procureur a eu le temps nécessaire pour obtenir cet accord de l’ONU. Mais en réalité, même dans l’affaire Gbagbo, jouant la carte de la prudence on ne sait pour quelles raisons, l’ONUCI avait divulgué des informations a minima et qui se trouvaient parfois en contradiction avec les faits décrits par le Procureur notamment concernant les expertises balistiques des événements d’Abobo.   

Blé Goudé ciblé par la CPI avant de mener les enquêtes

Me Kaufman récuse également l’argument de Fatou Bensouda selon lequel les vacances judiciaires qui auront lieu à la CPI du 19 Juillet au 10 Août 2014 auront un «impact» sur le temps nécessaire pour la divulgation de ses éléments de preuve. «Il est de l'obligation du Procureur d'être prêt à répondre à toutes les éventualités», s’oppose-t-il fermement. Le Conseil principal de Blé Goudé s’étonne que le Procureur réclame plus de temps - pour finaliser son DNC dans l’affaire Blé Goudé parce qu’il s’était plutôt focalisé sur l’affaire Gbagbo – alors que Bensouda affirme que ces deux affaires sont « étroitement liées ». Pour la défense, les ressources énormes dont dispose le Bureau du Procureur devraient logiquement d’arriver rapidement à la confirmation des charges. Surtout que les enquêtes ont débuté bien avant que Bensouda (alors adjoint de Ocampo) ne soit confirmée Procureur. Manifestement, Blé Goudé (tout comme Gbagbo) était déjà ciblé par la CPI avant même qu'elle ait mené la moindre investigation pour trouver le moindre indice contre lui. «Le suspect ne peut pas accepter cela comme une excuse légitime pour une extension de délais. Le prédécesseur du Procureur - Luis Moreno-Ocampo - dans son style inimitable - avait ciblé l’accusé avant même de demander l'autorisation de la Chambre préliminaire d'ouvrir une enquête indiquant, de ce fait, la priorité qu'il attachait à son cas», s’insurge Me Kaufman.  En tout cas, si la Chambre préliminaire I accède à la requête du Procureur, la date du 18 août fixée pour l’audience de confirmation des charges est compromise. Mais la Cour devrait logiquement débouter Fatou Bensouda si elle veut être conséquente, puisque que la juge unique s’est récemment opposée à une requête de la Défense qui avait sollicité une rallonge du délai pour ses soumissions sur le document contenant les charges.

Par Anderson Diédri

Source: Le Nouveau Courrier  N°1067 Du Mercredi 09 Juillet 2014






1.Posté par maccauley le 12/07/2014 02:18 (depuis mobile)
Bensida est vraiment bête !! Est ce qu''elle n''a pas traversé l''école de Droit en courant. Elle est bien pour être clerc d''avocat!

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