Affaire Bettencourt: la piste du financement illégal de l’UMP

Jeudi 24 Mai 2012 - 08:00


Affaire Bettencourt: la piste du financement illégal de l’UMP
Le juge a acquis la certitude que M.Woerth, trésorier de la campagne de M.Sarkozy en 2007,a reçu des espèces
 
 
Les enquêteurs chargés de l’affaire Bettencourt cernent Nicolas Sarkozy. Le nom de l’ex-président apparaît désormais dans la procédure, instruite à Bordeaux par le juge Jean-Michel Gentil, visant les délits d’«abus de faiblesse » et d’«abus de confiance» commis au préjudice de la milliardaire. Selon les procès-verbaux dont Le Monde a pris connaissance, le magistrat semble tenir pour acquis que M. Sarkozy a bénéficié, lors de sa campagne présidentielle de2007,d’argent en espèces du couple Bettencourt. Et ce par le biais de Patrice de Maistre, ex-gestionnaire de fortune des Bettencourt, et Eric Woerth, ex-trésorier de l’UMP. Les deux hommes sont mis en examen – le premier étant toujours en détention provisoire.
Le juge Gentil s’est d’abord attelé à tracer l’argent liquide. Le 17janvier 2007, 50000 euros sont retirés de l’un des comptes Bettencourt par la comptable Claire Thibout, sur l’injonction de M.de Maistre. Celui-ci réclame initialement 150000 euros, mais la comptable refuse de sortir une telle somme. Car ce montant excède son autorisation de sortie d’espèces à la banque. Le magistrat s’est procuré l’extrait de compte qui donne crédit aux assertions de MmeThibout. Interrogée le 14septembre 2011 par le juge Gentil, celle-ci a réitéré que la Demande de M.de Maistre était claire: c’était, selon les propos que lui aurait tenus le gestionnaire de fortune, «pour donner à Eric Woerth». Le lendemain,18janvier,un rendez- vous est pris avec Mme Bettencourt pour lui remettre les fonds.
Mme Thibout, dans son agenda, note: «Pour donner enveloppe qui donnera à Patrice.» Les agendas de Mme Bettencourt et de M. de Maistre confirment la tenue de ce rendez-vous. L’enveloppe kraft contenant des liasses de vingt billets change donc demains, pour atterrir dans celles de M. de Maistre. Le lendemain, soit le 19janvier, celui-ci rencontre M.Woerth, qu’il connaît depuis 2006, et dont il s’apprête à Engager l’épouse, Florence Woerth. Le tête-à-tête se déroule dans un café, près du QG de campagne, rue d’Enghien, à Paris. Question du jugeàM.Woerth, lors de son interrogatoiredu9février: «Vous souvenez- vous de la station de métro?». «Non, a répondu l’ancien ministre du travail, je ne m’en souviens pas.» Remarque perfide du magistrat: «Vous ne vous souvenez pas de la station de métro que vous avez emprunté tous les matins…»
Curieusement, ce rendez-vous ne figure pas à l’agenda de M.Woerth, contrairement à celui de M.de Maistre qui a précisé que l’entrevue s’était déroulée de 8h30 à 9h30. Plus ennuyeux pour M.Woerth,l’agenda de Mme Thibout porte cette mention, à la date du 19janvier 2007: «Patrice et trésorier, rue des Poissonniers (…) sécurité. »«Lors de ce rendez-vous,interroge donc le magistrat, M. de Maistre  vous a-t-il remis une somme de 50000 euros en espèces?» «Non,proteste M. Woerth, il ne m’a jamais remis d’argent (…). Nous avons parlé de la campagne qui commence…» Si le magistrat postule que l’enveloppe a bien, ce jour-là, été remise à M. Woerth, il manque 100000euros:Mme Thibout a assuré que M. de Maistre s’était débrouillé pour les trouver. Or, le 28 janvier 2007, M.de Maistre se rend à Genève, où il a rendez-vous le 30janvier avec l’avocat René Merkt, qui gère les comptes non déclarés du couple Bettencourt. Interrogé,M.Merkt confirme la rencontre, et précise que M.de Maistre réclamait des fonds, par le biais d’un mécanisme de compensation, en insistant pour qu’ils soient livrés en main propre à Mme Bettencourt. Les 100000 euros ont-ils été débloqués ce jour-là?Toujours est-il que le 5février 2007, un coursier débarque chez Mme Bettencourt,en présence de M.de Maistre, entre 17h15et17h45. Les enquêteurs ont établi que les fonds étaient toujours livrés ainsi. Deux jours plus tard, le 7février 2007, M.de Maistre et M.Woerth se retrouvent de nouveau, le matin, toujours dans ce café discret. Juste après la rencontre, le trésorier de l’UMP file au QG, où se tient une réunion avec l’équipe financière. «Il voulait évoquer l’importance du rôle des PME dans l’économie française», défend l’ex-ministre sur procès-verbal pour justifier ce rendez-vous avec M.de Maistre. L’explication ne convainc pas le magistrat qui relève notamment que l’agenda de M.Woerth mentionne ce jour-là deux réunions importantes censées se tenir aux mêmes horaires, mais au QG de campagne. Pourquoi, du coup, ne pas avoir organisé le rendez-vous au bureau? Pour M. Woerth, le café, «c’est plus convivial». Il réfute La thèse du magistrat,convaincu que100000euros lui ont été donnés ce jour-là. «Patrice de Maistre ne m’a jamais remis d’argent liquide », assure l’ex-ministre au juge. Quoi qu’il en soit, le lendemain, 8 février 2007, l’étude Mert Genève reçoit un virement de 560000 euros, sur un compte de Mme Bettencourt, la somme paraissant provenir d’un système de compensation. Le magistrat semble donc persuadé qu’une partie de l’argent ainsi discrètement débloqué est parvenu à M.Woerth, dans le but, de financer – illégalement– La campagne de M.Sarkozy. via un procès-verbal daté du 27février,le juge Gentil a donc décidé de verser à la procédure ouverte pour«abus de faiblesse» plusieurs témoignages d’anciens membres de la maisonnée Bettencourt. Il précise sa pensée: «Disons faire le lien avec plusieurs dépositions de témoins faisant état d’une visite de Nicolas Sarkozy au domicile de Liliane Bettencourt pendant la campagne présidentielle de 2007.»
Pour le magistrat, il s’agit de prouver que cet argent sorti en liquide de Suisse, a servi, in fine, à financer la campagne de M.Sarkozy. Il accumule donc les indices. Comme cette phrase extraite d’un cahier tenupar l’écrivain François- Marie Banier. A la date du 26avril 2007, celui-ci mentionne que sa richissime confidente se plaint des exigences financières de Nicolas Sarkozy. Or, ce même 26 avril 2007, 400000 euros, décaissés de Suisse, ont été apportés à M. et Mme Bettencourt. Pourquoi cette arrivée d’espèces, alors que le couple «n’avait pas de besoins pour financer son quotidien puisque tout lui était acheté», comme l’a Expliqué Mme Thibout au juge? Sur l’implication de M.Sarkozy, les dépositions des témoins apportent au magistrat des éléments nécessaires, à défaut d’être suffisants. Secrétaires ou chauffeurs,ils sont formels: M. Sarkozy a bien rendu visite à Mme Bettencourt durant la campagne électorale.
Mais ces rencontres-là,le dictaphone du majordome Pascal Bonnefoy, dont les enregistrements pirate ont déclenché toute l’affaire,ne les a pas enregistrées…

par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Source: Le Monde du jeudi 24 mai 2012




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !