Adresse de la Plateforme Panafricaine pour la Présidentielle en France

Samedi 11 Février 2017 - 17:14


 A l’attention de:
Mesdames, Messieurs, Honorables candidates et candidats à la magistrature suprême,
 
 Notre démarche citoyenne part d'un constat récurrent et tenace : combien de fois n'a-t-on pas entendu telle actrice ou tel acteur de premier plan de la classe politique française affirmer, avec faits et chiffres à l'appui, que "l'Afrique, c'est le continent d'avenir !" ?
 
 La traduction en actes d'une telle phrase devrait conduire à des initiatives fortes pour redonner à la politique africaine de la France un nouveau souffle, des axes concrets de réflexion et d'action avec et en faveur des peuples africains. 
 
Mais rien de tel ne s'est jamais produit ! Car, toujours, ces bons mots se sont noyés dans le marécageux marigot de la Françafrique. 
 
Très vite, cette affirmation péremptoire disparaît toujours du logiciel des comités de rédaction des programmes de la campagne présidentielle quand l'heure arrive de dessiner une politique étrangère française, qui regarde et prend en compte les pays africains, notamment les anciennes colonies françaises, comme des alliés et des partenaires, avec qui on peut/on doit discuter et signer des contrats de coopération gagnant-gagnant, pour ensemble faire face aux nombreux défis de la mondialisation et du réchauffement climatique. 
 
Très vite, chaque candidat à l'Elysée renoue avec les mêmes promesses farfelues et autres "déclarations d'amour à l'Afrique" qui sont vite oubliées... et remplacées par des circonvolutions d'allégeance aux régimes liberticides d'Afrique, au nom de la realpolitik!
 
 En effet, une fois installés à l'Elysée, après avoir pris connaissance, avec faits et chiffres à l'appui, "des réalités, des jeux et enjeux d'alliance assurant la pérennité de la Grandeur de la France dans le Monde", tous les locataires de l'Elysée, de De Gaulle à nos jours, ont repris à leur compte la célèbre formule gaullienne suivant laquelle " La France n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts".
 
 Face à ce constat, notre démarche citoyenne reste cependant empreinte d'un vif optimisme qui se fonde sur les combats acharnés et toujours plus vigoureux des masses fondamentales africaines et des acquis de grande portée historique engrangés (certes encore fragiles) de ces luttes populaires, qui préfigurent, à un horizon pas si lointain, la fin de la Françafrique
 
Nous voulons agir résolument, à travers les nombreuses activités de la Caravane Panafricaine 2017 (*), afin que l'affirmation selon laquelle " l'Afrique, c'est le continent d'avenir de la France" ne reste pas un simple slogan de campagne d'Hommes ou de Femmes politiques en manque d’idées alternatives, mais devienne une revendication politique, portée par une large opinion démocratique auprès de tous les candidats de la Présidentielle Française 2017, qui exige, ici et maintenant, l'élaboration et la réalisation d'une Politique Française de Coopération respectueuse de la Dignité et des Intérêts Fondamentaux des Peuples Africains.
 
 A cet effet, le message de ralliement de toutes les citoyennes et de tous les citoyens qui adhèrent à notre initiative c'est " Mon
Candidat, c'est l'Afrique"
 
, pour bien afficher notre volonté collective de faire de l'Afrique, l'un des thèmes majeurs de cette campagne 2017, et non comme toujours, une question marginale, vite traitée par quelques vagues promesses humanitaires et/ou sécuritaires.
 
Face à ce statu quo de la politique africaine de la France qui perdure depuis le système de domination néocoloniale pensé et mis en place sous De Gaulle (au prix de quelques ravalements de façade), nous initions ce Questionnaire pour ouvrir, avec vous, et avec tous les citoyens de ce beau Pays des Droits de l'Homme, le nécessaire débat (toujours occulté ou minoré) sur les visions et les ambitions des candidats à la Présidentielle Française de 2017 vis à vis du continent africain, et plus particulièrement la nature des liens à tisser avec les anciennes colonies françaises d'Afrique et leurs citoyens, là-bas sur le continent et ici dans l'Hexagone.
 
 (*) consulter le programme de la Caravane Panafricaine sur le liens suivant : http://www.ppanafricaine.org/index.php/fr/. 
 
Ce questionnaire fait l’hypothèse que vous soyez élu(e) Président(e) de la République le soir du 7 mai 2017.
 
 Q1. Le libre choix des dirigeants africains.
 
 Choisir leurs dirigeants est un droit universel et inaliénable des peuples. En Afrique, les dirigeants sont imposés aux peuples au prix d’innombrables vies humaines. Les forces vives africaines pointent du doigt la responsabilité de la France (au vu du déroulement des élections jusqu’à la période récente en Afrique francophone notamment au Tchad, au Gabon, au Congo Brazzaville, en Djibouti, Mauritanie…) ; le mode de tricherie est multiple et varié : la manipulation du corps électoral, la non publication des résultats en temps réel et par bureau de vote, la distribution sélective des cartes électorales, les différentes techniques d’inversion de résultats mises en place, etc.). Dans les autres pays de l’espace anglophone ou lusophone, les élections se passent mieux. Quelles dispositions prendriez-vous pour que cesse cette dérive si vous êtes élu(e) président(e)?
 
 Q2. La « dette » des pays africains
 
 Les citoyens bien informés savent pertinemment que la prétendue « dette» des pays africains, notamment francophones, est la résultante d’actes engagés par des personnes imposées de force aux peuples africains comme dirigeants. Et ceci, dans une étroite collaboration entre le bailleur instructeur et le débiteur « bon élève ». Qu’envisageriez-vous, pour ce qui est du ressort de la France, afin de mettre un terme définitif à ce non-sens qui étouffe les peuples africains?
 
 Q3. La monnaie, un outil de souveraineté 
 
Le franc CFA est, depuis sa création, un outil de domination des pays africains aux mains des autorités françaises. Sans monnaie indépendante, l’économie africaine ne pourra jamais décoller et devenir réellement concurrentielle. Les peuples africains francophones revendiquent la mise en place d’une monnaie commune souveraine. Qu’en pensez-vous ?
 
 Q4. Les accords de défense, la coopération militaire et le terrorisme 
 
Des accords de défense signés entre la France et ses anciennes colonies au lendemain des indépendances ont connu récemment, pour certains d’entre eux, quelques retouches, sans pour autant modifier fondamentalement la donne. En outre, ils restent toujours inconnus du grand public. L’armée française est omniprésente aux quatre coins de l’Afrique, dans des bases militaires et par le biais de la coopération militaire. Son rôle réel a toujours été et demeure, selon les situations, soit de veiller sur les dirigeants impopulaires et dictateurs imposés, « amis de la France » (Idriss Deby, Sassou N’Guesso, Ali Bongo, Alassane Ouattara, Aziz ...), soit d’évincer du pouvoir les dirigeants jugés insoumis aux intérêts de la France (Sylvanus Olympio, Thomas Sankara, Laurent Gbagbo,…). Aujourd’hui, au nom de la lutte contre un certain terrorisme instrumentalisé, la présence militaire française se propage un peu partout en Afrique et se pérennise. Et pourtant, parmi ces « amis de la France », un terrorisme d’Etat massacre la population civile dans un silence assourdissant. Quand et comment comptez-vous en finir avec ces accords de défense léonins et cette prétendue coopération militaire qui fait des forces françaises en Afrique une armée d’occupation et de déstabilisation ?
 
 Q5. La coopération économique, les Accords de Partenariat Economique (APE).
 
 Des multinationales françaises font des bénéfices colossaux en Afrique (Bolloré, Total, Areva, Orange, etc.) pendant que les populations sombrent dans la misère. Au travers de multiples accords inégaux, la même exploitation économique continue : on cite les Accords de Partenariat Economique (APE) qui sont pour l’Afrique le pendant de TAFTA (traité de libre-échange transatlantique) pour l’Europe. Quelles dispositions prendriez-vous pour l’instauration de rapports économiques plus équitables et humains ?
 
 Q6. La Justice climatique et les migrations.
 
 La pollution industrielle au Nord crée une instabilité climatique à l’échelle du monde, avec des conséquences dramatiques au Sud (désertification, sécheresse, etc.). Ceci est une des premières causes de la pression migratoire. De façon plus globale, la responsabilité des nations riches vis-à-vis de cette pression migratoire, qu’elles qu’en soient les raisons économiques, politiques et climatiques, est engagée. La moindre des choses pour ces nations, si promptes à mettre en avant les Droits de l’Homme lorsque la défense de leurs intérêts géostratégique est en jeu, serait de s’appliquer ces principes à eux-mêmes pour l’accueil des migrants. Quelles décisions mettriez-vous en œuvre pour apporter des réponses adéquates à cette question ? 
 
Q7. La France, l’Afrique et les Institutions internationales 
 
Dans la configuration de notre monde du XXIème siècle, les pays vainqueurs de la seconde guerre mondiale continuent de faire mains basses sur la gouvernance mondiale sans vraiment prendre en compte les autres, notamment l’Afrique, qui a pourtant sa part dans la victoire. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies reste un instrument aux mains de quelques pays, dont la France, qui se sont arrogés le droit de veto et l’utilisent comme bon leur semble. Le droit international et les instruments qui sont érigés pour l’incarner, notamment la Cour Internationale de Justice, pour ne citer que cet exemple, sont à géométrie variable. L’Afrique aspire légitimement à être membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Qu’en pensez-vous ? 
 
Q8. L’image de l’Afrique, les discriminations raciales et les médias 
 
Les discriminations frappent très singulièrement en France les personnes d’origine étrangère et plus particulièrement celles issues de l’Afrique ou d’ascendance. Une certaine légèreté de traitement des questions africaines par les médias y compris d’Etat, en est sans doute pour beaucoup dans cette déconsidération envers ces personnes. Entendez-vous y remédier et comment ?
 
 Q9. Les pays africains traités encore comme des colonies.
 
 Plus d’un demi-siècle après les déclarations officielles d’indépendance des pays africains, les relations entre la France et ces pays sont empreintes d’un paternalisme qui rappelle le temps des colonies. En témoigne cette sorte de messe célébrée tous les deux ans que constitue le « Sommet Franco-Africain ». Dans l’actualité, on peut citer le rendez-vous de Bamako en janvier 2017, après celui d’Antananarivo en novembre 2016 sur la Francophonie. Ce dernier pose la question de l’évolution et l’émancipation culturelle de l’Afrique. Pour lever cette ambiguïté, seriez-vous prêt à changer de telles pratiques ? 
 
Q10. La nécessaire intégration de l’histoire coloniale dans le récit national français
 
 Alors qu’une partie de la République est toujours marquée par les stigmates de la traite des Noirs et de la période coloniale, l’Ecole de la République n’a toujours pas intégré cette dimension didactique historique dans le récit national. De même, l’appui de l’Etat fait défaut à un véritable travail de mémoire, à la recherche et à la diffusion de travaux scientifiques ainsi que la facilitation de l’accès aux archives nationales. 
 
Quelles mesures comptez-vous prendre pour rétablir la vraie histoire de la France ? 
 
Merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. 
 
Paris, le 07/01/17. 
 
Pour La Plateforme Panafricaine, 
Raymond AYIVI
Référent. 
E-mail : ppanafricaine@gmail.com. 
 
Les premières Organisations signataires sont :
 
 Collectif Contre la Confiscation de la Démocratie au Burkina Faso (CCCDB), BurkinaComité Culturel pour la Démocratie au Bénin (CCDB), Coordination de la Diaspora Africaine de Bretagne (CDAB), Les Forces de Libération Africaine de la Mauritanie (FLAM), Togo Education Culture (TEC-France), Rassemblement National Républicain du Tchad (RNR), Agenda des Actions Africaines, Association Halte Génocide Côte d’Ivoire, Les Amis de Laurent Gbagbo et le Front Populaire Ivoirien (FPI, Côte d’Ivoire), Union pour le Salut National (USN),Djibouti, Ligue Panafricaine UMOJA. 
 
Pour toute correspondance postale, SVP : La Plateforme Panafricaine c/o M. Raymond AYIVI - 3, rue Dr Rouques 95870 Bezons. 




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