Activiste radical pro-Gbagbo en France / Franck Segot-Lutté salue la victoire d’Ado et s’explique : Il revient au Président Alassane Ouattara de prendre rendez-vous avec l’histoire

Auteur du livre ‘’Au cœur de la Refondation- Gbagbo Laurent, pour l’amour de son peuple’’ paru aux éditions Menaibuc à Paris, Franck Segot-Lutté est à Paris, l’un des chefs de file des partisans de l’ancien président ivoirien en France. Dès la proclamation des résultats provisoires par la Cei de la victoire du président sortant Alassane Ouattara lors de la dernière présidentielle, il lui a souhaité bonne chance et marqué sa disponibilité pour la réconciliation nationale dans son pays. L’IA l’a rencontré pour en savoir davantage. Entretien.

Mercredi 4 Novembre 2015 - 10:29


Franck Segot-Lutté
Franck Segot-Lutté
Monsieur Franck Ségot-Lutté , à l’annonce par la Cei des résultats provisoires de l’élection présidentielle ivoirienne vous avez produit une déclaration sur votre page Facebook pour souhaiter bonne chance au vainqueur Alassane Ouattara et indiquer que vous vous mettiez au service de la réconciliation , alors que vous aviez appelé au boycott du scrutin. Est-ce à dire que le combattant pro-Gbagbo a baissé drapeau ?


Il ne s’agit pas de combattant qui a baissé drapeau. Bien au contraire, la lutte continue. Nous allons simplement entamer une autre étape de la lutte. Il est bien de rappeler que le combat que nous menons pour la réconciliation est celui que nous menons depuis bientôt cinq ans dans les rues de France et d’Europe. Nous n’avons jamais appelé à la guerre.

Pourquoi avoir fait une telle déclaration, si c’est pour dire que vous allez continuer à faire ce que vous faites dans les rues de France et d’Europe depuis bientôt cinq ans ?


J’aimerais d’abord vous indiquer que, pour ma part, Alassane Ouattara n’a pas été élu lors de la présidentielle de 2010. Pour mois c’est le président Laurent Gbagbo qui est sorti vainqueur des urnes. Selon la Constitution, en 2015, le mandat du président Laurent Gbagbo a pris fin. Une nouvelle mandature commence donc avec M. Alassane Ouattara qui était simplement le chef sortant de l’autorité . Il s’est trouvé des personnes pour accompagner Ouattara à son élection, pendant que moi j’avais fait le choix du boycott parce que j’estimais que les conditions n’étaient pas réunies pour aller à des élections. Nous y sommes quand même partis, nous avons tous vu qu’il y a eu un scrutin, nous avons tous vu qu’un vainqueur en est sorti, voilà pourquoi je prends acte de l’élection du Président Alassane Ouattara. Et il a dit qu’il mettrait son mandat sous le sceau de la réconciliation, comme nous y sommes disposés aussi. Mais qu’il sache que la réconciliation passe nécessairement par la libération du président Laurent Gbagbo, du ministre Charles Blé Goudé, de tous les prisonniers politiques en Côte d’Ivoire dont Mme Simone Gbagbo, et par le retour sécurisé de tous les exilés.
 
La libération de Laurent Gbagbo est-elle pour vous le préalable au démarrage du processus de réconciliation ?


Je n’ai pas parlé de préalable, car parler de préalable, c’est aussi mettre un blocage au débat. Je précise que la libération du président Laurent Gbagbo est indispensable à la réconciliation. Nous ne pouvons pas parler de réconciliation des Ivoiriens et mettre Laurent Gbagbo de côté alors qu’il représente une part importante de l’électorat ivoirien. Il est important de tenir compte de ce paramètre là. On ne peut parler de réconciliation et laisser de côté Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo qui ont été des acteurs de la paix et de la réconciliation en Côte d’Ivoire de 2000 jusqu’en 2010. Au nom de la paix et de la réconciliation nationale, le président Laurent Gbagbo a accepté la rébellion sur la table des négociations et a fait de son chef le Premier ministre de Côte d’Ivoire. Nous avons vu le camarade Charles Blé Goudé aller dormir jusque dans la chambre du Com’zone Wattao (Commandant de zone du territoire ivoirien occupée par l’ex-rébellion en Côte d’Ivoire : NDLR) à Bouaké au nom de la paix et de la réconciliation. Tout cela pour montrer que c’est possible, si nous le voulons vraiment. Vous comprenez donc que nous ne pouvons pas parler de réconciliation en laissant de côté ceux qui ont offert dix années de leurs vies pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire.

Cela dit, quelles leçons tirez-vous de la présidentielle ivoirienne que vous avez appelée à boycotter ?


Il y a pour moi deux enseignements principaux. Premièrement, je constate surtout que le Président Alassane Ouattara et son électorat RDR ne pèsent pas grand-chose. Et vu le taux d’abstention, il faut admettre que Ouattara n’a pas suscité d’intérêt particulier pour l’électorat ivoirien. Secundo, je me rends compte que pour une fois que le RDR n’est pas dans l’opposition, les élections se déroulent dans le calme. Car il est bien aussi de rappeler à tout un chacun que la stabilité d’un pays dépend surtout de la responsabilité de l’opposition. De 2000 à 2010, nous avions une opposition militarisée en Côte d’Ivoire avec son cortège de coups d’État manqués et rébellion. De 2011 à 2015, nous avons eu une opposition civile et responsable, voilà pourquoi tout se passe dans le calme. Voilà donc les deux enseignements que je tire de cette élection ; le poids léger que constitue le RDR dans l’univers des partis politiques ivoiriens, et la responsabilité des partis de l’opposition.

Avec le Rhdp, les résultats ne peuvent-ils pas aussi signifier que le Président Alassane Ouattara est capable de mobiliser et fédérer au-delà des rangs du RDR ?


Je ne le pense pas, avec le faible taux de participation que nous avons connu même si la C.E.I. (Commission électorale indépendante : NDLR) donne des chiffres qui semblent peu glorieux pour un chef de l’État sortant. Je ne crois pas que l’on ne soit pas arrivé à réconcilier les Ivoiriens et prétendre mobiliser et fédérer au-delà du RDR. C’est ce qui limite les voix portées sur sa candidature aux frontières du RDR.

Après la victoire d’Alassane Ouattara , votre message de félicitations et votre appel à la réconciliation, comment envisagez-vous en France le sort de la résistance aux autorités ivoiriennes?


Je suis moi-même membre de ceux qui arpentent les rues de France et d’Europe toutes les semaines. Mais nous ne sommes pas dans ces rues là pour nous opposer au régime d’Alassane Ouattara. Je suis dehors pour appeler à la libération du président Laurent Gbagbo. Je suis dehors pour appeler à la libération du ministre Charles Blé Goudé. Je suis dehors pour appeler à la libération de Simone Gbagbo et de tous les prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Je suis dehors pour appeler au retour sécurisé de tous les exilés ivoiriens. Nous sommes dehors pour ces raisons et pour ces hommes et femmes pas libres , et non pour contester le pouvoir d’Alassane Ouattara. Que nous le voulions ou pas, Alassane Ouattara était le président de fait.

Ne me dites pas que vous n’avez pas contesté le Président Alassane Ouattara pendant quatre ans dans les rues de Paris.


Nous ne contestions pas son pouvoir, mais plutôt sa légitimité. Nous disions certes qu’il n’était pas légitime aux yeux des Ivoiriens que nous représentons, mais nous ne disions pas qu’il n’était pas le président. Pour ma part, j’ai d’ailleurs toujours dit qu’il était le chef de l’autorité en Côte d’Ivoire. Car pour moi la république, se sont des valeurs qui sont incarnées par les institutions. Ce sont les valeurs de justice, de paix et de fraternité. Et toutes ces valeurs là, le régime d’Alassane Ouattara ne les incarnait pas. Voilà pourquoi je ne pouvais pas appeler Alassane Ouattara le Président de la République de Côte d’Ivoire. J’ai dit au monde entier qu’il n’était pas légitime à ce poste là, mais je n’ai pas dit qu’il n’était pas le Président.

Dans votre déclaration, vous avez parlé de justice comme l’un des éléments de la réconciliation pourtant vous appelez à la libération du président Laurent Gbagbo, de Charles Blé, de Simone Gbagbo et des prisonniers pour des faits issus de la crise postélectorale. Pourquoi ne voulez-vous pas que ceux-là passent par la case justice ?


Je reste quand même conscient que ce n’est pas parce que Franck Ségot-Lutté a demandé que Laurent Gbagbo soit libéré de la prison de la CPI qu’il sera élargi. Mais ma présence dans la rue témoigne de mon attachement à la personne et à sa vision de la Côte d’Ivoire. Et aussi dire que cette personne n’est nullement responsable de ce qui lui est reproché. Le président Laurent Gbagbo lui-même l’a dit et je cite : « Madame la juge, je suis là et nous irons jusqu’au bout ». Cela veut dire qu’il ne veut pas sortir de la CPI par une petite fenêtre dérobée, mais par la grande porte. Il veut un procès au cours duquel le monde entier et les juges comprendront que sa place n’est pas là-bas. Voilà pourquoi nous voulons faire entendre la voix de la justice à la CPI comme en Côte d’Ivoire.

Quelle lecture faites-vous du report au 28 janvier 2016 de l’ouverture du procès conjoint de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ?


Il est bon de préciser que ce report de date est simplement lié à un rapport des médecins qui ont eu à ausculter le président Laurent Gbagbo. Me. Altit qui a la charge de la défense de Laurent Gbagbo à la CPI avait introduit une requête pour pouvoir entendre les experts médecins. Ce qui sera fait les 10,11 et 12 novembre prochain. Ce n’est donc pas Me. Altit qui a demandé le report de l’ouverture du procès comme veulent le faire croire certaines mauvaises langues.

Vous êtes issus du PDCI. Est-ce vrai que votre rapprochement avec Laurent Gbagbo est lié à Marcel Gossio qui, contrairement à vous , n’a pas appelé au boycott, et à même été directeur de campagne de Pascal Affi N’Guessan? Que s’est-il passé entre vous et votre mentor Marcel Gossio ?


J’aimerais d’abord faire remarquer que je n’ai pas de mentor au Front populaire ivoirien. Je ne me connais pas de mentor qui existe au FPI, car je ne suis pas issu de ce parti. M. Gossio est pour moi comme un tonton. Quand j’étais plus jeune, il était un ami à mon père qu’il fréquentait souvent, et ils avaient leurs activités du FPI. Je me suis rapproché du président Laurent Gbagbo parce que je n’ai pas accepté le 19 septembre 2002. Je n’ai pas accepté que des personnes venues du Burkina-Faso portent atteinte à l’intégrité du territoire ivoirien. Pour moi, celui qui porte atteinte à l’intégrité de mon pays porte également atteinte à mon intégrité physique. Soyons lucide, je ne pouvais pas me mettre du côté de celui qui a attaqué l’État de Côte d’Ivoire. Je ne suis pas venu au secours de Laurent Gbagbo mais au secours de la Côte d’Ivoire qui a été attaquée le 19 septembre 2002, et le coup d’État s’est achevé le 11 avril 2011.

Si vous aviez un message pour le Président Alassane Ouattara, quelle serait sa teneur ?


Je lui demanderais de faire de la réconciliation des Ivoiriens et de l’égalité de ceux-ci devant la loi son action première. Comment pouvez-vous comprendre et accepter que des centaines de jeunes soient emprisonnés depuis plus de quatre ans sans procès ? Il faut qu’il libère tous ces jeunes gens et les leaders politiques détenus également sans procès. Il faut que les Ivoiriens se retrouvent. Il revient au Président Alassane Ouattara de prendre rendez-vous avec l’histoire en réalisant la justice, le rassemblement et la fraternité entre les Ivoiriens. Voici l’occasion pour lui de rentrer dans l’histoire de la Côte d’Ivoire.


Entretien réalisé par Jean-Paul Oro à Paris

Publié le mercredi 4 novembre 2015  |  L’intelligent d’Abidjan




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