Abou Cissé, Après la libération des prisonniers : «C’est fini pour Alassane Ouattara»

DANS CET ENTRETIEN, EL HADJ ABOU CISSé, S’ExPRIME SUR LA LIBéRATION D’AFFI N’GUESSAN ET DES AUTRES PRISONNIERS POLITIQUES D’ALASSANE OUATTARA. AINSI QUE L’ENTêTEMENT DE GUILLAUME SORO à VOULOIR ALLER à MAMA, VILLAGE NATAL DU PRé - SIDENT LAURENT GBAGBO.

Mardi 13 Août 2013 - 20:23


Abou Cissé, Après la libération des prisonniers : «C’est fini pour Alassane Ouattara»
Votre commentaire sur la libération d’Affi N’Guessan et des autres personnalités politiques proches du Président Laurent Gbagbo…

C’est une bonne chose. Les exi- gences politiques de la vie actuelle en Côte d’Ivoire demandent un si- gnal fort. C’est-à-dire,  la libération totale de tous les prisonniers politiques et d’opinion. Et non des libérations à compte goutte. Nous avons toujours soutenu que la décrispation de la vie politique ivoirienne n’était pas  les arrestations, les enlèvements, les tortures et l’empêchement de la tenue des meetings d’un parti aussi important que le Fpi. A vous entendre, vous n’êtes pas satisfait de cette libération ? Nous sommes restés sur notre faim. Si on veut donner un signal fort, il faut libérer tout le monde. On ne doit plus avoir des prisonniers politiques. Nous ne serons satisfaits que lorsque nous verrons tous les prisonniers politiques et d’opinion libérés. Nous ne sommes pas d’accord avec ceux qui soutiennent que cette libération augure d’un lendemain meilleur. Ce n’est pas vrai. C’est la même chose qu’ils ont soutenu au lendemain de la libération de certains prisonniers. Rien n’a changé. On est resté à la case de départ. Cette  libération n’a rien apporté à l’apaisement et à la réconciliation nationale. Il faut qu’on nous prenne au sérieux. Les Ivoiriens ont soif de liberté. Alassane Ouattara a intérêt à lancer  un message fort à l’endroit de la population ivoirienne.

Qu’entendez-vous par un signal fort ?

Un signal fort, c’est la libération totale de tous les prisonniers politiques et d’opinion. Un signal fort, c’est l’arrêt des enlèvements ; des arrestations des cadres et militants du Front populaire ivoirien. Un signal fort, ce ne sont  pas les discours creux qui n’ont pas de sens. Le peuple souffre de liberté. Il est dans le désespoir. L’horizon est sombre. Aucune lisibilité. Tout le  monde veut  se  réconcilier. Alors, que le régime mette toute en œuvre pour  ouvrir le jeu démocratique. Et laisser l’opposition jouer son rôle. Qu’on lui permette de  jouer  son   rôle. La place de l’opposition  n’est pas  en prison. C’est  sur le  terrain.

 Les cadres et militants de l’opposition sont en prison pour leur opinion. Que dire de la justice ?

Il faut mettre fin à l’instrumentalisation de la justice. Alassane Ouattara ne doit pas se servir de la justice pour régler des comptes. Gérer le  pouvoir,  ce n’est pas faire justice  ou  rendre justice à ceux qui vous soutien - nent. La justice est  pour tous. Mais si on devait  mettre en prison tous  ceux qui s’opposent à un pouvoir, Monsieur Ouattara  aurait fait la prison au moins 15 fois. Lui qui voulait  rendre la  Côte d’Ivoire ingouvernable.  Mais  il l’a rendu ingouvernable pour tout le monde et pour lui aussi. Que pensez-vous de ces personnalités libérées. Leur lutte n’a pas été vaine. Dans la mesure où la construction d’un Etat, l’instauration d’un Etat de droit, d’une démocratie demande beaucoup d’efforts personnels sur soi même. Le devenir de la Côte d’Ivoire nous demande d’avoir une politique d’apaisement faite de rencontres et de dialogue. Il ne peut avoir la paix sans que l’ensemble des prisonniers ne soit libéré. Nous invitons Alassane Ouattara à revenir sur lui-même.

Le pas qu’il a franchi ne correspond pas aux désirs des Ivoiriens. Il faut aller plus loin. C’est-à-dire ?

 L’ensemble des Ivoiriens souhaitent que tous les prisonniers poli- tiques soient libérés sans exception. On  doit également créer  les conditions pour que les exilés et les refugiés puissent revenir au pays. Et le dégel des comptes des cadres et dirigeants de l’opposition ne doit pas être occulté.  De nombreuses personnalités de l’opposition sont décédées. Elles n’ont pu avoir de l’argent pour se soigner. Parce que tout simplement leurs comptes étaient bloqués.

Que dire des maisons des cadres et militants qui sont toujours occupées par les soldats de Ouattara ?

 Il faut les libérer pour que les vrais propriétaires puissent en reprendre possession. Ces maisons servent de camp de tortures. Alors  que le régime avait fait la promesse de les faire libérer. Rien n’y fit. Certaines personnes pensent que cette libération provisoire est faite pour faire du chantage à ces personnalités… Alassane Ouattara se trompe. Il ne connaît pas bien ses personnalités. Affi N’Guessan a déjà donné le ton à travers son discours et son ultimatum de 48 heures lancé aux Frci de quitter sa maison. Cet ultimatum a été exécuté sans difficulté. Ces personnalités comme Aboudramane Sangaré, Lida Kouassi Moïse et les autres sont aguerries. Le chantage ne leur fera rien. Ce sont des hommes intègres. Ils ne sont pas sortis de prison pour faire allégeance au régime Ouattara. Encore moins l’applaudir comme le font ses copains. Alassane Ouattara doit comprendre que c’est fini pour lui. Son départ du palais présidentiel n’est qu’une question d’heure. Ses jours sont comptés.  Alassane Ouattara est un homme seul. Il est isolé. Ce sont les pressions qui l’ont fait plier. Le régime a peur. Il tremble de tous ses membres. Il faut aller à l’essentiel.

C’est quoi l’essentiel ?

On doit libérer les Ivoiriens qui sont pris en otage par un régime qui ne peut aucunement faire face à leurs préoccupations. Si on ne peut pas gouverner, il faut partir en donnant le pouvoir à ceux qui peuvent le faire. Un pays ne se gère pas avec des papiers de comptabilité. Un pays se dirige avec une volonté politique, à la connaissance des populations et des réalités du terrain. Selon les sources diplomatiques, la Côte d’Ivoire est très mal partie. Elle ne se porte pas bien. Elle ne noie et se meurt. Nous allons tout droit dans le mur.

Selon les partisans de Ouattara, cette libération montre sa magnanimité…

 S’il était magnanime, il n’aurait pas déporté le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Il n’aurait pas jeté les cadres et militants de l’opposition en prison. Il n’aurait pas reprimé les meetings du Fpi. Ce n’est pas après avoir égorgé  quelqu’un que vous allez le mettre dans un cercueil doré.  Il a mangé son totem en le faisant. La magnanimité  à une autre définition. Alassane Ouattara n’est pas sensible aux problèmes des Ivoiriens. Il n’est magnanime. S’il était  un musulman, ressortissant du Nord, il n’allait pas mettre les gens en prison. C’est un danger pour lui et pour les populations du Nord. Il crée les conditions d’une révolte générale. Des informations font état de ce qu’il aurait subi des pressions pour la libération des prisonniers politiques… Les informations sont exactes. Il ne peut pas le nier. Aujourd’hui, l’homme est coincé. Il cherche l’argent avec torche en plein midi. Or,  ceux qui doivent lui donner l’argent lui demandent d’instaurer un Etat de droit en libérant les prisonniers politiques. En plus, il subit la  pression de sa conscience. C’est à contrecœur que le régime a libéré ces prisonniers politiques. Nous allons vous faire une confidence.

 Laquelle ?

Alassane Ouattara ne dort pas. Selon certains de ses proches, il a le sommeil troublé à cause de cette casserole de prisonniers poli- tiques. Le silence des Ivoiriens face à cette situation chaotique est une pression sur lui. Sans oublie la pression des chefs traditionnels du Nord qui voient un horizon sombre pour la Côte d’ivoire. Depuis longtemps, des chefs d’Etat africains, notamment Jacob Zuma, Dos Santos, Ali Bongo…, lui conseillent de libérer les prisonniers politiques. Il en est de même pour François Hollande. Nous pensons qu’avec  l’ensemble des pressions et des réalités économiques, Alassane Ouattara n’avait pas le choix. Ce n’est pas en mettant les gens en prison qu’on pourra diriger le pays. On ne dirige pas un pays avec l’ar - gent. Mais avec le cœur, la compréhension, la civilité. On ne dirige pas un pays tout en étant toujours dans un avion. Aucun démocrate ne peut faire ce qu’il fait. Il est au bout du rouleau.
 
Comment ?

 Il ne sait pas comment diriger. Parce qu’il ne connaît pas la Cote d’Ivoire. C’est regrettable. C’est la déception dans les foyers.

Madame Simone Gbagbo n’est pas sur cette liste…

Elle va sortir. Ce n’est qu’une question de temps. Nous disons que c’est elle qui va accueillir le Président Laurent Gbagbo à l’aéroport dès le retour de celui-ci de La Haye. Nous avons été informés que les grandes puissances qui ont combattu, Laurent Gbagbo reconnaissent que son dossier est vide. Et les charges retenues contre lui n’ont aucun fondement juridique. Il en est de même pour son épouse, Simone Gbagbo. Alassane Ouattara n’est pas tolérant. Il pratique la justice des vainqueurs comme au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Les vainqueurs, après leur victoire ont commencé à juger les vaincus. Cette pratique est un danger pour la Côte d’Ivoire. Nous remercions ceux qui sont sortis. Nous prions tous les jours pour tous ceux qui sont encore en prison, en exil et les refugiés. Il faut que la Côte d’Ivoire suive l’exemple de l’Afrique du Sud. La réconciliation ne doit pas se faire du bout des lèvres. Alassane Ouattara n’a pas de conseillers. Il est entouré d’affairistes. Ces derniers sont incapables de lui dire la vérité. Ce qui les intéresse, ce sont les affaires. Ils préfèrent se taire et manger. Mais l’indigestion n’est pas loin.

 Un autre débat défraye, en ce moment, la chronique. Soro veut aller à Mama, village natal du Président Laurent Gbagbo…

Qu’est-ce qu’il va faire à Mama ? Qu’est-ce qu’il  va donner à des parents dont le fils est en prison ? Il faut arrêter d’humilier la famille Gbagbo. Soro fait partie de ceux qui ont demandé la déportation du Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. La visite de Soro à Mama n’est pas une priorité pour les parents du Président Laurent Gbagbo.

Quelle est alors la priorité?

C’est le retour de leur fils, Laurent Gbagbo, son épouse. C’est la libération de tous les prisonniers politiques. C’est le retour de tous les exilés et refugiés. Nous pensons que Soro doit surseoir à cette visite. Sinon,  la colère de Dieu va s’abattre sur lui. S’il ne nous croit pas qu’il parte. Rira bien qui rira le dernier. Pendant deux ans, ils rient. Le retour de la manivelle sera très dangereux. Il est jeune. S’il s’adonne à ce jeu, il ne pourra supporter les conséquences. C’est déplorable. Nous connaissons le père de Soro. Il a une dimension humaine. Il a un cœur. Il sait comment intégrer le peuple Sénoufo. Nous sommes étonnés que Soro ne puisse pas suivre la voie de son père. Nous disons aux Ivoiriens d’être heureux. Demain est un jour nouveau. Demain est là. Il ne faut pas que nous vendions notre honneur. Tenons bon. La lutte pour l’instauration de la démocratie est une lutte qui n’a pas de temps. Il faut que chacun d’entre nous se prépare. Parce que demain n’est pas loin. La victoire marche vers nous. Alors marchons vers cette victoire. Nous allons gagner. Parce que le Président Laurent Gbagbo et les autres seront parmi nous bientôt. Le régime le sait. Raison pour laquelle, il veut prendre les devants des choses. Qu’on le veuille ou pas,  le Président Laurent Gbagbo est le répondant des Ivoiriens. Parce qu’il connaît l’ensemble de la Côte d’Ivoire. Même s’il n’est pas musulman, il a le caractère d’un musulman. Ce qu’il a fait pour la religion musulmane, Alassane Ouattara ne l’a pas fait. C’est ce que les Ivoiriens doivent savoir. C’est inimaginable. Raison pour laquelle  il bénéficie de  la grâce du Seigneur.

Ah bon !

Son combat est spirituel. Il faut regarder tout le monde entier qui se mobilise pour lui. Tout le monde commence à comprendre avec le temps qu’il est innocent. Que les Ivoiriens se préparent à lui réserver un accueil digne de son rang.

 I n t e r vie w  r é alis é e p a r Yacouba Gbané
y a c o u 0 6 3 3 6 5 1 0 @ y a h o o.f r
Source : L e  Te m p s  N ° 2 974  d u  l u n d i   1 2   A o û t  2 01 3




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