Abéhi ou la théâtralisation de la justice

Jeudi 18 Juin 2015 - 08:56


Avec Ouattara au pouvoir, la Côte d’Ivoire a vraiment reculé dans le temps. Nous voilà ainsi ramenés à l’époque peu glorieuse des faux complots d’Houphouët-Boigny et des fameux aveux télévisés. Les prévenus, pris d’un douteux remords, le visage peu contrit, s’auto-accusaient devant le peuple médusé avant de solliciter la magnanimité du sage de Yamoussoukro. Nous étions alors aux heures mémorables de la « démocratie à l’ivoirienne », marque déposée d’un Houphouet triomphant, intouchable dans l’univers françafricain dont il était l’un des principaux concepteurs. Ces pratiques ont survécu jusqu’aux débuts des années 1990 avec des leaders estudiantins, mis aux arrêts, puis contraints de réciter de ridicules confessions qui avaient le chic de les  exposer comme de grotesques pigeons de foire. Nous étions alors aux balbutiements de la démocratie, juste après le multipartisme chèrement acquis. Et voilà que Ouattara ressuscite des méthodes surannées de l’époque du parti unique pour diaboliser son opposition comme s’il avait réellement besoin de justification pour jeter ses adversaires politiques en prison dans ce pays où il a mis la justice aux pas. Les prétendus aveux d’Abéhi dont se repaissent goulument les hagiographes du pouvoir ne résistent donc à aucune analyse sérieuse. Comment peut-on en effet demander à un Baoulé d’aller tuer des Baoulés ? Du reste, cette guerre de Ouattara a duré près de 10 ans. Si tel est qu’il se trouvait des gens qui voulaient tuer tous les baoulés à l’Ouest du pays, n’en ont-ils pas eu suffisamment le temps ? Qu’attendaient-ils alors pour le faire ? Avaient-ils besoin de se retrouver au Ghana avant de se rappeler brusquement qu’ils devaient massacrer tous les Baoulés et Burkinabés à l’Ouest de la Côte d’ivoire ? Il  y a des débats que nous ne voulons plus mener parce que rabaissant pour le genre humain. Que ceux qui tirent profit de la haine et des oppositions artificielles entre les ethnies le comprennent une fois pour toutes : le Président Laurent Gbagbo et ses partisans n’ont jamais programmé la division de la Côte d’Ivoire. Ils n’ont jamais pensé que des Ivoiriens pouvaient prendre les armes contre d’autres Ivoiriens. Voilà pourquoi le 19 septembre 2002 les a surpris et qu’ils ont longtemps végété entre la guerre totale et la paix, confortant une situation de ni guerre ni paix que beaucoup d’Ivoiriens ont déplorée. A l’opposé, ceux qui ont construit leur politique sur la division ethnique, à l’instar de la nauséeuse charte du Nord, ont rapidement pris une grande partie du pays en otage en jouant sur la fibre ethnique, parce qu’ils avaient longtemps préparé leur coup. Nous savons Abéhi légaliste et républicain. Quelles que soient les vicissitudes de l’histoire, nous n’oublierons jamais que ce soldat a vaillamment défendu son pays, qu’il a été loyal envers la République et envers les hommes qui l’incarnaient, qu’il s’est battu jusqu’à l’extrême limite de ses possibilités pour le respect des Institutions de son pays. Nous savons qu’il a fait son devoir dans la dignité et l’honneur. Nous savons surtout qu’il aurait déployé exactement la même détermination si c’était quelqu’un d’autre que le Président Laurent Gbagbo qui était au pouvoir parce que, chez le soldat Abéhi, l’attachement à la  Patrie transcende la fidélité aux hommes. On peut donc lui faire dire tout ce qu’on veut, lui prêter tous les mots mais il restera pour nous un symbole d’intégrité morale et un exemple de Patriotisme. Malheureusement, dans ce pays, on conspue l’honneur et la dignité pour louer la trahison et la scélératesse. Le fait est que nous connaissons suffisamment les pratiques du pouvoir Ouattara pour distinguer le vrai du faux. Puisse Dieu guérir les Ivoiriens pour que guérisse la Côte d’Ivoire !


Zêblê Azoumamé


Source: Aujourd’hui / N°911




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