Abéhi : Révélations sur un officier d’honneur !

Poursuivi par le régime Ouattara pour «désertion», c’est finalement le mercredi 10 avril, sauf report de dernière minute une seconde fois, que le commandant de gendarmerie Jean-Noël Abéhi, ancien patron de l’escadron blindé d’Agban, sera face au tribunal militaire d’Abidjan. Retour sur les péripéties traversées par ce soldat de la «légion de l’honneur» traqué les «sécurocrates» d’Abidjan.

Jeudi 4 Avril 2013 - 08:51


Abéhi : Révélations sur un officier d’honneur !
Quand le 16 mai 2012, à la Primature, Jean-Noël Abéhi rencontre Guillaume Soro, alors Premier ministre et ministre de la Défense, grâce aux bons offices de Charles Konan Banny, président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr), l’on croit l’officier supérieur désormais à l’abri de toute pression de sa hiérarchie. Durant plus de 2 heures d’horloge, le chef de l’Escadron blindé, accompagné de quelques uns de ses éléments, échange avec l’ex-chef du gouvernement. Le facilitateur de la rencontre, Charles Konan Banny, a à ses côtés, Nanan N’Goran Koffi II, chef de canton Fafoué, et chef de Bouaké. «Le commandant Abéhi qui a eu à livrer des combats contre d’autres Ivoiriens est venu se mettre à la disposition de la République. Les débats ont été francs, les vérités ont été dites et il y a eu la repentance. Le retour de Abéhi dans la République est un signe. Je ne peux pas prétendre apaiser les cœurs, ce n’est Dieu qui peut le faire. Je demande aux Ivoiriens de prier pour la réussite de ma mission», avait déclaré le président de la Cdvr, à la suite des échanges avec son sucesseur à la Primature, satisfait d’avoir joué un rôle décisif dans ce rapprochement entre Abéhi et son ministre de tutelle Guillaume Soro. Mais c’était mal connaître la République revancharde, celle des règlements de compte, méconnaissant le principe fondateur «Pro patria pro lege» (pour la patrie, pour la loi) de la gendarmerie nationale. Le commandant Jean-Noël Abéhi, comme l’ex-commandant du palais Brunot Dogbo Blé, n’avait pourtant fait que défendre la légalité constitutionnelle.
«Vous auriez été à la place du régime Gbagbo, j’aurais agi de la même façon», avait-il, à juste titre, rappelé à Guillaume Soro, au cours des échanges, à la Primature. Ce jour-là, à peine est-il arrivé dans la caserne que des SMS, des messages téléphoniques de menaces de mort, des convocations du procureur militaire… n’ont cessé de pleuvoir. Le commandant Abéhi est accusé par ses détrac - teurs d’avoir combattu pour le président Laurent Gbagbo. Au regard des enlèvements, des tortures, des assassinats tous-azimuts, il mesure l’ampleur du danger auquel il est exposé. Sur les conseils de ses frères d’armes, mais surtout de certains membres de sa famille, il décide de se mettre à l’abri d’une quelconque attaque des sécurocrates de Ouattara. Quelques semaines après son entretien avec Guillaume Soro, l’ex-homme fort du Groupement d’escadron blindé (Geb) d’Agban choisit de prendre le chemin de l’exil. Il s’installe au Ghana où la plupart des partisans du président Gbagbo se sont exilés.
Le crime de lèse-majesté du commandant Jean-Noël Abéhi Quelques mois après son avènement au pouvoir, le président Laurent Gbagbo décide de faire la promotion de jeunes soldats, qui avaient du mal à mettre en évidence leurs compétences dans l’armée parce que mis sous l’éteignoir par une certaine «bourgeoisie militaire» enracinée au sommet. Dans la mêlée, Jean-Noël Abéhi atterrit dans le plus grand camp de gendarmerie de l’Afrique de l’Ouest, le camp Agban, en 2003, en pleine guerre. Sa hiérarchie lui confie, en remplacement du commandant Dja, le commandement de l’unité la mieux équipée et la mieux entraînée de la gendarmerie nationale, le Groupement d’escadron blindé (Geb). Quelques jours seulement lui suffisent pour gagner la sympathie de ses hommes avec qui il fait corps jusqu’à son départ en exil en mai 2012. C’est d’ailleurs cette parfaite cohésion au sein du bataillon blindé qui épargnera le camp Agban d’un désastre certain durant la guerre post-électo - rale. En effet, dans la soirée du 27 et du 28 mars 2011, les forces pro-Ouattara attaquent le camp Agban à l’arme lourde. L’objectif est de prendre possession de la caserne et d’y installer leur base. Les minutes qui suivent, l’unité du commandant Abéhi, qui est un corps d’élite (le Geb), se met aussitôt en branle pour défendre la caserne. Elle est appuyée dans sa tâche par les gendarmes du 1/1, de Daloa, Yamoussoukro… qui ont effectué un repli dans le camp trois jours plus tôt. Il fallait empêcher à tout prix ces forces pro-Ouattara d’avoir accès à la caserne qui abrite non seulement des gendarmes mais leurs familles. Car, les risques de viol, de pillage, de massacre… étaient pendants. Mis en déroute, les assaillants se rabattent sur le camp commando d’Abobo commandé par Ouattara Obéniéré. Qui choisit de se refugier au QG de son homonyme au Golf hôtel. La désorganisation et l’inaction – dues à la défection du patron des lieux – que cela entraine au niveau des hommes débouchent sur le blocus du camp commando d’Abobo par l’ennemi qui n’ose pas engager un affrontement ouvert, espérant que les maîtres des lieux favoriseront une occupation sans heurts, après avoir chassé une partie de la population jugée favorable au président Gbagbo. Dans le même temps, le commando invisible fait face aux assauts répétés des Forces républicaines fidèles au président déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel.
Les embûches surmontées par Abéhi et ses hommes du Geb L’unité du commandant Abehi reçoit les ordres de l’état-major de ravitailler en vivres et en munitions le camp commando d’Abobo, coupé du reste du monde, mais toujours occupé par des gendarmes et leurs familles. C’est la seule mission qui lui est d’ailleurs confiée durant la guerre post-électorale jusqu’à la capture du président Laurent Gbagbo le 11 avril 2011. Malheureusement pour les éléments du Geb qui assuraient chaque fois cette mission de ravitaillement, l’ennemi qui était toujours au parfum de leur itinéraire ne manquait pas de les bombarder avec des lance-roquettes. La persistance, la précision des attaques et les cachettes des assaillants ont fini par convaincre les éléments du Geb que des taupes à l’état-major donnaient des renseignements sur leurs différents mouvements. Les premiers combats qui ont eu lieu dans la commune d’Abobo, à la gare de Gagnoa, tard dans la nuit, font un mort et un blessé grave dans le camp des Fds. Le tireur sur le char VAB, le Mdl Kouamé Bi, qui tient la tourelle, meurt sur le coup quand le pilote, le Mdl Kohi Bi, prend des éclats d’obus. Immobilisés pendant quelques minutes et livrés à eux-mêmes, le lieutenant Otété, chef de la mission, lui aussi grièvement blessé, et ses hommes, réussissent à se soustraire des griffes de l’ennemi pour rejoindre leur base à Agban. Saisi des différentes attaques contre les blindés, l’état-major, sans apporter de réponse appropriée pour parer aux attaques, a toujours désigné le Geb pour accomplir la mission de ravitaillement. Tout en indiquant précisément l’itinéraire (aller-retour) à emprunter d’Agban au camp commando d’Abobo. Cette situation inquiète et ne manque pas de révolter des éléments du camp Agban qui s’en prennent au Commandant légion de la caserne, le Colonel Aka, à qui ils reprochent son indifférence face aux revers que subissent ses hommes dans la mission qui leur est confiée. Escortés tantôt par la Bae tantôt par la Garde républicaine (GR), ce sont uniquement les chars du Geb qui sont visés avec précision dans le convoi. Les hommes du commandant Abéhi sont alors convaincus, qu’à défaut de venir à bout du Geb au corps-à-corps, la manœuvre à travers ces missions de ravitaillement, dont les itinéraires sont communiqués à l’ennemi, consiste à affai- blir le Geb en favorisant la destruction de ses engins lourds.  Informé de la tension qui prévaut dans la caserne, le président Laurent Gbagbo dépêche une délégation à Agban pour ramener le calme. Mais la mission de ravitaillement n’est pas annulée. La priorité étant de sécuriser le camp commando d’Abobo pour ne pas qu’il tombe aux mains des assaillants. De son côté, pour éviter tout dérapage, le commandant Abéhi a toujours tenu à confier les différentes missions de ravitaillement à Abobo (où des civils sont confondus à des éléments du commando invisible) à des officiers instruits au respect des droits de l’homme. C’est ainsi que ses collaborateurs tels que les lieutenants Otété, Ouattara Benjamin, N’guessan Dorgeles, Ahizi, Séyo… ont pu prendre la tête d’une dizaine de convois, jusqu’à la capture du président Gbagbo.
Retour sur la 2ème attaque de la caserne d’Agban Après le bombardement des camps militaires d’Akouédo par les hélicoptères français, la prise du camp commando d’Abobo par les forces pro-Ouattara et la capture du président Laurent Gbagbo le 11 avril 2011, la caserne d’Agban constituait la dernière citadelle à prendre pour les autorités retranchées au Golf hôtel. Mais les menaces de représailles, les incursions dans les domiciles des corps habillés, les assassinats, les pillages, les viols… dont se rendent coupables les ex-rebelles, qui ont désormais le contrôle de la capitale économique poussent une unité à Agban, celle d’Abéhi, la mieux équipée et la mieux entrainée, à choisir de préserver la caserne du chaos. Les éléments du Geb décident d’aller jusqu’au bout avec leurs envahisseurs. Le patron du bataillon blindé tient Agban. Aux différents postes, à l’entrée du camp comme dans les miradors, il est présent avec l’Unité d’intervention de la gendarmerie nationale (UIGN), pour tester son dispositif. A chaque fois que les forces pro- Ouattara attaquent la caserne d’Agban de l’extérieur, les hommes d’Abéhi, au premier plan, ripostent. Les bombardements, par les hélicop - tères français et onusiens, des camps militaires d'Agban et d'Akouédo, le 4 avril 2011, n’entament pas leur ardeur. Durant deux nuits, lors des jours qui ont suivi la capture du président Laurent Gbagbo, les hélicoptères français sont revenus à la charge dans le camp Agban pour détruire les engins lourds afin de permettre aux troupes au sol de s’emparer de la caserne. Le magasin d’armement et deux chars, BTR80, d’origine russe, un Mamba, sont détruits. La stratégie étant d’ouvrir un boulevard aux forces pro-Ouattara. En vain. Mais une adolescente est mortellement atteinte par les éclats d’obus de l’armée française. Face à l’escalade de la violence, mais surtout l’incapacité de ses alliés de venir à bout d’Abéhi et ses hommes, Alassane Ouattara ordonne l’arrêt des hostilités. A Abéhi, il est demandé d’aller faire allégeance au Golf hôtel. Abéhi invoque le fait que le commandant supérieur de la gendarmerie nationale, le général Edouard Tiapé Kassaraté, sous le commandement de qui il exerce, l’a déjà fait au nom de tout le corps. Mais cet argument ne convainc pas le régime Ouattara qui voit en Abéhi un danger permanent à traquer impitoyablement. Il se saisit du prétexte de son départ en exil pour lui coller le délit de «désertion». Arrêté début février au Ghana et extradé à Abidjan, l’ex-patron du bataillon blindé, selon le procureur militaire, risque entre 5 et 20 ans de prison ferme.

Par  Saint-Claver Oula

Source: Notre Voie N° 766 Du Mercredi 03 Avril  2013




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !