ARISTOTE: Une typologie des démocraties

Vendredi 13 Avril 2012 - 10:22


Aristote, philosophe grec: 384 av J C-322 av J C
Aristote, philosophe grec: 384 av J C-322 av J C

La première espèce de démocratie est celle qui répond le plus strictement à l’idée d’égalité. La loi, en effet, dans cette sorte de démocratie, appelle égalité l’état de choses dans lequel les pauvres ont autant de droits que les riches, et où ni les uns ni les autres n’ont la conduite exclusive des affaires, mais où les deux classes sont placées l’une et l’autre sur le même plan. Car si la liberté, au jugement de certains, se rencontre principalement au sein d’une démocratie, et s’il en ait de même pour l’égalité, liberté et égalité ne se réaliseront pleinement que si tous les citoyens, sans exception, participent pareillement et sans restrictions au gouvernement. Et puisque le petit peuple est en majorité, et que ce qui paraît bon à la majorité a force de loi, ce gouvernement est nécessairement une démocratie. Voilà donc une première forme de démocratie. Il y en a une autre : c’est celle où l’attribution des magistratures est soumise à des conditions de cens, ce cens étant toutefois peu élevé ; il est d’ailleurs indispensable que celui qui acquiert le cens exigé ait la faculté de participer au pouvoir, et que celui qui le perd cesse par là même d’y avoir accès. Une forme de démocratie, c’est celle dans laquelle tous les citoyens dont la naissance est irréprochable ont part à la direction des affaires, mais sous le règne de la loi. Une forme encore de démocratie est celle où la participation aux fonctions publiques est reconnue à tous, à la seule condition d’être citoyen, mais où c’est la loi qui gouverne. Dans une forme de démocratie, toutes les autres conditions restent les mêmes que dans la précédente, mais le pouvoir suprême appartient aux masses et non à la loi, et cela a lieu quand ce sont les décrets qui décident souverainement et non la loi. Pareil état de choses est dû aux démagogues : car dans les gouvernements démocratiques où la loi est respectée, il n’apparaît pas de démagogues, mais ce sont les classes supérieures de citoyens qui occupent les premières places ; en revanche, là où les lois ne règnent pas, c’est alors que surgissent les démagogues. Le peuple se transforme, en effet, en un monarque dont l’unité est composée d’une multitude d’individus, puisque les masses détiennent le pouvoir suprême non en tant qu’individus, mais prises dans leur totalité.(..) Un peuple de ce genre, en monarque qu’il est, veut porter le sceptre du fait qu’il n’est plus sous l’empire de la loi, et devient un despote, de sorte que les flatteurs sont à l’honneur et que cette sorte de démocratie est aux autres démocraties ce que la tyrannie est aux autres formes de monarchies ; et c’est pourquoi l’esprit des deux régimes est le même : l’un comme l’autre exerce un pouvoir despotique sur les classes supérieures aux ukases de l’autre. Enfin le démagogue et le courtisan sont de même nature ou de nature analogue : l’un et l’autre ont la plus grande influence auprès de leurs maîtres respectifs, le courtisan auprès du tyran et le démagogue auprès de la démocratie que nous décrivons. Ce sont ces gens-là qui sont cause que l’autorité suprême appartiennent aux décrets et non aux lois, du fait qu’il en réfère au peuple en toutes matières : car leur propre élévation ne s’explique que grâce à la puissance absolue du peuple en toutes choses, tandis qu’eux-mêmes disposent de l’opinion du peuple, puisque la multitude leur obéit.
 

In La Politique, trad J .Tricot, éditions J. Vrin, Paris, 2005, pp 277-278-279-280



 





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