ADO face à la réconciliation nationale : peur ou refus ?

Vendredi 22 Janvier 2016 - 15:32


Laurent Gbagbo  a dit qu’il faut tourner la page de la crise  dans son aspect militaire et ne s’intéresser qu’au côté civil pour avancer. Il faut dire au passage que cet homme aura aimé son pays jusqu’au bout... Bref, actuellement, tout le monde parle de réconciliation nationale ce qui est la suite du propos du président Gbagbo. Mais tout le monde ne sait pas ce qu’implique celle-ci. Déjà, il va sans dire que la réconciliation nationale est impossible sans le retour au pays de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé, en passant par les refugiés sans compter la libération des prisonniers politiques. D’aucuns disent même qu’il faut revenir comme au temps d’Houphouët-Boigny. Tout cela est bien mais compliqué pour le pouvoir en place. Il y en a qui pensaient que le pouvoir d’ADO avait besoin d’un second mandat pour s’enraciner avant de faire revenir Laurent Gbagbo et les autres. Cependant, il n’en est rien du tout. La raison est ailleurs.
Après  la réconciliation, que feront les Ivoiriens, car  c’est parce qu’ils sont divisés qu’ADO a réussi à entrer entre eux ? La charte du Nord  a abouti à la rébellion parce que beaucoup d’Ivoiriens du Nord étaient convaincus qu’on ne voulait pas d’eux ; voilà pourquoi ils ont suivi ADO.... Il y a eu la politique de rattrapage ethnique qui fait que plus de 80% des nominations dans les emplois supérieurs comme subalternes, portent aujourd’hui des noms à consonance nordique. Que va-t-on faire de ces gens, notamment les  combattants récompensés  dans la douane, la police, les eaux et forêts  et tutti quanti,  sans le niveau requis mais  ayant le mérite d’avoir fait la guerre pour ADO ? Les renvoyer ou les mettre à la retraite anticipée ?
La réconciliation nationale suppose une égalité de tous devant la loi et les institutions de la république en mettant chacun à la place qui  convient.  Les bénéficiaires actuels de la politique de rattrapage  n’ont pas forcément envie que les choses changent, car pour eux, ce sera synonyme de vaches maigres. La réconciliation nationale suppose également la disparition des forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) dans leur composition actuelle où l’on voit des Dozos faire la police voire rendre la justice dans les contrées forestières ou sudistes. Le Dozoya qui est une marque déposée ​ d’ADO, continuera-t-il d’exister dans un 1 pays de droit ? Or, c’est cet ensemble de nervis qui constituent l’ossature du pouvoir ADO. C’est dire en d’autres termes que,  l’homme politique est conscient de la fragilité de son pouvoir.
Ce que ceux qui prônent la réconciliation nationale  ne voient pas,  c’est qu’une fois réconciliés, les Ivoiriens risquent de resserrer les rangs entre eux.  Or, quand ils sont entre eux, ils deviennent chauvins et ensuite, xénophobes.  Ne dit-on pas que chat échaudé craint l’eau froide ? Les vieux démons de l’ivoirité sont en sommeil, ils ne sont pas morts, bien au contraire, leur réveil risque d’être plus brutal et ce, pour très longtemps ; vu comment le pouvoir  dit « pour l’étranger » s’est comporté ces quatre dernières années (revanche)...
1 Le dozoya a de tout temps existé en CI, mais jamais sur le terrain politique officiel. C’est ADO qui l’y a institué.  
La  peur bleue du retour de Gbagbo ne va-t-elle pas changer la donne, dans un environnement où le parti républicain n’est pas suffisamment fort pour garder le pouvoir sans l’appui du parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) ?
Loin de refuser la réconciliation nationale, celle-ci fait faire des heures supplémentaires à la conscience d’ADO. Bédié, son nouveau « suiveur »,  a un âge à risque où on peut partir à tout moment sans crier gare ! D’ailleurs, il est contesté par les jeunes loups de son parti auxquels vient de donner raison, le refus de retourner au PDCI, de certains cadres du RDR. Si Bédié prend conscience d’avoir été floué par les républicains, la réconciliation nationale risque de tout faire basculer dans un accord entre les Refondateurs et les Houphouétistes : les fameux « boussoumanis » de la charte du nord.
Tout cela mis bout en bout, fait qu’ADO a peur de l’union sacrée des Ivoiriens. Il sait très bien que le développement économique n’est propice  que dans un pays en paix, donc réconcilié. Mais ADO ne peut se permettre de jouer les héros cornéliens. Son dilemme va grandissant quand il sait que son petit Soro n’arrête pas de multiplier les casseroles politiques qui pourraient précipiter la chute de son pouvoir, voire son départ à La Haye pour sacrifier au rituel néocolonial de la France. Alors pour lui, le mieux est d’aller à la réconciliation par petites touches successives, jusqu’à la fin de son deuxième mandat obtenu dans un désert électoral. Voilà par conséquent,  pourquoi et pour quoi,  ADO semble refuser la réconciliation nationale, mais en réalité, il en a peur.
                                                                                       
        Julius Blawa Aguisso




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