A la veille de l’audience du 13 juin :Le doute gagne le camp des avocats d’Ouattara

Vendredi 6 Juin 2014 - 07:23


Fatou Bensouda, Procureure de la Cour Pénale Internationale
Fatou Bensouda, Procureure de la Cour Pénale Internationale
Plus qu’une semaine pour que les juges de la chambre préliminaire 1 de la Cour pénale internationale (CPI) livrent leur verdict sur la confirmation ou non des charges retenues par le bureau du procureur contre le président Laurent Gbagbo. En effet, si rien ne vient bouleverser en dernière heure, le calendrier de la Cour, tel que communiqué depuis plusieurs semaines, c’est le 13 juin prochain que les Ivoiriens seront situés sur l’agenda immédiat de leur ancien chef d’Etat, incarcéré à la Haye depuis trois ans. De sources proches de la chambre préliminaire 1, on indique que les magistrats en charge de l’affaire, ont planché pendant de longues semaines sur les écritures à eux transmises par les deux parties en conflit. Et que dans le fond, les choses ne seraient pas du tout aisées pour les juges qui pencheraient pour une confirmation des charges. La difficulté, dit-on, résulterait du lien direct à établir entre le président Laurent Gbagbo et les crimes qui lui sont attribués. Me Cheick Diop, avocat près la CPI et proche de la présidence ivoirienne ne dit pas autre chose, dans l’entretien qu’il a accordé hier à un confrère de la place : « (…) C’est l’imputabilité du fait. En réalité, ce qui embêterait tout esprit cohérent, c’est que personne ne peut dire que l’on a vu l’ex-président de la République, dans la rue avec une machette ou un fusil en train de tirer.

Le président donne des ordres pour des canaux. Ces premiers canaux officiels sont ses chefs d’état-majors, ses commandants supérieurs de la gendarmerie. En dehors de ces canaux officiels, il y a des canaux officieux. Il appartient à la partie adverse de démontrer l’existence de ces canaux-là. Ce qui embête les juges dans la position de la Côte d’Ivoire, c’est que ceux qui représentent ces canaux officiels ont connu des promotions. Je voulais parler de l’ancien chef d’état-major de l’armée, du com- mandant supérieur de la Gendarmerie. (..) Il va falloir entendre ces chefs militaires que j’ai cités. » Un aveu qui montre que la partie est véritablement loin d’être gagnée pour les adversaires du président Laurent qui souhaitent voir ce dernier, jouer les prolongations à la Haye. Et qu’il faudra que ceux qui veulent ouvrir un procès Laurent Gbagbo, trouvent la parade pour se montrer fort convaincants et emporter ainsi l’adhésion des 2/3 des juges de la chambre préliminaire 1. Car il serait incongru de condamner Gbagbo pour des ordres qu’il aurait donnés, alors que ceux qui les ont exécutés, sont installés dans les bonnes grâces du pouvoir actuel. Une bizarrerie soulevée depuis le début, par Me Emmanuel Altit et les siens qui se sont engouffré dans cette faille pour ruiner l’argumentaire présenté par le bureau du procureur. On se souvient que les avocats du président Laurent Gbagbo avaient finalement été suivis par les juges, qui en majorité, ont ajourné le verdict de la confirmation des charges, au motif que celles-ci n’étaient pas suffisantes pour aller à un procès. Ils avaient par la même occasion, renvoyé la procureure Fatou Bensouda à sa copie, à l’effet de présenter une plus lisible, la prochaine fois. Nous étions le 3 juin 2013. Un an après, l’héritière de l’argentin Luis Moreno O’campo est-elle devenue plus convaincante sur le sujet ? Pour l’heure, rien n’incline à répondre par l’affirma- tive. Surtout quand on parcourt les observations faites récemment par la Défense sur les conclusions du bureau du procu- reur. Celles-ci, faisant état, entre autres, de vidéos aux origines et à l’authenticité douteuses et de témoins introuvables. Pas besoin de sortir de la cuisse de Jupiter pour savoir que cette échéance du 13 juin  est fortement attendue aussi bien par le pouvoir d’Abid- jan que dans tous les cercles pro- Gbagbo d’ici et d’ailleurs. Au Front populaire ivoirien, le parti fondé par Laurent Gbagbo, le débat fait rage en interne, sur la démarche à observer pour sortir le grand chef des liens de la CPI. Si pour les uns, il faut rester ferme avec les gouvernants actuels en leur posant comme unique revendication, la libération du « Woody » de Mama, les autres, au contraire, proposent plutôt la collaboration avec ceux qui détiennent les leviers du pou- voir pour obtenir, au final, l’élargissement du président Gbagbo. Pour ce dernier groupe, la libération de l’ex-chef de l’Etat ne devrait alors pas constituer un préalable. Niet, rétorquent leurs contradicteurs, qui tout en les soupçonnant de vouloir dérouler un agenda secret, leur opposent le cas Mandela, en Afrique du Sud, qui pendant 27 ans, a été la principale revendication de l’ANC. Et rien d’autre. Bref, les arguments ne manquent pas de part et d’autre et il est même à craindre que le parti à la rose ne se paye dans les jours à venir, une grave crise. Comme celle qui a poussé dehors, en 2011, Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale. Et comme pour conjurer le mauvais sort qui semble guetter le parti en ces temps cruciaux, Konaté Navigué et ses troupes de la jeunesse du FPI, tiennent, dans la nuit du 12 au 13 juin prochain, une veillée de prières à la place Ficgayo de Yopougon. Cela, pour demander à Dieu le Tout- Puissant de se souvenir de ses enfants qui souffrent le martyre depuis plus de trois ans, sous la gouvernance Ouattara.  ▄   

Géraldine diomandé

Aujourd’hui / N°658 du Jeudi 05 Juin 2014




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