À la découverte du Prix d’excellence de littérature 2014: Regina Yaou, une plume qui a immortalisé les époques

Peut-on naître en compagnie des lettres et vivre sans les mots ? Peut-être, mais pas celle que nous baptisons à raison ‘’la Mama de la littérature ivoirienne’’. Quel honneur nous a fait l’année 1955 en nous « livrant » quelque part dans la ville de Dabou Regina Yaou ! Un bien grand nom ! Elle, née sous le feu des projecteurs du livre, ne pouvait donner à ses contemporains que des mets livresques.

Samedi 30 Août 2014 - 16:48


Regina Yaou, une plume qui a immortalisé les époques
Regina Yaou, une plume qui a immortalisé les époques
Ayant grandi dans une famille ou « l’unité de mesure » est l’amour du livre, notre « Mama »  se mit dès  l’aurore de sa jeunesse à l’écriture. Ses premiers jets sont des lignes engrangées dans un cahier ; elle a seulement  12 ans ! Le virus de l’écriture vient de s’exhaler. Malheureusement,  ce cahier s’en ira on ne sait où. La petite Regina n’en restera pas là, car en elle bouillonne toujours l’envie de produire. D’ailleurs, une fois au second cycle du lycée, sa participation au concours littéraire organisé par les Nouvelles Editions Africaines porte ses fruits. Une plume est née, une future géante surtout. Elle signe sa toute première production : « La citadine »,  à  22 ans, primée à l’occasion. Eh bien ! la fusée vient de se lancer dans l’univers, elle ne s’arrêtera plus. Sa nouvelle «La Citadine» qui l’a propulsée dans le monde littéraire est, à ce jour, inédite. Dotée d’un charme littéraire envoutant et rempli d’émotions, Regina Yaou sort son premier roman Lezou Marie ou les écueils de la vie, une œuvre à forte charge émotive qui fait couler plus de larmes que d’encre. Elle connaitra un succès indéniable. Avec plus d’assurance et  de tact, elle enchaîne les productions littéraires. « La révolte d’Affiba », « Aihui Anka », « Le Prix de la révolte »,  sorties respectivement en 1985, 1988 et 1996. La littérature  ivoirienne se conjugue de plus en plus au féminin. Qui pour représenter la Côte d’Ivoire à la 3e Foire internationale du livre féministe à Montréal, puis à Toronto, au Canada, en 1988 sinon notre écrivaine ! Elle décide de faire de la création littéraire un métier à plein temps. L’une  de ses créations sera l’objet d’une étude au programme de maîtrise des lettres modernes en 2003-2004 : « L’indésirable ». Vivement, c’est une littéraire à honorer ! Elle a à son actif 25 livres édités. Et de nombreux autres manuscrits attendent d’être publiés. Elle n’est vraiment pas en manque d’inspiration.

Une production diversifiée

En outre, elle ne se contente pas seule- ment de produire des œuvres pour  l’esprit, mais elle en fait de même pour le cœur. Ainsi on la verra dans la littérature senti- mentale sous l’appellation de  Joëlle Anskey  dans « Symphonie et Lumière », et « Cœurs rebelles ».  Pour « La fille du Lagon », elle sera Ruth Owotchi. Elle en écrira bien d’autres dans le même genre, notamment  « Toi Lana »,   « Tendres ennemis », « Deux pièges pour un cœur », « L’amour en exil », « Le contrat ».  La création littéraire chez Régina Yaou est devenue presque naturelle. Normal, car elle a été assistée depuis sa tendre enfance par sa tante Charlotte, une sage-femme qui connaît la valeur du livre et de la lecture. C’est à juste titre que la nièce aujourd’hui « accouche » de belles œuvres littéraires. La pétulance avec laquelle notre « Mama » produit ses œuvres est fascinante. Faire de l’écriture un métier à plein temps ne demande rien d’autre que de la passion, le reste vient inéluctablement. Presque sexagénaire aujourd’hui, elle a des manuscrits en examen chez des éditeurs ivoiriens. D’autre part, elle travaille à la rédaction d’œuvres à caractère évangélique  et a prêté sa plume à PSI-AIMAS pour la brochure d’info Sida « Des gens comme vous et moi », en effectuant l’adaptation livresque du documentaire du même nom, produit par cette ONG. De 1991 à 1993 elle fut guest lecturer aux Etats Unis auprès des universités. Elle y retourne en 2005 pour des études comparatives  sur les contes du sud des Etats Unis  et du sud de la Côte d’Ivoire. Une fois revenue sur les bords de la lagune ébrié, Régina Yaou  reprend son instrument de travail : sa plume. Quand on donne un visage  aux lettres, de la forme aux mots  et la vie aux émotions, on en arrive à un scénario. Elle décide d’adapter ses écrits à l’écran. Sa première esquisse est extraite de  « Symphonie et lumière », un  roman sentimental. Cette adaptation cinémato- graphique du roman deviendra par la suite « Passions inavouées ». Et des passions inavouées, Régina Yaou en a ; en effet elle caresse assurément le désir de voir ses œuvres inédites (dont le nombre avoisine la vingtaine) publiées.

Une carrière remarquable

Après le prix de la nouvelle obtenu en 1977, elle sera prix cauri d’or de la nouvelle en 1981. Nommée également ambassadeur de la ville historique de grand Bassam, Régina Yaou poursuit sa carrière avec virtuosité au fil des ans. Sa maison d’édition (NEI) la fête en 2013 en lui donnant un trophée pour ses 36 ans d’écritures ! De 1977 à 2014, c’est toute une vie d’écriture que la Côte d’Ivoire a estimé judicieux et noble d’honorer. Elle vient de recevoir en cette année 2014 le prix d’excellence pour la lit- térature 2014 par l’Etat ivoirien. Régina Yaou, une plume qui a traversé les temps, et immortalisé les époques. La sphère lit- téraire ivoirienne  a une icône de plus. Un modèle sûr à imiter pour les jeunes géné- rations, une fierté incontestable pour notre cher pays et une joie inestimable pour l’Afrique.  C’est sans aucun risque de nous tromper que nous  la surnommons la «Mama de la littérature ivoirienne».


Par Atté Sostène


SourceLe Nouveau Courrier N°1099 Du Vendredi 29 Août 2014



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