3ème pont, secteur de l’énergie, affaire Bolloré.. . Don Mello met à nu la pseudo-performance économique sous Ouattara

Dans cette seconde partie de l’entrevue accordée au Nouveau Courrier, le ministre Ahoua Don Mello dissèque à froid ce qu’il convient de qualifier de «pseudo-performance» économique du régime Ouattara.

Mardi 16 Juillet 2013 - 19:25


Don Mello
Don Mello
Quelle analyse faites-vous des «perfor- mances» économiques ressassées à longueur de journée par Ouattara et dont il s’enorgueillit ?


 Selon le rapport semestriel d’exécution au 31 décembre 2012 de la surveillance multilatérale au sein de l’UEMOA, «la croissance économique de la Côte d’Ivoire ressortirait à 8.6% en 2012 après un repli de 4.7% en 2011.» Le secteur primaire afficherait une progression de 0.7%. Il serait tiré par l’agriculture vivrière avec une croissance de 3% due à la bonne pluviométrie. L’agriculture d’exportation ressortirait en baisse de 3.5%, du fait principalement de la diminution de cacao de 10.7% en raison du repos végétatif. Au niveau de l’extraction minière, l’activité économique se contracterait de 6.5%, en liaison avec la baisse des productions de pétrole (-22.3%) et de gaz (- 3.7%) suite à l’arrêt pour maintenance de certains champs d’exploitation. Par contre la production de l’or a progressé de 20.5%. La lecture des «performances écono - miques» du pouvoir Ouattara dans le secteur primaire indique avec clarté les objectifs de la guerre contre la Côte d’Ivoire qui se résument en un seul mot : Pillage. Ce pillage organisé est camouflé sous des mots savants : «repos végétatif» des plans de cacao. En effet, selon cet argument, malgré la bonne pluviométrie qui a entraîné la croissance du secteur vivrier, des plants de cacao ont décidé de «se reposer», ce qui explique une baisse de 10.7% de la production de cacao. Le mensonge étant devenu un mode de gouvernance, il n’est plus surprenant que de telles grossièretés soient servies pour justifier le pillage organisé du cacao ivoirien par le génocide planifié du peuple Wê, propriétaire des terres de la boucle du cacao au profit de la bande des Ouédraogo Amandé Rémi dit Amadé Ouérémi et autres trafiquants de cacao, avec la complicité de certains États voisins devenus producteurs de cacao sans plants de cacao. Les 10.7% de plants de cacao qui «se reposent» en Côte d’Ivoire ont été certainement très actifs en allant «végéter» du côté du Burkina Faso, base arrière de l’ex-rébellion. Des quantités de pétrole (-22.3%) et de gaz (-3.7%) ont aussi opté pour un repos du guerrier bien mérité pour se refaire une santé, en contrepartie du financement des tonnes de bombes qui ont été déversées sur la Côte d’Ivoire. Malgré ces artifices comptables et sémantiques pour cacher le soleil avec la main, les chiffres démontrent avec clarté que le pillage organisé du cacao, du pétrole et du gaz permet de rembourser les énormes frais engendrés par le plus long [complot] de l’histoire de l’Afrique et constitue l’objectif premier de la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire. Donc, pour ceux qui en doutaient encore, il est clair que l'objectif de cette guerre était de pérenniser cette honteuse et scandaleuse exploitation des ressources du pays. Le secteur primaire, qui est soumis à une insécurité entretenue en mer et sur terre et échappant donc à toute comptabilité et à tout circuit officiel, finit sa course dans les paradis financiers. Alors, pour couvrir ce crime économique, le pouvoir Ouattara nous dit que le secteur primaire n’enregistre qu’une croissance de 0.7% avec des pertes de 10.7% dans le sous-secteur cacao, de 22.3% dans le sous-secteur du pétrole et de 3.7% dans le sous-secteur gaz. Quant au diamant, qui est produit chaque jour, on ne trouve aucun impact significatif sur le PIB. Son exploitation emprunte certainement le même chemin que les autres matières premières qui méritent «un repos végétatif» dans les poches des auteurs directs de la rébellion et leurs co- auteurs.


Et pourtant, le Gouvernement Ouattara évoque cette «croissance économique» chiffres à l’appui…  


Selon toujours ce rapport de l’UEMOA, «dans le secteur secondaire, la production progresserait de 14.8% avec 30% au niveau du BTP tiré par le 3ème pont, le pont de Jacqueville et la réhabilitation des secteurs sociaux. L’agroalimentaire et les produits pétroliers augmenteraient de 13% et de 30%. L’énergie électrique progresserait de 10%, conséquence de la bonne pluviométrie et de l’accroissement de l’énergie thermique en provenance des installations d’AGGREKO». Tout d’abord, ces chiffres laissent planer un grand doute sur la fiabilité des données : le niveau d’exécution physique du 3ème pont correspond-il aux sommes payées à l’opérateur ? Le pont de Jacqueville est à quel niveau d’exécution physique ? Et quel est le contenu de la réhabilitation des secteurs sociaux (écoles, hôpitaux) ? Comment l’agroali- mentaire peut augmenter de 13% alors que l’agriculture d’exportation, dont elle tire ses matières premières, baisse de 3.5% ? La commission de l’UEMOA semble reprendre servilement les données et les explications que lui servent les autorités ivoiriennes, sans se soucier des incohérences flagrantes. Enfin, même en considérant que les données sont exactes, les constats s’imposent.
Ainsi le 3ème pont d’Abidjan en construction par Bouygues a bénéficié d’un apport de 50 milliards de FCFA de la part du pouvoir Ouattara et donc de la Côte d'Ivoire. Une véritable escroquerie financière qui foule au pied le principe du partenariat public-privé qui exige que le privé supporte entièrement le financement de l’ouvrage, dans notre cas le financement du troisième pont. En effet, le troisième pont d’Abidjan, avec les mêmes caractéristiques techniques qualitatives et quantitatives, aurait coûté 60 milliards de FCFA si ce projet avait été réalisé sur fonds propres avec des opérateurs chinois qui avaient été sélectionnés sous la gouvernance de Laurent Gbagbo. Le pouvoir Ouattara, en décidant une participation de 50 milliards de FCFA, finance presqu’entièrement le coût de réalisation du troisième pont, tout en maintenant le péage en guise de récompense aux divers co- auteurs directs et indirects de la longue guerre de la France contre la Côte d’Ivoire. En effet, entre 2002 et 2010, quand le pays était coupé en deux, la zone rebelle consommait gratuitement l’eau et l’électricité gérées par le Groupe Bouygues. Alors, le financement du 3ème pont viendrait rembourser cette ardoise laissée par les (ex-) rebelles et acceptée par le Groupe Bouygues en contrepartie des largesses de Monsieur Ouattara lors de la privatisation des secteurs de l'eau et l'électricité au début des années 90. Le mode et le contexte d'attribution du troisième pont indiquent clairement le modèle de gestion par surfacturation en mode gré à gré du secteur BTP au profit des entreprises françaises ou des entreprises partenaires de la rébellion. La croissance de 30% de ce secteur n’est rien d’autre qu’un cadeau aux co-auteurs directs et indirects de l’(ex-) rébellion; un audit du secteur permettrait de mettre en évidence la différence entre le niveau des sommes payées et le volume des travaux réalisés. Le scandale des 18 milliards sous la gouvernance Bédié serait une broutille. Quant à la croissance du secteur énergie (malgré la baisse supposée du gaz qui alimente le secteur) et du secteur agroalimentaire (malgré la baisse supposée des matières premières qui ali- mentent le secteur), elle ne profite pas à la Côte d’Ivoire ni aux Ivoiriens, dans la mesure où entre 1990 et 1994, au moment où Monsieur Ouattara était Premier Ministre, ces secteurs ont été bradés à des investisseurs étrangers notamment français. Pour ce qui concerne la Société Ivoirienne de Raffinerie (SIR), gestionnaire des produits pétroliers au profit des différentes compagnies de distribution du pétrole, elle a échappé à la privatisation grâce à la vigilance du Président Gbagbo. Mais, elle est devenue sous Ouattara un amortisseur de charges au profit des distributeurs. La SIR supporte tous les surcoûts du marché international et est souvent déficitaire alors que les compagnies pétrolières font des bénéfices sur le dos des consommateurs et de l’État. La Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE) est placée sous le même régime que la SIR depuis que Bouygues s’est retiré de la CIE pour se déporter sur le segment gaz qui alimente les centrales électriques et le segment de producteur indépendant d’électricité. Les déficits du sous-secteur électricité reviennent à la CIE pour garantir le profit du segment gaz et du segment des producteurs indépendants d’électricité sur le dos du consommateur d’une part, qui voit sa facture augmenter et d’autre part, de l’État qui voit sa dette croître du fait des subventions versées au secteur et sa part dans le segment gaz disparaître. Il n’est pas surprenant que le secteur secondaire constitue l’essentiel de la croissance «miraculeuse» dont parle Madame Christine Lagarde. C’est encore moins surprenant lorsque Monsieur Ouattara affirme sans vergogne que «l’argent ne circule pas mais travaille» en évitant de dire «au profit des co- auteurs directs et indirects de l’(ex-) rébellion», à l’image des «boucantiers» et promoteurs de la chanson populaire «coupé-décalé» qui «travaillent sur» leurs supporters en leur distribuant gratuitement de l’argent.


Voudriez-vous bien clarifier votre propos au sujet de l’argent qui circule sélectivement ?


En effet, la gestion économique de la Côte d'Ivoire conduite par Monsieur Ouattara fait que l'argent «travaille sur» les grands groupes français mais ne circule ni dans les mains des Ivoiriens, ni dans les caisses des entreprises ivoi- riennes, encore moins dans les caisses de l’Etat. Par la surfacturation des marchés en mode gré à gré et l’inflation (augmentation du prix des produits  alimentaires, du gaz, de l’électricité, de l’eau), le régime Ouattara dépouille donc l’État de ses ressources et les consommateurs de leurs revenus pour mieux enrichir les co-auteurs directs et indirects de la longue guerre de la France contre la Côte d’Ivoire.



Qu’est-ce qui expliquerait donc, selon vous, le fait que même le secteur ter- tiaire et les échanges extérieurs aient connu, au vu des chiffres publiés, un bon important?


Le même rapport de l’UEMOA indique qu’au niveau du secteur tertiaire, l’acti- vité économique augmenterait de 14.1% avec 23.1% dans le transport et 10% dans le commerce. Au niveau des échanges extérieurs, les importations ont augmenté de 37,1% et les exportations de 7%. Le déséquilibre commercial qui en découle, non seulement contredit la  «forte croissance» de la production du secteur secondaire, mais traduit bien le bradage, le pillage et la baisse de compétitivité de l’économie ivoirienne. Le taux élevé des importations démontre avec éloquence que le secteur tertiaire profite à l’import- export et au transport maritime, secteurs entièrement privatisés au profit des multinationales françaises dont l’entreprise Bolloré et tout dernièrement le consortium Bolloré-Bouygues. Le représentant de la bourgeoisie nationale au sein du gouvernement Ouattara, le Ministre Billon, en sait quelque chose ;  en décidant de donner de la voix contre ce cadeau de trop. En outre, ce même rapport de l’UEMOA nous apprend que «les contributions du secteur primaire, secondaire et tertiaire au PIB seraient de 0.2%, 3.1%, 5.3%». Le secteur primaire, qui occupe la majorité des Ivoiriens, contribue donc à hauteur de 0.2% à la croissance du PIB et les secteurs secondaires et tertiaires entièrement privatisés au profit des multinationales françaises à hauteur de 3.1 et de 5.3. Lorsqu’on sait que la majorité des Ivoiriens vit sur les res - sources du secteur primaire, la part réduite de 0.2% sur une croissance de 8.6% est donc celle qui revient aux Ivoiriens. Avec une croissance de la population estimée à 3%, la part de croissance endogène de l’économie de 0.2% entraîne une croissance de la pauvreté de 15% en milieu rural. Cela revient donc à faire l’amer constat de cette double croissance «ivoirophobe» : lorsque l’économie croit de 8.6%, la pauvreté croit de 15% en milieu rural et exclut les opérateurs nationaux. La pauvreté augmente deux fois plus vite en milieu rural que le PIB. Il n’est donc pas surprenant que la croissance écono - mique «ivoirophobe» de Monsieur Ouattara entraîne la croissance de la pauvreté.


A suivre votre raisonnement scienti- fique, la Côte d’Ivoire subit une véritable croissance de la pauvreté  plutôt qu’une croissance économique réelle ?


L’examen de la croissance de l’économie ivoirienne démontre avec clarté que le modèle de développement «ivoirophobe» choisi par l’équipe de Ouattara ne peut qu’engendrer la pauvreté pour les Ivoiriens et le gain des profits pour les multinationales et les trafiquants de matières premières. Cette croissance est génératrice de pauvreté car les opérateurs économiques nationaux sont exclus des leviers et le secteur primaire qui emploie la majorité des Ivoiriens et constitue l’essentiel des revenus de l’État, fait l’objet d’un pillage systématique. L’État s’appauvrit et s’endette pour continuer cette course folle à cette croissance qui la mène droit dans le mur. Ainsi les résultats macro-économiques sont sans appel comme l’indique le même rapport de l’UEMOA : «Au niveau des dépenses publiques, l’aggravation du déficit est de 4.8%. L’encours de la dette se situerait à 6367.9 milliards et représenterait 35.8% du PIB. Le crédit intérieur progresserait de 493.7 milliards et s’élève à 3368.5 milliards de Fcfa». L’encours de la dette rattrape en moins d’un an le niveau de la dette avant la réduction de celle-ci par le processus PPTE, mettant ainsi la Côte d'Ivoire au point de départ et compromettant l’avenir des générations futures. L’émergence économique tant recherchée risque d’immerger les Ivoiriens dans la pauvreté et l’endettement. Les Ivoiriens subiront donc la dette et la pauvreté avec le modèle de développement «ivoirophobe» choisi par le régime de Monsieur Ouattara. La lutte contre la pauvreté de Monsieur Ouattara se résumera par le double génocide des Wê et des pauvres, l’emprisonnement de leurs défenseurs et leur contrainte à l’exil. La leçon fondamentale que l’on peut tirer de l’expérience de la croissance économique en Côte d’Ivoire est que la lutte contre la pauvreté est impossible sans souveraineté économique. La Chine a rejeté le modèle des bailleurs de fonds en forgeant sa souveraineté économique par le socialisme de marché, la Russie, après une période de turbulence, s’est ressaisie en empruntant le même chemin, l’Amérique latine a emboité le pas. La plupart des pays africains se sont alignés sur les dogmes du consensus de Washington avec la génération des fonctionnaires des institutions financières internationales propulsés ministres, premiers ministres ou présidents en mission commandée. Il reste aux Africains dignes de franchir la ligne rouge de la dépendance économique et financière pour un nouveau modèle de croissance pouvant réduire la pauvreté.


Faites-vous ainsi allusion à la Françafrique et ses conséquences ?



La Françafrique a toujours régné par le massacre des populations africaines. Sa nouvelle formule de croissance excluant les Africains est en marche et le modèle ivoirien s’exportera d’autant plus facilement que la Côte d'Ivoire a toujours constitué le laboratoire de la Françafrique. Le renouvellement des accords de défense pour entraîner et équiper les nouveaux tirailleurs afri- cains en remplacement des armées régulières préfigure du nouveau visage de la Françafrique, avec des taux de croissance flatteurs pour justifier toutes les nouvelles formes d'exploitation des richesses africaines et surtout en organisant des massacres interethniques aboutissant à des génocides savamment préparés. Depuis l’expérience du génocide rwandais, la Françafrique arrête et diffuse elle-même le nombre de morts à chaque crise tout en inversant les rôles où les bourreaux deviennent des victimes et ceux qui respectent la constitution de leur pays deviennent ceux qui refusent de quitter le pouvoir. La crise ivoirienne à peine entamée que le chiffre de 3000 morts a été servi au monde entier et que Laurent Gbagbo, attaqué depuis 8 ans par une horde de tirailleurs africains armés et entraînés par la France et l’ONU, [déclaré régulièrement vainqueur de l’élection présidentielle par le conseil constitutionnel, est désigné comme le responsable des massacres par son «refus de quitter le pouvoir». Bien que je déplore tous ces morts pour mon pays - et c'est avec une grande tristesse que j'évoque à chaque fois ce sujet -, il est bien évident que le chiffre de 3000 morts est en dessous de la réalité et que Laurent GBAGBO n’est ni un rebelle ni un guerrier. Mais qu’importe ! La raison du plus fort est toujours la meilleure. Les horreurs de la crise ivoirienne ne se révéleront que plus tard. Le vrai bilan et les vrais responsables ne seront connus que plus tard, comme l’on a découvert plus tard le vrai bilan et les vrais responsables des crimes de l’esclavage et de la colonisation et le niveau des exactions et des massacres lors de la guerre de la France faite à l'Algérie. La Françafrique reste constante dans ses objectifs et ses méthodes, tout en changeant continuellement de masques et de prétextes. Comme l’Amérique latine, c’est dans l’unité que les Africains mettront un frein à ce double génocide qui guette l’Afrique tant que certains de ses fils et certaines de ses filles seront convaincus que le salut économique de l’Afrique ne viendra que de l’extérieur et que certains chefs d’Etat seront en mission commandée au profit de leurs anciens colons.

Réalisée par Frank  Toti

Source: Le Nouveau Courrier N° 829 Du Mardi 16 Juillet 2013




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