3ème année de détention du Président Laurent Gbagbo Entretien avec Bertin KADET, ancien Ministre: Les dérives tribales d’un harcèlement politico-judiciaire

Mercredi 30 Avril 2014 - 06:06


Bertin KADET, ancien Ministre
Bertin KADET, ancien Ministre
LNC  : Bonjour M. le Ministre Kadet, comment vous sentez-vous, en particulier en ce mois d’avril où tout à basculé en Côte d’Ivoire  ?

B.K.  : Bonjour, et comme vous le dites, tout a basculé à l’envers et au cauchemar car, c’est le 11 avril 2011 que, profitant d’un contentieux électoral, les forces franco-onusiennes attelées aux forces rebelles, ont bombardé la résidence d’Etat du Président de la République de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, l’ont arrêté avec toute sa famille et plusieurs de ses collaborateurs, avant de le déporter quelques mois plus tard, à la Cour Pénale Internationale, à La Haye. Ceci après des mois de torture à Korhogo au nord du pays, torture dont il porte encore les séquelles. C’est également en avril 2011 que des milliers d’Ivoiriens fuyant les persécutions, ont pris le chemin de l’exil, tandis que de milliers d’autres sont envoyés dans des prisons, dans le Nord du pays. Le mois d’avril est donc chargé de douleurs et de larmes pour nous autres. Toutefois, le croyant que je suis, n’oublie pas que Jésus Christ dont notre communauté célèbre la passion, en a fait un mois de purification, de pardon et de générosité. En ce jour, souvenir de la troisième année de cette barbarie qui a meurtri les cœurs des Ivoiriens, je suis naturellement triste, en pensant à tous ceux qui ont trouvé la mort sous les bombes de ces armées, à tous les blessés et disparus qui ont été fauchés, alors qu’ils défendaient l’ordre républicain de leur pays.  

LNC  : Avez-vous un message particulier à cette occasion  ?

B.K.  : Je veux tout d’abord remercier toute la presse, nationale et internationale, ainsi que tous ceux qui continuent de dénoncer les injustices en Côte d’Ivoire, et qui sensibilisent l’opinion, afin que le Président Laurent Gbagbo et tous ceux qui croupissent encore dans les prisons ivoiriennes depuis 2011, recouvrent la liberté. Je demande ensuite aux Ivoiriens de ne jamais oublier ce qui s’est passé dans notre pays mais, d’essayer de tourner cette page sombre de notre histoire, en cherchant à envisager un processus sincère de réconciliation sur la base de la vérité. D’ailleurs à cette intention, le Président Pascal Affi NGuessan et la haute direction du Front Populaire Ivoirien (FPI) travaillent ardemment. Le programme de sensibilisation et de mobilisation des populations qu’ils ont entrepris sur l’ensemble du territoire national, tout en contribuant à la dynamisation du parti, a permis aux ivoiriens de se débarrasser de la peur, pour faire face à ces nouveaux défis. Le Parti a également initié un programme de rencontres de plusieurs chancelleries étrangères, pour faire entendre la cause du Président Gbagbo, et recueillir des avis. Je voudrais humblement les féliciter pour ce travail et surtout pour avoir emprunté la voie du dialogue que Laurent Gbagbo lui-même a toujours préconisé, même dès le premier jour de son arrestation. Il reste maintenant que le régime d’Abidjan consente, enfin, à créer les conditions pour la reprise d’un dialogue sincère.

LNC  : Quelles sont d’après vous, ces conditions de reprise du dialogue  politique?

B.K.  : Depuis trois ans, jour pour jour, le régime d’Abidjan multiplie les facteurs de crispation du climat sociopolitique en Côte d’Ivoire. A côté des problèmes récurrents des 700 prisonniers politiques non encore libérés, du gèle des avoirs et des biens immobiliers, de la question du retour sécurisé des exilés, se greffent maintenant le problème de la Commission électorale, du recensement général de la population, et celui de la CDVR. Ce sont là autant de facteurs dirimants d’une situation sociopolitique déjà suffisamment dégradée, et qu’il importe de régler si l’on veut aller à une réconciliation sincère. Je me réjouis que le FPI ait fait connaître sa position sur ces questions. Si les Ivoiriens ne s’accordent pas, dès maintenant, pour débattre de ces questions et trouver des solutions en toute responsabilité, eh bien dans peu de temps, ce sera la même communauté internationale, dont nous connaissons les méthodes, qui viendra se substituer à nous Ivoiriens pour le faire à notre place. Et sur ces questions, la responsabilité de la détente  revient à ceux qui sont au pouvoir.   
Mais nous sommes en avril, un mois spécial et je voudrais, au moment où les juges de la CPI se préparent à se prononcer sur la situation du Président Laurent Gbagbo, inviter chaque Ivoirien à interroger sans relâche, les accusations portées contre lui.  

LNC  : Justement à ce propos, le Procureur de la CPI a publié, le 13 janvier 2014, un «  document amendé de notification des charges  » à l’encontre du Président Laurent Gbagbo. Peut-on savoir quelles sont maintenant vos réactions  ?


B.K.  : Concernant ce «  document amendé de notification des charges  » du Procureur de la CPI, il y a eu déjà plusieurs réactions d’Ivoiriens et non ivoiriens, et je voudrais féliciter sincèrement tous ceux qui ont produit des critiques sur le vif. L’injustice dont le Président Laurent Gbagbo est victime est tellement criarde que tout le monde en est affligé, que nous soyons Ivoiriens, Africains ou d’autres nationalités. C’est donc normal que des réactions soient venues de partout. Pour ma part, je n’ai pas adopté le même timing de réaction que les autres, parce que je considère qu’il faut d’abord laisser la défense du Président Gbagbo faire ses observations dans la sérénité. Maintenant que c’est chose faite, et n’étant pas professionnel du droit, je peux faire mes commentaires. Toutefois, je veux adresser mes observations aux juges de la CPI ainsi qu’à tous ceux qui ont un pouvoir de décision au sein de cette juridiction internationale car, en définitive, c’est d’eux  que dépend le sort du Président Laurent Gbagbo.  

LNC  : Que pouvez-vous nous dire alors à propos des accusations qui y sont contenues  ?


B.K.  : Beaucoup de choses mais, que je regroupe dans deux rubriques d’argumentations. Avant cela, je voudrais rappeler que ce «  document amendé de notification des charges  » fait suite à la décision d’ajournement de l’audience de confirmation des charges, prise le 3 juin 2013 par les juges de la Chambre préliminaire 1 de la CPI. Ayant estimé insuffisantes les preuves de l’accusation, les juges ont demandé au Procureur de «  soumettre des preuves additionnelles ou de conduire des enquêtes supplémentaires  » qui permettent d’apporter des réponses sur certains points de ses accusations. Les informations demandées par les juges de la Chambre préliminaire 1 au procureur de la CPI portent sur six points tels rapportés par le Professeur Oulaye Hubert dans sa contribution à l’ouvrage intitulé  :  Cour pénale internationale  : l’introuvable preuve contre le président Laurent Gbagbo, aux pages 30-44. C’est en réponse à la demande des juges de la Chambre préliminaire 1, que le Procureur de la CPI a rendu public, le 13 janvier 2014, le «  document amendé de notification des charges » dont nous parlons.  

LNC  : Alors, ce «  document amendé de notification des charges  » répond t-il aux préoccupations des juges  ?

B.K. 
: C’est aux juges de répondre à cette question. Quant à moi, et c’est aussi l’opinion de ceux qui ont déjà donné de la voix dans ce débat, c’est de fournir des éléments de faits, qui permettront de forger l’opinion des juges, à propos du Président Laurent Gbagbo.

LNC  : Et quels sont ces faits  ?

B.K.  : Voyez-vous, dans ledit document d’accusation, le Procureur de la CPI dit que le Président Laurent Gbagbo a conçu un «  Plan commun  » et une «  Politique  » avec les membres de sa famille, ceux de son groupe ethnique les Bété, leurs alliés les Guéré, des milices, des mercenaires, pour éliminer des populations civiles pro-Ouattara non armées, notamment des gens du Nord du pays, de confession musulmane, ainsi que des étrangers originaires d’Afrique de l’Ouest. Ces allégations du Procureur de la CPI, que j’ai ainsi résumées, forment le corps de ce document d’accusation. Le Procureur de la CPI développe ainsi deux thèses pour soutenir les accusations portées contre le Président Laurent Gbagbo. La première thèse est celle du «  plan commun et la politique  »  ; la seconde thèse est celle du tribalisme et la xénophobie.

LNC  : En quoi consiste la thèse du «  Plan commun et la Politique  » développée par l’accusation  ?


B.K.  : Cette première thèse soutient que, «  dès son accession à la présidence en 2000, Gbagbo a eu pour objectif de se maintenir au pouvoir… Gbagbo a… conçu et mis en œuvre un Plan commun afin de se maintenir à la Présidence par tous les moyens nécessaires. Le Plan commun a évolué jusqu’à inclure, au plus tard le 27 novembre 2010, une politique d’Etat organisationnelle qui avait pour but une attaque généralisée et systématique contre des civiles considérés comme des partisans de Ouattara.» Les termes des accusations sont dans tout le document, surtout en ses sous-points 2, 39, 40, 46, 47, 48, 49, 50, 55, 58, 59, 60, 61,62, 65, 87, 88, 90, 91, 92, 98, 131, et au-delà. Or, les faits, et rien que les faits, attestent le contraire de ces allégations.

Faisons tout d’abord observer que l’«  objectif de se maintenir au pouvoir  » n’est pas un projet politique, ce n’est ni un projet de société, ni un programme de gouvernement. Alors, prêter une telle intention à Laurent Gbagbo dès 2000, amène à se demander si ce dernier n’était pas porteur d’un projet politique pour les Ivoiriens, au moment où il devient Président de la République ? La réponse à cette interrogation est que Laurent Gbagbo est effectivement porteur d’un projet de société socialiste pour la Côte d’Ivoire. Ses idées, ses objectifs et sa politique sont connus des Ivoiriens et du monde entier, bien longtemps avant qu’il n’accède à la Présidence de la République de Côte d’Ivoire, en octobre 2000, à l’issue d’élection démocratique crédible et reconnue.

Durant les décennies 70 et 80, Laurent Gbagbo a passé sa vie à étudier la société ivoirienne. Les recherches qu’il a menées dans le cadre de sa formation universitaire ont fait l’objet de nombreuses publications parmi lesquelles son ouvrage intitulé «  Côte d’Ivoire  : Economie et société à la veille de l’indépendance (1940-1960) publié en 1982 aux éditions L’Harmattan. L’expérience accumulée à partir de ces recherches lui a donné une meilleure connaissance de la Côte d’Ivoire, de ses problèmes et ses attentes. Ainsi, s’étant aperçu que le parti unique est un obstacle au progrès social et économique, à la liberté individuelle et collective des Ivoiriens, il propose dès 1983, la voie du pluralisme politique à ses compatriotes. Sa vision politique et le projet de société qui la portent sont contenus dans son livre «  Côte d’Ivoire, pour une alternative démocratique, édité à Paris par l’Harmattan. Laurent Gbagbo, qui a toujours privilégié la réflexion avant l’action, publie ensuite, en collaboration avec un groupe d’intellectuels ivoiriens, «  les propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire » en 1987. Lorsque le multipartisme est proclamé en Côte d’Ivoire en avril 1990, il officialise au lendemain de cette proclamation, la création d’un parti politique, le Front Populaire Ivoirien (FPI) qui est à la fois le cadre et l’instrument de son combat pour l’instauration de la démocratie dans son pays. Un an plus tard, Laurent Gbagbo publie un autre ouvrage «  Agir pour les libertés  » (1991), réaffirmant ainsi son engagement pour la démocratie. L’ensemble de ses orientations politiques et doctrinales sont déclinées en des objectifs opérationnels dans le «  Programme de Gouvernement du FPI  » publié en 1994. Plusieurs autres ouvrages dont Laurent Gbagbo est l’auteur, ont précédé ou suivi ceux que je viens de mentionner à titre indicatif.

LNC  : A-t-il mis en œuvre ses idées et le programme de gouvernement du FPI en 2000?
B.K.  : Au moment où Laurent Gbagbo est investi Président de la République de Côte d’Ivoire, le 26 octobre 2000, le pays qu’il va diriger se trouve dans un coma socio-économique profond. Une dette extérieure colossale cumulée de plus de 6  000 milliards Fcfa a été laissée par les régimes houphouétistes successifs. La croissance économique est négative et les bailleurs de fonds internationaux ont coupé tout lien avec la Côte d’Ivoire. Au plan social, les populations ivoiriennes sont désemparées à cause de la paupérisation croissante des couches les plus défavorisées, et les jeunes diplômés ne trouvent pas d’emploi. Le désarroi des populations est d’autant plus inquiétant que les forces de défense et de sécurité qui doivent garantir leur sécurité ainsi que celle du pays tout entier, sont dans une situation de dénuement et de sous-équipement généralisés, conséquences à la fois d’une gestion par procuration de ce secteur depuis quarante ans, et d’une transition militaire désastreuse (1999-2000).
Face à tous ces problèmes, le Président Laurent Gbagbo cherche d’abord à établir la confiance entre la Côte d’Ivoire et les institutions de Bretton Wood dès 2000.  Dans cet esprit, il rembourse les 18 milliards Fcfa de l’Union Européenne occasionnés par la gestion du PDCI, renoue avec la Banque Mondiale et l’Union Européenne, et ramène la dette extérieure de 6700 à 4000 milliards Fcfa, dans une conjoncture nationale particulièrement difficile. Concomitamment, il assainit les finances publiques par des mesures de maîtrise budgétaire (budget de sauvegarde, budget sécurisé). En outre, le Président Gbagbo s’attèle à reconstituer l’Etat dont les fondements ont été sapés par le coup d’Etat militaire de décembre 1999. Dans l’ouvrage collectif portant sur Le Président Laurent Gbagbo à la Cour Pénale internationale, Justice ou imposture, publié en 2013 aux éditions L’Harmattan, j’ai développé divers aspects des actes gouvernementaux qu’il a posés en tant que Chef d’Etat, dans ma contribution intitulée «  Le Président Laurent Gbagbo, un modèle de combattant pour les libertés démocratiques.»
Tout ceci, pour dire que la thèse du «  plan commun  » et de la «  politique  » est inopérante en ce qui concerne le Président Laurent Gbagbo. Ce dernier a toujours eu une approche de conciliation et une approche démocratique des problèmes de la Côte d’Ivoire, mais jamais un projet d’élimination d’Ivoiriens, encore moins des pro-Ouattara. Par contre, c’est lui, Laurent Gbagbo qui a subi les violences de ses adversaires politiques, ces derniers ayant décidé depuis toujours de le renverser par des méthodes non démocratiques et anticonstitutionnelles. C’est ce programme non démocratique et anticonstitutionnel conçu par ses adversaires politiques contre lui, le Chef d’Etat élu de la Côte d’Ivoire, qui est le véritable «  Plan commun  » et la vraie «  Politique », une politique de destruction et de négation de l’Etat ivoirien, dont l’exécution est l’œuvre d’une rébellion armée ayant mis le pays sous coupe réglée pendant dix ans, de 2002 à 2011.  
LNC  : Selon le «  document amendé de notification des charges  » c’est la disparition, en 1993, du premier Chef d’Etat ivoirien, le Président Félix Houphouët-Boigny, et les batailles de sa succession qui sont à l’origine de la crise ivoirienne. Quelle est votre analyse  ?

B.K.  : Selon moi, c’est le non respect des lois et des institutions  républicaines ivoiriennes qui constitue le véritable «  plan commun  » et la véritable «  Politique  » contre la Côte d’Ivoire.  Je ne peux donc pas soutenir l’argument que vous déclinez car, ce serait forger dans l’opinion, l’idée selon laquelle le premier Chef d’Etat ivoirien n’aurait jamais dû quitter la présidence de la Côte d’Ivoire. Or, le Président Houphouet-Boigny est un être humain dont le destin est commun à celui de n’importe quel vivant. D’ailleurs, cette perception de la crise socio-politique ivoirienne a conduit évidemment certaines personnes à présenter les faits de son épisode postélectoral, à travers le prisme d’un citoyen, fut-il Houphouet-Boigny. De mon point de vue, l’analyse doit plutôt privilégier le fonctionnement des institutions qui organisent la vie de la société ivoirienne.

En effet, dans toutes les démocraties du monde, ce sont les règles démocratiques qui s’appliquent  ? En cela, il suffit simplement d’évoquer le cas de la France, pays auquel la Côte d’Ivoire doit son organisation institutionnelle. Le Général Charles De Gaulle, pourtant considéré comme l’homme providentiel qui a libéré la France, son pays, de l’occupation allemande, a démissionné de la présidence en 1969. La France n’a pas connu le chaos, suite à la vacance du pouvoir due à cette démission. Comme le prévoit la constitution de la cinquième république, c'est le président du sénat Alain Poher qui a occupé les fonctions de président par intérim. Candidat lui-même à l’élection présidentielle, Alain Poher a été battu en juin 1969 par Georges Pompidou qui a obtenu 58.21 % des suffrages. Après la mort de Pompidou en 1974, le même Alain Poher, Président du Sénat, a une nouvelle fois occupé le poste de président par intérim.

En Côte d’Ivoire, le premier Chef d’Etat Félix Houphouet-Boigny, a laissé des institutions qui garantissent la continuité de l’Etat. Sa succession a été réglée par l’article 11 de la Constitution de la première République ivoirienne, lequel dispose qu’en cas de vacance du pouvoir, c’est le Président de l’Assemblée Nationale qui termine le mandat présidentiel. C’est Alassane Ouattara, Premier ministre d’Houphouet-Boigny au moment où ce dernier rendait l’âme, qui a tenté d’empêcher l’application de cette disposition constitutionnelle. En 1993, pour faire appliquer cette disposition constitutionnelle et faire ainsi respecter la loi, le Président Henri Konan Bédié a dû se faire accompagner à la télévision ivoirienne, par une équipe de commandos gendarmes. L’opinion nationale et internationale connait cette histoire qui a failli faire basculer la Côte d’Ivoire dans la violence inutile.

La mort d’Houphouet-Boigny et la succession de ce dernier ne peuvent donc constituer les fondements d’un argumentaire juridique crédible. C’est plutôt autour de la question du respect des lois et des institutions ivoiriennes que se situe le débat. A partir du moment où les lois et les institutions que le pays s’est données sont respectées par les citoyens et leurs dirigeants, il ne peut y avoir de conflit de pouvoir. De même, toutes les questions relatives à la nationalité, à l’ethnie et à l’ivoirité trouvent forcément leurs solutions dans un cadre institutionnel. Eluder cette perspective, c’est se détourner de la voie royale du bon sens, de la vérité des faits et du droit.

En réalité, c’est la défiance des lois et des institutions ivoiriennes, le non respect des engagements internationaux, par les responsables des partis houphouétistes et la rébellion armée, qui constituent le véritable contexte de la crise politico-militaire ivoirienne. C’est pourquoi, lorsque le Procureur de la CPI affirme que Laurent Gbagbo est devenu président en 2000 «  au terme d’une élection au cours de laquelle le Conseil Constitutionnel a disqualifié 14 des 19 candidats  », il ne fait que conforter ainsi notre analyse, quant à la primauté des institutions démocratiques sur les considérations d’ordre paternaliste ou émotionnel. Car, c’est bien la Cour Suprême (pas le Conseil Constitutionnel, comme il le dit) et non Laurent Gbagbo, qui était encore dans l’opposition, qui a disqualifié des candidats en 2000. Je relève au passage qu’en se référant au Conseil Constitutionnel en 2000, le Procureur de la CPI suspecte, à priori, une hypothétique collusion entre Laurent Gbagbo et une haute juridiction nationale qui n’existait pas encore. Dès lors que la Cour Suprême a tranché, le débat devrait être clos. Hélas non, les mêmes personnes, qui se sont mises dans une posture de défiance permanente des lois et des institutions ivoiriennes, ont organisé des tentatives de coups de force par des attaques armées en décembre 2000, en janvier 2001, puis en septembre 2002.  

Donc, en réalité, le «  Plan commun  » et la «  Politique  » sont plutôt à rechercher dans le camp des adversaires politiques de Laurent Gbagbo car, en 2000, celui-ci était entrain d’appliquer le projet de société du FPI et le programme de gouvernement de ce parti, lorsqu’une rébellion est venue tout stopper. Il n’est donc pas exact d’affirmer que Laurent Gbagbo avait pour objectif de se maintenir au pouvoir. Un tel énoncé relève de la pure fiction. Or, c’est sur cette première affirmation, déjà fausse, que s’appuie l’accusation, pour faire accréditer une autre thèse, celle de l’existence d’une gouvernance ethnique ou clanique, sous Laurent Gbagbo.

LNC  : Selon vous, comment la thèse de la gouvernance tribale est-elle développée, dans le «  document amendé de notification des charges  »  ?

B.K.  : La thèse qui consiste à dire que Laurent Gbagbo est sectaire, qu’il a gouverné avec les membres de sa famille et les gens de son ethnie, excluant les populations du Nord ivoirien, est abondamment relayée dans le «  document amendé de notification des charges  ». C’est d’ailleurs l’angle principal d’attaque contre le Président Laurent Gbagbo. Je tiens à affirmer ici que, s’agissant du Président Gbagbo, cette thèse de la  gouvernance tribale n’a aucun fondement théorique, comme le montrent les différentes productions intellectuelles et scientifiques du concerné (supra). Mais elle n’a pas non plus de fondement pratique, lorsqu’on examine les actes gouvernementaux de cet homme d’Etat. Avant de décliner lesdits actes, permettez-moi de faire deux observations.

LNC  : Lesquelles ?

B.K.  : La première est le constat que sur le continent africain, la tribu, l’ethnie ou la race y ont, de tous temps, été instrumentalisées pour diviser et affaiblir ses peuples. Le système inhumain de l’apartheid, qui en est l’illustration la plus criarde, a recouru à ces clichés pendant plusieurs siècles, et cela a causé des drames inexplicables. Là bas, en plus de la séparation basée sur la couleur de la peau, il y avait aussi les oppositions entre les différentes tribus Sud africaines, soutenues et encouragées par le gouvernement d’alors. La guerre civile de 1986, entre les partisans de l’Inkatha de Mangosuthu Buthelezi et l’ANC ayant fait plus de 10 000 morts dans le Natal, est une des conséquences de cette instrumentalisation de l’ethnie. Nelson Mandela a payé vingt-sept ans de sa vie, le prix de ces discriminations injustifiées de la société sud-africaine. L’on croyait que sa libération en février 1990, puis son action en faveur d’une société plurielle et solidaire allait changer les comportements des adeptes de la division sur le continent. Hélas non car, quatre ans plus tard, le génocide Rwandais, dont le pays a célébré les vingt ans le 7 avril dernier, nous a renvoyés à ces mauvais souvenirs, du fait de la guerre entre les tribus Hutu et Tutsi ayant occasionné plus de 800 000 morts en trois mois. Peut-on avoir une connaissance de ces deux drames provoqués sur le continent, du fait d’une appréciation totalement erronée des rapports entre les groupes humains, et brandir encore le tribalisme et la xénophobie en Côte d’Ivoire contre le Président Laurent Gbagbo, un homme dont le parcours, la vie et l’action n’ont rien à avoir avec ces préjugés qui, en réalité, constituent de véritables armes destructrices ?

LNC  : Et quelle est la deuxième remarque ?

B.K: Ma deuxième remarque est un inventaire des termes recourus dans le «  document amendé de notification des charges  », présentant le Président Laurent Gbagbo comme quelqu’un qui gouverne avec son clan. Appréciez vous-même  :
«  Gbagbo est membre de l’ethnie bété  » (7)  ;
Gbagbo et son entourage immédiat (74)  ;
L’entourage immédiat de Gbagbo était composé, entre autres, de personnes associées au régime depuis toujours tels que Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé, certains ministres, certains leaders de la Galaxie patriotique et certains membres du CNRD  » (75)  ;
«  Certains membres de l’organisation étaient impliqués dans le détournement des deniers publics, le trafic des ressources naturelles, le recrutement de mercenaires et le trafic illégal d’armes…Parmi ces membres figurent notamment des ministres et d’anciens ministres, de hauts cadres d’institutions bancaires, Bertin Kadet…, Marcel Gossio…, Pasteur Moïse Koré et Anselme Séka…  » (76)
«  L’entourage immédiat était aussi composé de hauts gradés des FDS et quelques officiers de rang inférieur fidèles au régime et proches de Gbagbo  »(77)  ;
«  pendant les années 90, Gbagbo demande le soutien des mouvements étudiants…dont l’un des secrétaires généraux est Charles Blé Goudé, un Bété originaire du département de Gagnoa  » (11)  ;
«  Blé Goudé n’hésitait pas à accuser certains pays d’Afrique de l’Ouest … de vouloir tuer les Ivoiriens…  » (68)  ;
«  C’est le même Blé Goudé qui a donné l’ordre aux jeunes pro-Gbagbo de faire les barrages dans les rues, de contrôler les étrangers, de faire la chasse aux hommes qui portaient le gis-gris car ils étaient considérés comme des rebelles…, ils venaient du Nord  » (85)  ;
«  …d’autres maisons étaient identifiées suite à des visites nocturnes effectuées par des miliciens accompagnés de bétés du quartier qui leur montraient les maisons des dioulas  » (69)  ;
«  les Guéré sont implantés dans une région voisine de celle des Bété et étaient considérés comme acquis à la cause de Gbagbo  » (19) (183)  ;
«  Charles Blé Goudé, un proche de Gbagbo, crée le Cojep en 2001  » (21)  ;
«  le 6 décembre 2010, Gbagbo a nommé Blé Goudé au poste de Ministre de la Jeunesse, de la formation professionnelle et de l’emploi  »(181)(187)  ;
«  Blé Goudé était entièrement dévoué à Gbagbo  »(182)
«  Les FDS n’hésitaient pas à invoquer, eux, mêmes, les discours enflammés de Blé Goudé pour justifier certaines de leurs exactions à l’encontre des personnes originaires d’Afrique de l’Ouest  » (71)  
 «  Gbagbo peut compter sur Blé Goudé afin de recruter des milliers de jeunes au sein des FDS, principalement des groupes de l’Ouest et du Centre-Ouest du pays avec lesquels ils avaient des liens ethniques..  » (23)  ;
«  …le camp présidentiel s’opposant parfois violemment, à l’inscription des populations du Nord sur la liste électorale  » (37)  ;
«  Ces crimes ont été commis avec une intention discriminatoire pour des motifs d’ordre politique, national, ethnique et religieux »  (48);
«  dès la fin du second tour de l’élection présidentielle, les FDS, ainsi que des miliciens, des jeunes pro-Gbagbo et des mercenaires s’en sont, aussi, pris aux Ivoiriens de confession musulmane (pour la plupart, originaires du Nord de la Côte d’Ivoire) ainsi qu’aux ressortissants d’Afrique de l’Ouest  » (65, 66);
«  les jeunes pro-Gbagbo et les miliciens ont joué un rôle important dans la commission des crimes ayant ciblé les populations originaires du Nord de la Côte d’Ivoire ainsi que les ressortissants d’Afrique de l’Ouest. En raison de leur appartenance ethnique (telle que Dioula), religieuse (musulmans) ou nationale (des citoyens d’Etats ouest-africains tels que le Mali, le Burkina Faso ou le Nigeria ainsi que des Ivoiriens d’ascendance ouest-africaine), les membres de ces groupes étaient stigmatisés par ces jeunes pro-Gbagbo et ces miliciens qui les considéraient comme des partisans du candidat Ouattara et donc des ennemis politique de Gbagbo  »(67)  ;
«  selon les autorités consulaires du Mali et du Burkina Faso, 142 Maliens et 198 Burkinabé ont été tués par les FDS, des miliciens, des jeunes pro-Gbagbo et des mercenaires pro-Gbagbo à Abidjan…  » (68)  ;
 «  les forces pro-Gbagbo…, identifiaient souvent les cibles de leurs attaques en attaquant les quartiers ou les institutions religieuses généralement fréquentées par ces communautés et en marquant leurs maisons…A Yopougon, certaines maisons étaient marquées d’une croix ou de la lettre B (Baoulé) (69)  ;
«  Le 11 avril 2011…, les attaques contre les personnes originaires du Nord de la Côte d’Ivoire et les ressortissants d’Afrique de l’Ouest se sont intensifiées à Yopougon  » (71)  ;
«  Les alliés de Gbagbo s’en (la RTI) servait aussi pour diffuser des messages de haine entre autres contre des groupes ethniques, politiques, religieux et nationaux perçus comme favorables à Ouattara…  » (99)  ;
«  Gbagbo et son entourage ont alors fondé les nominations, les promotions, comme les dotations en matériel et armes sur des bases ethniques  » (144)
«  Gbagbo et son entourage immédiat s’étaient assurés de contrôler les éléments clés des FDS…La plupart de ces commandants étaient d’ethnies proches de celle de Gbagbo, sinon du même village  » (169),  etc.
Quand on a fini de parcourir ces clichés, on ne peut s’empêcher de se rappeler les mêmes expressions qui circulaient en 1986 au Natal et en 1994 au Rwanda.

LNC  : Quels commentaires faites-vous de ces accusations  ?

B.K.  : J’y vois une méthode tendancieuse qui ne traduit guère la réalité en Côte d’Ivoire. Quatre procédés de démonstrations sont utilisés dans le «  document amendé de notification des charges  » pour montrer que Gbagbo a une gouvernance tribale. La première consiste à user à profusion de l’expression «  Gbagbo et son entourage  »  (2), c'est-à-dire Laurent Gbagbo s’est entouré de personnes qui sont à sa dévotion. Pourtant, lorsqu’il s’agit de désigner les personnes qui sont avec Alassane Ouattara, l’expression consacrée est  : «  les membres du cercles politiques de…  » (39). Une telle perception de la réalité politique ivoirienne n’est pas objective. En réalité, Laurent Gbagbo n’a pas un entourage. Laurent Gbagbo est le chef de file des leaders politiques ivoiriens qui ont pensé et écrit, à l’instar de l’homme d’Etat Français Pierre Mendès France, dont je paraphrase ici les propos rapportés par Régis Paranque (2011) dans son livre «  De Mendès France à Bérégovoy, L’honneur en politique (p.31), que la Côte d’Ivoire «  n’a pas besoin d’un gourou, ni même d’un chef infaillible et irresponsable car ce faisant, elle serait privée d’un véritable arbitre à la démocratie.» Comme Pierre Mendès France, le Président Laurent Gbagbo croit que «  la vie d’un pays ne peut reposer sur une seule personne supposée tout savoir, décider de tout et ne jamais se tromper  ». Laurent Gbagbo n’est donc pas l’homme d’un pouvoir personnel, comme on tente de le faire croire. En tant que Président de la république de Côte d’Ivoire, il a nommé des personnes à des postes de responsabilité, qui l’aident dans la gestion des affaires publiques de l’Etat. Dans ce cadre, il dispose d’une équipe gouvernementale composée de Ministres, d’un Cabinet du Président de la République dans lequel les membres sont nommés conformément aux textes de loi qui organisent les services de l’Etat de Côte d’Ivoire. Les fonctions et les rôles des personnes qui travaillent avec lui ne prévoient pas «  un entourage  », comme s’il s’agissait d’un chef de clan ou de tribu, ce à quoi d’ailleurs renvoie l’usage de cette expression. C’est ma première observation.

LNC  : En quoi consiste le second procédé d’accusation de la CPI ?

B.K.  : Le second procédé consiste à éluder volontairement les faits qui décrédibilisent ladite thèse. C’est le cas lorsqu’il s’agit de présenter le statut matrimonial de Laurent Gbagbo (7). En effet, il est écrit ceci dans le «  document amendé de notification des charges  »  :

«  Gbagbo est né d’une famille de confession catholique…  ; il est marié légalement à Simone Gbagbo avec laquelle il s’est converti au christianisme évangélique, et il est marié traditionnellement à Nadiana Bamba  » (7).

On le sait, l’axe majeur de l’accusation portée contre Laurent Gbagbo est que celui-ci aurait tué des populations pro-Ouattara, du Nord ivoirien qui seraient de confession musulmane. Mais alors pourquoi, en déclinant le statut matrimonial de Laurent Gbagbo, le Procureur de la CPI se tait sur la religion de Nadiana Bamba, alors qu’il précise celle (chrétienne) de Simone Gbagbo  ? Y a-t-il une gêne à mentionner que Nadiana Bamba est musulmane pratiquante et du Nord ivoirien  ? Alors question. Comment explique t-il que Gbagbo qui n’aime pas les Dioula, les gens du Nord, les musulmans, ait «  marié  » leur fille selon les rites de la tradition propre à ce groupe de population  ?

Il est à rappeler également, que la vie familiale de Laurent Gbagbo a commencé avec sa première épouse, une française du nom de Jacqueline Chamois. L’union du couple a donné naissance à Michel Gbagbo, son premier fils aujourd’hui maltraité sans raison valable par le régime d’Abidjan. En 1971, c’est le régime houphouétiste d’alors qui a traité l’épouse de Gbagbo d’étrangère et qui l’a rapatriée manu militari en France, avec son fils à peine âgé de quelques mois. En secondes noces, Laurent Gbagbo a épousé Simone Ehivet qui lui a donné deux filles. Simone Ehivet Gbagbo est Abouré du groupe ethnique Akan. Laurent Gbagbo ne peut pas être un tribaliste et un xénophobe et faire les choix de vie ainsi déclinés. L’argument qui consiste à utiliser l’ethnie ou la religion, ou qui tend à opposer les populations du Nord ivoirien aux autres, dans le but d’accabler Laurent Gbagbo n’est pas justifié. On le voit bien. C’est donc un montage qui s’écroule de lui-même, au regard des faits.     

LNC  : Quel est le troisième procédé  ?

B.K.  : Le troisième procédé utilisé pour accuser Laurent Gbagbo est le recours constant à des termes (Bété, Guéré) empruntés à l’anthropologie coloniale. Dans le contexte d’une crise qui a frappé toute la Côte d’Ivoire, l’instrumentalisation de groupes ethniques particuliers n’a d’autre objectif que de diaboliser en le criminalisant, le président Laurent Gbagbo. La fréquence des noms de collaborateurs du Président Gbagbo, issus du même groupe socioculturel que lui, vise à persuader l’opinion que Laurent Gbagbo gouverne avec un clan constitué de membres de sa famille, et excluant les nordistes. Cela est totalement faux car, les faits montrent qu’une telle thèse n’a aucune chance de prospérer pour des raisons évidentes.

Tout d’abord, le Président Laurent Gbagbo est le Chef d’Etat ivoirien qui a pris une loi réprimant le tribalisme en Côte d’Ivoire. Il s’agit notamment de la «  Loi n°2008-222 du 4 août 2008 modifiant et complétant les dispositions du Code pénal relatives à la répression du racisme, de la xénophobie, du tribalisme et des discriminations raciales et religieuse  ». En son article premier, la loi définit le tribalisme comme étant la «  manifestation d’hostilité ou de haine à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, fondée sur exclusivement sur l’origine ethnique ou tribale, toutes faveurs accordées à une personne ou un groupe de personnes sur la base de considérations exclusivement tribales ou ethniques.»

En Côte d’Ivoire, quiconque se rend coupable de tribalisme, de xénophobie, de racisme ou de discrimination raciale ou religieuse, est puni d’un emprisonnement de cinq à dix ans et d’une amende de 500 000 à 5 000 000 de francs CFA. C’est le Président Laurent Gbagbo qui a fait supprimer la mention «  ethnie  » des documents officiels des Ivoiriens, ainsi que la carte d’identité des étrangers instaurée à des fins financières par Alassane Dramane Ouattara, premier ministre d’Houphouet-Boigny. Cette loi, que le Président Gbagbo a prise en 2008 pour faire disparaître le tribalisme et renforcer ainsi la république, vient d’être modifiée par la gouvernance actuelle dans le sens du retour de la mention «  ethnie  ». Il est pourtant grand temps que ceux qui prétendent gouverner cessent d’instrumentaliser nos ethnies et fassent éclore enfin une véritable citoyenneté républicaine.  

Ensuite, lorsqu’on examine des faits de nomination, on s’aperçoit que le Président Gbagbo est un véritable républicain  :
a/- Les nominations concernant les membres du cabinet du Président de la République,

Depuis qu’il est président de la république (2000-2011), Laurent Gbagbo a eu un seul directeur de Cabinet en la personne de Monsieur N’ZI Paul David, qui est Baoulé et militant du PDCI, parti d’Houphouet-Boigny, aujourd’hui dirigé par Henri Konan Bédié, allié de Alassane Ouattara.

De 2000 à 2010), le Secrétaire Général de la Présidence de la République nommé par Laurent Gbagbo s’appelle Amédée Couassi Blé  ; il est Baoulé et militant du PDCI. Monsieur  Abou Sangolobé, le Secrétaire Général Adjoint de la Présidence, est un Djimini, du Nord ivoirien

De 2000 à 2011, le Directeur financier de Laurent Gbagbo se nomme Anoma Jacques, il est Attié et membre du PDCI. Son adjoint financier, N’Da, est de l’ethnie Baoulé.

b/- Les nominations concernant les présidents d’institution

Les premiers ministres sous Laurent Gbagbo ont été  :
Pascal Affi N’Guessan, ethnie Agni (Est),
Seydou Elimane Diarra, ethnie Malinké (Nord)  ;
Charles Konan Banny, ethnie Baoulé (Centre)  ;
Guillaume Soro, ethnie Sénoufo (Nord)
Gilbert Aké N’Gbo, ethnie Attié (Est)

Le Président de l’Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly, est Sénoufo (Nord)  ; le Président du Conseil Economique et Social, Laurent Dona Fologo, est Sénoufo (Nord)  ; les deux Présidents du Conseil Constitutionnel qui se sont succédé, Yanon Yapo et Paul Yao N’Dré sont respectivement Attié (Est) et Dida (Sud-Ouest)  ; le Président de la Cour Suprême, Tia Koné, est Yacouba (Ouest)  ; le Grand Chancelier de l’Ordre National, Youssouf Koné, est Malinké (Nord)  ; le Grand Médiateur, Ekra Mathieu, est Abouré (Sud-lagune)  ; l’Inspecteur Général d’Etat, Sangaré Aboudramane, est Malinké (Nord)  ; le Président de la Commission Electorale Indépendante, Youssouf Bakayoko, est Malinké (Nord). Ainsi sur les 9 présidents d’institutions, il n’y a aucun Bété, et seul Tia Koné (Yacouba) est de l’Ouest et Paul Yao NDré (Dida) est du Sud-Ouest.

Dès que Laurent Gbagbo est devenu Président de la République de Côte d’Ivoire, la Présidence du Front Populaire Ivoirien, instrument de lutte politique qu’il a crée, a été confié à Pascal Affi N’Guessan, qui a été également son premier directeur de campagne en 2000, et non à son fils ou à un ressortissant de son groupe ethnique. Ce n’est pas ce qu’on voit dans la vie des formations politiques d’obédience houphouétiste. Si l’on ajoute à cela le fait que le Directeur de la campagne électorale de Laurent Gbagbo lors des dernières élections présidentielles est Dr. Issa Malick Coulibaly, un Sénoufo, musulman pratiquant et du Nord, on s’aperçoit de la légèreté des arguments se rapportant à l’ethnie et au sectarisme. Ces constats peuvent être multipliés au sujet de toutes les administrations, notamment dans les régies financières et l’armée ivoirienne.

LNC  : Vous voulez dire que sous le Président Laurent Gbagbo les nominations dans les administrations et l’armée ne sont pas  empreintes de tribalisme  ?
 
B.K. 
: C’est exactement ce que j’affirme et je défie quiconque de me démontrer le contraire. Tout d’abord, s’agissant de la nomination des responsables des régies financières dans ce pays, le Président Laurent Gbagbo est le concepteur et l’initiateur de l’opération dénommée «  appel à candidatures  ». A cause de l’extrême sensibilité des secteurs de la douane, des impôts et du trésor, le Président Gbagbo a personnellement veillé à ce que les cadres ivoiriens qui doivent y occuper les plus hautes charges soient sélectionnés sur la base de leurs dossiers, ce qui nécessite un appel à candidatures aux postes de responsabilité. C’est dans le cadre de l’appel à compétences que les personnalités ci-dessous ont été nommées  :
Directeur Général du Trésor  : Diby Koffi Charles de 2001 à 2008, Baoulé, Centre. Devenu ministre de l’économie et des finances en 2006, il a cumulé pendant deux ans, son poste ministériel avec celui de Directeur général du Trésor. Il est actuellement Ministre d’état, ministre des affaires étrangères du gouvernement Ouattara.
Directeur Général des Douanes  : Gnamien Konan de 2001 à 2008, Baoulé, Centre, candidat aux élections présidentielles de 2010, il est actuellement ministre de l’enseignement supérieur du gouvernement Ouattara
Directeur Général des Impôts  : Feh Kessé Lambert de 2001 à 2011, Yacouba, Ouest, aujourd’hui militant du RDR et conseiller du premier ministre actuel Daniel Kablan Duncan

LNC  : Et dans le cas des nominations au sein de l’armée  ?

B.K.  : Concernant l’armée, l’allégation selon laquelle «  Gbagbo et son entourage ont alors fondé les nominations, les promotions, comme les dotations en matériel et armes sur des bases ethniques  » (144) est dénuée de tout fondement car, toutes les mesures prises par le Président Laurent Gbagbo dans cette période de crise, y compris les nominations et les promotions, sont celles que les différents accords de règlement de la crise (Accord de Linas Marcoussis (2003), Accord de Pretoria (2005), Accord de Paix de Ouagadougou (2007) ont exigées comme on peut le voir dans le tableau ci-après  :



Tableau  : Les exigences des accords de paix en matière de sécurité et les réponses du Président Laurent Gbagbo


Accord de Paix de Ouagadougou (2007)

 

L’APO demande au Président Laurent Gbagbo de prendre une loi d’amnistie.

Le Président Laurent Gbagbo a pris les lois d’amnistie. Une première loi d’amnistie est intervenue en 2003 (JO-RCI, 2003 : n°-309) suivie d’une deuxième en avril 2007 (JO-RCI, 2007 : n°457).

L’APO préconise la mise en place d’un Centre de Commandement Intégré CCI (APO, 2007)

Le CCI a été crée; il est cogéré par l’armée régulière ivoirienne et les forces rebelles tel que préconisé par l’APO (APO, 2007)

Demande que 4000 rebelles (3400 +600) soient affectés à des tâches de sécurisation des élections, et que ce choix respecte le principe de parité entre les forces régulières et les forces rebelles.

Le Président Gbagbo a demandé que soient mis à la disposition du CCI, 4000 hommes issus des forces rebelles et 4000 autres issus de l’armée régulière pour la sécurisation des élections (LG, Message radiotélévisée du jeudi 30 avril 2009).

L’Accord complémentaire IV, art.3 de l’APO exige que 3400 rebelles aient le statut de volontaires à la Gendarmerie nationale et à la Police.

Le Président Laurent Gbagbo a signé le Décret conférant ledit statut à 3400 éléments des forces rebelles (JO-RCI, 2009 : décret n°381).

L’Accord complémentaire IV, art.3 et 4) préconise la création de Compagnies Mixtes de Sécurisation des Elections (CMSE) sur l’ensemble du territoire national, composés en part égale, des forces régulières et des forces rebelles.

Le Président Laurent Gbagbo l’a fait en instruisant le Ministre de la défense à l’effet de créer cette structure (Minidef, 2009 : arrêté n°0344).

 

L’APO demande au Président Laurent Gbagbo de réintégrer les anciens militaires de l’armée régulière, qui sont passés dans la rébellion en 2002.

 

Le Président Laurent Gbagbo a fait réengagé ces militaires (Minidef, 2009 : n°0191) qui ont ainsi bénéficié de quatre années de bonification, en plus des soldes afférant à leur grade (Minidef, 2009 : n°0242). Plusieurs d’entre eux ont connu une harmonisation de grades (JO-RCI, 2009 : n°376), et certains chefs rebelles ont été nommés dans des grades supérieurs (JO-RCI, 2010 : n°213). C’est le cas de Soumaila Bakayoko (général), Gueu Michel (général) et Ouattara Karim (colonel).

Accord de Pretoria (2005)

 

L’Accord de Pretoria (2005) recommande que 300 rebelles soient recrutés à l’Ecole Nationale de gendarmerie.

Le Président Laurent Gbagbo a signé un Décret dans ce sens (JO-RCI, 2009 : n°380)


LNC  : Le «  document amendé de notification des charges  » fait surtout référence aux dernières nominations d’officiers supérieurs, en 2010, selon lesquelles Laurent Gbagbo aurait promu ses proches. Qu’en est-il ?


B.K.  : Là aussi, les faits parlent pour le Président Gbagbo, balayant tout ce mensonge. Concernant les dernières nominations aux différents grades de l’armée, les délibérations ont eu lieu à Yamoussoukro, le 03 août 2010, dans un bâtiment annexe de la Résidence de feu Félix Houphouet-Boigny. La séance de travail a débuté à 19 heures et a pris fin à 22 heures, en présence des membres statutaires, le Chef d’Etat-Major des Armées, les commandants des forces, le Directeur des Services de Santé des Armées (DSSA) et le Directeur de l’Administration et de la législation Militaire (DALM). Ces nominations ont concerné à la fois les officiers FDS et rebelles FAFN. A l’époque des faits, j’ai fait paraître un article dans le quotidien gouvernemental Fraternité Matin n°13726 du 10 août 2010, et dans la plupart des journaux de la place d’Abidjan, pour expliquer les raisons de ces nominations, et décliner les noms des promus.
A la session d’août 2010, les militaires FDS retenus sont passés par la Commission d’attribution des grades. En revanche ceux des rebelles (FAFN) promus à cette occasion n’ont pas respecté cette procédure. Les noms des officiers FAFN ont été proposés par le Général issu de la rébellion, Soumaïla Bakayoko lui-même, et le Président Laurent Gbagbo a fait une dérogation spéciale, au nom de la paix. Ces officiers issus de la rébellion nommés à cette occasion, sont immédiatement inscrits au Tableau National des grades, c'est-à-dire, ils sont retenus en tant que militaires de l’armée nationale de Côte d’Ivoire et non plus des militaires de la rébellion  : la portée républicaine de ces nominations qui, tout en réaffirmant l’autorité des chefs militaires, contribuent au renforcement de l’unité et la solidarité au sein de l’institution militaire, est évidente. C’est à l’occasion de ces dernières nominations qui ont eu lieu à Yamoussoukro, que les lieutenants-colonels Ouattara Karim et Soumahoro Gahoussou, tous deux issus des forces rebelles et originaires du Nord, ont été élevés dans le grade de Colonel, de même que cinq autres officiers subalternes de la rébellion. C’est également à cette occasion que pour la première fois en Côte d’Ivoire, une femme, Mme Kouamé Akissi, a été promue au grade de Médecin Colonel-Major, ce qui place cette dame dans le starting-block des futurs généraux de l’armée ivoirienne. Mme Kouamé Akissi n’est pas une ressortissante de l’ethnie de Gbagbo, elle est Baoulé du groupe Akan. Si elle a été nommée, c’est parce qu’elle est tout simplement ivoirienne et mérite ce grade.  
Je me souviens qu’au cours de cette séance, le Général Touvoli Bi Zobo, Chef d’Etat Major Particulier du Président de la République a été élevé dans le grade de Général de Corps d’Armée, alors qu’il était à la retraite et qu’il ne devait plus prétendre à l’avancement. Quelques heures après la fin des travaux, grâce à la vigilance du DALM qui s’est aperçu de cette erreur, le Président Laurent Gbagbo a exigé que soit corrigée cette erreur et que le concerné soit informé du retrait de son grade. Cela a été fait avant la publication du Décret intervenu le 5 août 2010.    
Donc, loin d’être restrictives ou à base ethnique, ces nominations concernent les membres de toutes les tendances ethniques au sein de l’armée ivoirienne et des mouvements rebelles. Ces nominations ne sont pas faites à des fins d’élimination d’opposants ou d’extermination des partisans d’Alassane Ouattara, loin de là  ; elles procèdent d’un souci d’apaisement et visent la recherche de l’unité des forces ivoiriennes. Dans le strict respect des Accords de paix, le Président Laurent Gbagbo s’est ainsi efforcé de ramener les combattants issus de la rébellion dans l’ordre républicain afin qu’ensemble, avec leurs frères des FDS, ils puissent garantir à notre pays des élections sécurisées. Le constat qui s’impose ici, est que le Président Laurent Gbagbo s’est montré légaliste et attaché à la paix, dans la gestion sécuritaire de la crise ivoirienne, en ayant appliqué l’Accord de Paix de Ouagadougou et les accords subséquents.
 
LNC  : Monsieur le Ministre, qu’en est-il de la dotation des unités militaires en armement  ? Est-elle vraiment faite sur des bases ethniques comme le dit le Procureur de la CPI dans son document d’accusation  ?


  B.K.  : C’est totalement irréaliste de faire croire que les dotations en matériels et armements dans l’armée ivoirienne seraient faites sur «  des bases ethniques  » (144). Cette accusation ne peut pas prospérer car, comment expliquer que le GEB (gendarmerie), l’IUGN (gendarmerie), le FUMACO/DMIR (Marine) et le BASA (Terre), soient les quatre unités militaires d’élite les plus redoutables et craintes en Côte d’Ivoire, si ce n’est à cause de la qualité et du niveau de leur armement, et cela malgré le sous-équipement général de l’armée ivoirienne  ? Pourtant ces unités d’élite sont respectivement dirigées par Jean Noel Abéhi (Baoulé), Ali Bassanté Badara (Malinké), Konan Boniface (Baoulé) et Dadi Tohourou (Dida). Aucun, je dis bien aucun de son ethnie beté. Peut-on en dire autant pour ce qu’il nous est donné d’observer sous la gouvernance actuelle de la Côte d’Ivoire  ? En vérité, concernant le Président Gbagbo, les faits montrent que le tribalisme, le sectarisme et la haine des gens du Nord, ne sont pas des arguments plausibles.


LNC  : Monsieur le Ministre, vous avez évoqué quatre procédés de démonstration de l’accusation, tendant à faire croire que le Président Gbagbo est tribaliste. Quel en est le dernier, après avoir évoqué trois  ?


B.K.  : Le quatrième procédé, le plus vicieux contenu dans le «  document amendé de notification des charges  » pour justifier les accusations contre Laurent Gbagbo, est la référence à certains de ses collaborateurs, triés sur le volet et à dessein, sur des bases purement ethniques. Ainsi, concernant la référence à certains collaborateurs du Président Gbagbo notamment Dogbo Blé, Blé Goudé, Séka Anselme, Bertin Kadet, Gossio Marcel, pour étayer la thèse de la gouvernance tribale, on s’aperçoit qu’il s’agit des ressortissants Bété, Wè et Attié, que l’on veut opposer à des gens du Nord. Un fait cependant remarquable est la référence à Bertin Kadet, dans le but bien précis de faire croire que Laurent Gbagbo gouverne avec les membres de sa famille ou les gens de son village.

Pour tenter d’imposer cette opinion, lors de la première audience de confirmation des charges, commencée le 19 février 2013, j’étais présenté en tant que «  le neveu de Laurent Gbagbo». Cette information issue des journaux pro-Ouattara et relayée par certains organes de presse internationale, a été reprise par l’accusation contre le Président Gbagbo sans la moindre vérification. Or, dans la langue française, un neveu, c’est le fils du frère ou de la sœur, ce qui signifie que mon père serait le frère du Président Laurent Gbagbo ou que ma mère serait sa sœur. Mon père est né en 1912, la même année que le patriarche Paul Koudou, père du Président Laurent Gbagbo et ma mère évolue vers ses 90 ans. Le scoop qui s’est avéré totalement faux, a évidemment reçu la mise au point du Président Gbagbo lui-même, lors de sa brève et mémorable intervention, au cours de ladite audience.

Il faut savoir que le Ministère de la défense, que j’ai dirigé pendant cinq mois, a enregistré dans l’ordre, les ministres successifs suivants  :  
    Lida Kouassi Moïse, il est Dida et militant FPI (2000-2002),
Kadet Bertin, il est Bété et militant du FPI, (12 octobre 2002- 24 mars 2003)
Assoa Adou, il est Agni et militant du FPI, (24 mars 2003- 12 sept. 2003)
Amani Réné, il est Baoulé et militant du PDCI (12 sept. 2003-03 jan. 2006)
Aphing Kouassi, il est Baoulé et militant du PDCI (03 jan. 2006-03 avr. 2007)
N’Guessan Amani Michel, il est Baoulé et militant du FPI (03 avr.2007- 2010)
Dogou Alain (Gouvernement Aké NGbo), il est Dida et militant du Fpi.

Telle est la liste des Ministres de la défense ayant servi sous le Président Laurent Gbagbo. Il faut reconnaître que la gouvernance de Laurent Gbagbo tranche de loin, avec celle observée sous les gouvernements successifs d’Houphouet-Boigny (1960-1993) et de Konan Bédié (1993-1999) où les personnalités ayant dirigé ce ministère étaient toutes invariablement originaires du même groupe ethnique que ces deux Chefs d’Etat. Pendant la transition militaire (1999-2000), le Général Guéi était lui-même Ministre de la défense. Enfin, il n’est pas besoin de s’attarder sur les nominations de rattrapage auxquelles on assiste depuis 2011, et qui sont tout simplement ahurissantes.

Voyez-vous, dans les démocraties les plus respectées à travers le monde, ce n’est pas choquant lorsqu’un Chef d’Etat nomme ses parents dans son gouvernement ou dans son cabinet particulier. Par contre, lorsque la même chose a lieu dans les pays Africains, on trouve cela condamnable. Je pense qu’on peut être très lié à un Chef d’Etat sans en être forcément le parent. Et sous le Président Laurent Gbagbo, le rapport à la responsabilité n’est pas une question de parenté.
 

LNC  : Nous sommes au terme de notre entretien, M. le Ministre votre conclusion  ?

B.K.  : Vous vouliez recueillir mes remarques, à propos du «  document amendé de notification des charges  » contre le Président Laurent Gbagbo. J’ai fait observer dans mon analyse, qu’il y a une dérive tribale dans le harcèlement politico-judiciaire que subit le Président Laurent Gbagbo. Plutôt que de véritables preuves, le «  document amendé de notification des charges  » a préféré reproduire les clichés habituels de disqualification de l’action du Président Laurent Gbagbo, Président de la République de Côte d’Ivoire de 2000 au 11 avril 2011. Pour cela, l’axe central de l’argumentaire accusatoire est de présenter ce dernier comme étant un homme sectaire, un xénophobe et un tribaliste, qui a gouverné son pays avec les membres de sa famille et ceux de son ethnie. C’est cette posture qui justifie qu’il aurait massacré une partie de son peuple, notamment les gens du Nord, de confession musulmane et des étrangers, tous qualifiés de populations pro-Ouattara, lors de la crise postélectorale de 2011.  

L’examen de cet argumentaire volontairement conçu autour de la thèse d’une prétendue gouvernance tribale de Gbagbo n’est pas plausible, pour diverses raisons. D’abord la démarche politique et l’itinéraire personnels de Laurent Gbagbo font de lui un homme qui met la réflexion avant l’action, et qui agit à la lumière du jour et non dans le noir. Ses projets politiques sont connus du public, ils ne laissent aucune place au sectarisme et aux particularismes tribaux ou ethniques. La vie familiale de Laurent Gbagbo montre qu’il est un citoyen du monde et non quelqu’un appartenant à un clan. Enfin, examinée à l’aune de ses responsabilités à la tête de la Côte d’Ivoire, l’œuvre de Laurent Gbagbo procède d’une action collective impliquant des ivoiriens de toutes catégories et de toutes origines, y compris des cadres du RDR, PDCI, UDPCI, la société civile, et les rebelles, dans  le cadre de la recherche effrénée de la paix pour son pays. Le Président Laurent Gbagbo ne saurait par conséquent se reconnaître dans des incriminations infondées telles que développées dans le «  document amendé de notification des charges  ».
En réalité, Laurent Gbagbo est un Président de la République dont le pays a subi une agression extérieure de 2002 à 2011. Pendant dix ans, il a accepté toutes les humiliations en cohabitant dans son gouvernement, avec ceux qui l’ont attaqué, espérant qu’ils désarmeraient. Non seulement ces derniers n’ont pas désarmé mais, ils ont reçu l’appui politique et militaire de puissances étrangères, qui ont contraint le Président Laurent Gbagbo, par les armes, à quitter le pouvoir, après qu’il ait gagné les élections de sortie de crise, et que les institutions de son pays l’aient proclamé vainqueur et investi. Déporté à la Cour pénale internationale pour avoir osé défendre les intérêts de son pays, la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo est face à la conscience du monde.
Je pense que les dirigeants des grandes démocraties de ce monde sont interpelés sur le cas du Président Laurent Gbagbo, un cas flagrant d’injustice. Les juges de la CPI doivent aider notre pays à sortir d’une impasse politico-judiciaire, au lieu de s’engager dans des accusations non fondées. La Côte d’Ivoire a besoin de la réconciliation, un processus certes long mais, qui doit reposer sur des bases saines et crédibles. Or, le Président Laurent Gbagbo est le chemin qui mène à la vraie réconciliation des Ivoiriens. Le combat que cet homme d’Etat a mené durant toute sa vie sans violence, pour l’instauration de la démocratie dans son pays, son ouverture d’esprit toujours disposé à discuter, «  asseyons-nous et discutons  », font de lui assurément, la pierre angulaire autour de laquelle les Ivoiriens doivent bâtir les conditions d’une nouvelle espérance. C’est pourquoi sa libération est indispensable, pour la cohésion et la réconciliation en Côte d’Ivoire. Au moment de la commémoration de l’anniversaire de sa troisième année de détention, je suis confiant et je crois en sa libération. Tout simplement.

LNC  : Merci, Monsieur le Ministre
B.K.  : C’est moi qui vous remercie.
(In Le Nouveau courrier du Mardi 29 Avril 2014)






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