3 semaines après l’appel de Daoukro: Guikahué reconnait le poids de l’opposition à Bédié

Vendredi 10 Octobre 2014 - 15:35


Le Pr. Maurice Kacou Guikahué, Secrétaire exécutif du PDCI-RDA, a tenu mardi dernier une réunion avec les chefs des  34 délégations dépêchées dans le pays profond à l’effet d’arracher l’adhésion des militants à « l’appel de Daoukro », désignant Alassane Ouattara comme candidat du PDCI à la prochaine présidentielle d’octobre 2014. A l’attention des missionnaires, un discours clair a été construit. Celui-ci se décline en quatre points principaux, à savoir, « informer premièrement les militants que l’alternance en 2020, sera arrêtée de commun accord avec les partis du RHDP et cette alternance donne le pouvoir au PDCI. Ensuite, les réglages visés sur l’annexe de la plateforme signée en 2010, à Ya- moussoukro seront revisités et actualisés. Toute chose qui aboutira troisièmement, à un partage équitable du pouvoir entre les partis du RHDP. Enfin, dernier point et non des moindres, le poste de premier ministre devra revenir au PDCI, avec la particularité pour ce dernier, d’avoir des pouvoirs renforcés, dont celui de nommer aux hauts postes de l’Administration. » Tel est le package concocté par les éminences grises de la direction du vieux parti pour séduire et regagner la confiance de la troupe, troublée en majorité, par l’appel de Daoukro, demandant aux militants de se mettre à la disposition du candidat Alassane Ouattara à la future présidentielle là où la base attendait la désignation d’un cheval du PDCI, pur-sang. Cela suffira-t-il pour assurer le triomphe des « bédiéistes » ? Pas certain et cela, pour au moins deux raisons. D’abord, parce que le front du refus est réel et ne peut passer pour quantité négligeable au PDCI. Une réalité qu’admet Maurice Kacou Guikahué qui, à la réunion évoquée plus haut, n’a pas manqué de soutenir que : « Le président Bédié, lui-même, en faisant l’appel, a parlé des ir- réductibles. Ca veut dire qu’il ya des gens qui ne seraient pas d’accord avec l’appel. Il a demandé de mettre en mouvement les structures. Mon rôle c’est de mettre en mouvement les structures, d’expliquer pour réduire au maximum le pourcentage de ceux qui sont contre. Pour moi, il faut que je mobilise au moins 80% du peuple du PDCI autour de l’appel du président. Les 20%, ça peut être plus, mais si j’arrive à 80% des personnes qui sont d’accord, ce serait déjà un résultat positif parce qu’on est en démocratie et l’unanimité n’est pas toujours  de mise. » Décryptage : en estimant  à 20% au moins, les contradicteurs de Bédié, Guikahué reconnait ainsi le poids de ces derniers là où les fanas du prince de Daoukro trouvaient ces derniers, insifiants. D’ailleurs en comparant cette statistique au score attribué aux adversaires de Bédié lors du dernier congrès du parti, on note que celle-ci est beaucoup plus importante, encore que l’estimation de Guikahué est selon des sources internes, généralement crédibles, largement en deçà de la réalité. Deuxième raison, le discours en lui-même, est loin d’être imparable, notamment sur la question de la primature. Les militants du PDCI, ont  déjà pour eux, l’amère expérience d’un premier ministre issu du PDCI et cette situation n’a pratiquement rien changé à la vie du vieux parti. Qu’ils se nomment, Jeannot Kouadio Ahoussou, ou Daniel Kablan Duncan, personne n’a pu combler les attentes des nombreux cadres du PDCI en termes de promotion sociale. Et cela, tout simplement parce que la Constitution ivoirienne fait du chef de l’Etat, le seul patron du pouvoir exécutif. C’est lui qui nomme aux emplois supérieurs de l’Administration. C’est pourquoi, l’argument selon lequel le PDCI aura un premier ministre au pouvoir renforcé, parait quelque peu spécieux et est avancé juste pour appâter les militants, qui sont d’ailleurs loin d’être dupes car tous savent que le pouvoir ne se partage pas. C’est d’ailleurs pourquoi, le pré-sident Laurent Gbagbo, en 2003, puis en 2005, s’est successivement débarrassé des premiers ministres, Seydou Diarra et Charles Konan Banny, qui  eux, voulaient les mêmes pouvoirs élargis que lorgne aujourd’hui le PDCI. Ce que Laurent Gbagbo a refusé en pleine crise politico- militaire, pourquoi Alassane Ouattara devrait l’accepter en temps de paix où il a tout le pouvoir politique pour lui ? Aussi, Hamed Bakayoko, qui se taille depuis plusieurs mois, une stature d’homme d’Etat, dans l’optique de l’après Ouattara acceptera-t-il de s’effacer au profit du PDCI ? Et Guillaume Soro, dans tout ça ? Le chef du parlement ivoirien acceptera-t-il de se laisser doubler ainsi au nom d’un supposé accord entre partis du RHDP et qui ne l’engagent aucunement? A quoi auront donc servi tous les risques pris pour la gloire d’Alassane Ouattara ? « La politique, c’est la saine appréciation des réalités du moment, bonnes ou mauvaises », aimait à répéter feu Félix Houphouët-Boigny, le père-fondateur du PDCI. Et cette maxime, les militants du parti doyen du pays, ne la savent que trop, pour croire aux illusions que les hommes de Bédié se préparent à leur vendre. Autant dire que la mission s’annonce périlleuse pour les 34 commandos du « sphinx » de Daoukro.

Géraldine DIomandé

Source: Aujourd'hui  N°743 du 09 octobre 2014




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