3 échecs de la tentative de Soro de rencontrer Ouattara : la véritable raison

Jeudi 27 Février 2014 - 00:05


Samedi 22 février, mon téléphone sonne et un numéro français s’affiche à l’écran. Au bout du fil, mon interlocuteur qui a de très bons «tuyaux»en France. Il dit m’appeler de l’aéroport de Paris. Il m’annonce que le dispositif protocolaire de l’Ambassade de Côte d’Ivoire en France est en place et qu’il vient d’apprendre que «Soro ne viendra plus en France». Je marque mon étonnement d’autant qu’à Abidjan, la presse du pouvoir avait fait de ce voyage un sacré coup médiatique pour «clouer le bec aux pro Gbagbo». Mais Guillaume Soro est bel et bien de retour à Abidjan après avoir honoré une invitation de son homologue iranien. Depuis samedi 15 février, il était en Iran où il est officiellement invité par le président du parlement de ce pays Ali Larijani. Ce voyage initialement à connotation professionnelle jusqu’au jeudi 20 février devait virer à la détente à Nice (France) auprès d’Alassane Ouattara qui y poursuit une convalescence. Echec et mat ! Guillaume Soro peine à rencontrer Alassane Ouattara cloué en France depuis le 2 février. Et il ne le rencontrera pas encore ce samedi 22 février comme il l’avait programmé sur son calendrier. C’est désormais clair. Le président de l’Assemblée nationale passe pour un indésirable qui rôde autour du chef de l’Etat. Le week-end dernier, certaines sources expliquaient ce troisième couac par la crain- te de l’ancien chef rebelle d’être mis aux arrêts et entendu par Sabine Kheris du tribunal de grande instance de Paris qui veut donner suite à la plainte de Michel Gbagbo. Guillaume Soro est poursuivi devant la justice française à Paris pour «enlèvement, séquestration, traitements inhumains et dégradants»sur la personne du fils de l’ancien président de la République, Sem. Laurent Gbagbo chassé du pouvoir par une coalition militaire. Mais cette thèse est peu probable pour expliquer les rendez-vous manqués entre les deux responsables de l’exécutif et du législatif. Président de l’Assemblée nationale de son pays, Guillaume Soro est protégé par son immunité parlementaire. Il ne peut donc être entendu sans avoir levé au préalable son immunité. Une procédure qui appelle que le parlement ivoirien siège, statue et adopte à la majorité la levée de ladite immunité. Ce qui n’est pas le cas à présent pour le patron de l’hémicycle ivoirien. Il faut plutôt chercher dans l’empêchement de voir le chef de l’Etat dont il est l’objet, sous le prisme de ce qu’il en décou- lera après constat visuel. En effet, ici la crainte n’est pas du côté de Guillaume Soro, mais plutôt de celui d’Alassane Ouattara et de son entourage. Le chef de l’Etat peut refuser de recevoir son dauphin constitutionnel, pour une simple et bonne raison. M. Ouattara pourrait nourrir l’idée de ne pas permettre à son successeur constitutionnel d’avoir une idée claire et nette de son état de santé. En d’autres termes, il faut tout faire pour empêcher le président de l’Assemblée nationale d’accéder au chef de l’Etat dont la santé perturbe l’appareil décisionnel. Ce, avant d’avoir l’assurance qu’Alassane Ouattara est désormais disposé physiquement, moralement et surtout présentable. Dans le cas contraire, c’est-à-dire, si pendant la visite pour le «réconfort moral»le président de l’Assemblée fait le constat de visu, que le chef de l’Etat est «hors d’usage»; si Alassane Ouattara est dans l’incapacité comme veut la Constitution, alors en ce moment-là, le patron de l’hémicycle est bien fondé à prendre ses responsabilités. Il n’hésiterait pas à enclencher la procédure constitutionnelle. En faisant recours à l’application stricte de l’article 40 qui dit précisément ceci : «En cas de vacance de la Présidence de la République par décès, démission, empêchement absolu, l'intérim du Président de la République est assuré par le Président de l’Assemblée nationale, pour une période de quarante cinq jours à quatre vingt dix jours au cours de laquelle il fait procéder à l'élection du nouveau Président de la République. L'empêchement absolu est constaté sans délai par le Conseil constitutionnel saisi à cette fin par une requête du Gouvernement, approuvée à la majorité de ses membres…». Or en l’état actuel des choses, en dehors bien entendu de quelques privilégiés triés sur le volet, personne d’autre n’a eu accès à Alassane Ouattara. Tout est fait comme si «ses proches» voulaient cacher des vérités aux Ivoiriens. C’est ce mur érigé par Ouattara entre lui et les Ivoiriens que Soro tente de briser. Sans succès pour le moment.

Simplice Allard

sallard05@yahoo.fr
Source: LG Infos N°670 DU MARDI 25 FÉVRIER 2014




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !