3 ans après l’accession de Ouattara à la tête de l’Etat La Côte d’Ivoire toujours aux mains des «voyous»

Trois après son accession à la tête du pays, le chef de l’Etat n’a toujours pas réussi à discipliner une partie de ses hommes, principalement les ex-chefs rebelles, qui constituent son dispositif de sécurité. La scène indécente que les hommes de Issiaka Ouattara dit Wattao ont créé le lundi 21 juillet 2014, en s’opposant à la passation des charges entre leur chef et son successeur, en est une autre illustration.

Jeudi 24 Juillet 2014 - 05:00


Des chefs de la rebellion ivoirienne devenus commandants des FRCI
Des chefs de la rebellion ivoirienne devenus commandants des FRCI
Certaines « bonnes consciences » ont dû être choquées et totalement sidérées, se demandant certainement dans quelle république nous sommes, puisque ce n’est pas de la Libye déchiquetée qu’il s’agissait ou encore de la Centrafrique défigurée. En envoyant ses hommes s’opposer bruyamment, armes lourdes au point, à la passation de commandement entre lui et son successeur, le lieutenant Tuo Souleymane, qui doit assurer désormais la sécurité d’Abidjan-Sud dont il avait la charge, le lieutenant-colonel Issiaka Ouattara voulait marquer son territoire et réclamer une sorte d’inamovibilité. Il a fallu l’intervention du chef d’état-major des FRCI, le général de corps d’Armée Soumaïla Bakayoko, comme l’a relayé un quotidien pro-Ouattara mardi, pour que le nouveau patron de la sécurité de cette zone puisse officiellement prendre le flambeau au camp mili- taire EGS de Marcory zone 4 où les factions FRCI ont failli s’affronter quelques temps plus tôt. Chaque chef de guerre peut donc en toute impunité défier la hiérarchie militaire pour peu qu’il ne soit pas d’accord avec les décisions de ses supérieurs.        Mais cette fronde ne doit en principe pas étonner, quand dans un pays, les autorités décident de confier les hauts postes de l’Armée à des gens qui ont été habitués à entretenir un territoire sur lequel il régnait sans partage pendant la rébellion qui a duré une décennie. C’est ce comportement, fait de trafics d’influence et de tracasseries aussi bien au détri- ment des populations que des entreprises de cette zone  – et qui est devenue un privilège quasiment institué – que Wattao et les soldats sous ses ordres ne sont pas prêts à aban- donner. A ce sujet, Wattao n’a pas bonne presse. On se souvient que dans un rapport publié le 17 avril 2014, les experts de l’ONU épinglaient le régime d’Abidjan dans les achats illégaux d’armes. Mais, ce rapport avait choisi comme angle de prédilection, la prédation de l’économie ivoirienne par les ex-chefs de guerre. Les experts ont révélé le pil- lage de l’économie par Issiaka Ouattara qui perçoit par exemple, comme ristourne, 60 millions francs Cfa mensuellement pour l’exploitation illicite de l’or uniquement. Dans un autre rapport publié le 28 avril 2013, les experts de l’ONU révélaient l’existence d’« un réseau militaro- économique » constitué par les ex- chefs de guerre qui tiraient profit de la contrebande et d'un système de taxation parallèle, concluant que ces derniers n’ont pas « abandonné leur activités économiques prédatrices sur le mode de chefs de guerre, qu'ils ont aujourd'hui étendues à l'ensemble du territoire ivoirien ». Paradoxalement, en lieu et place d’éventuelles sanctions, ces chefs rebelles (à l’instar de Fofié Kouakou, Hervé Touré dit Vetcho, Zakaria Koné et Cherif Ousmane ont tous été pro- mus depuis le 14 janvier 2014, pas- sant de commandant au grade de lieutenant-colonel.
Le pays aux mains de groupes armés incontrôlables Ce sont d’ailleurs ces pratiques de prédation et les abus en tout genre exercés dans sa zone qui ont vrai- semblablement conduit à son limogeage de la sécurité d’Abidjan-Sud. En tout cas, Ouattara qui avait promis de rétablir la sécurité dans le pays deux mois après son accession au pouvoir en avril 2011, n’arrive tou- jours pas à contrôler les ex-rebelles qui lui ont été d’un soutien décisif. Le régime est tellement impuissant devant ses hommes que le ministre de la défense Paul Koffi Koffi n’a pas manqué de supplier les patrons de presse il y a quelques mois de ne plus diffuser les sorties tapageuses des soldats dans les médias parce que n’ayant aucun contrôle sur eux. La sécurité du pays est principale- ment aux mains des ex-chefs de guerre qui contrôlent chacun une partie d’Abidjan (qui a été divisée en zone) et des bandes armées consti- tuées parfois de « voyous » qui échappent du commandement offi- ciel. Les milices du régime (supplétifs FRCI et dozos) continuent de détenir illégalement des armes dont ils se servent pour manifester leurs sauts d’humeur ou pour persécuter les populations. En toute impunité. En tout cas, Wattao a été remplacé mardi à son poste de commandant en second du Centre de coordination des décisions opérationnelles (Ccdo). Il conserve jusque-là le commandement en second de la Garde républicaine.

Par Benjamin Silué

Source: Le Nouveau Courrier N°1077 Du Mercredi 23 Juillet 2014




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